Il est un domaine typographique où la tradition n’est pas fixe : les accents sur les majuscules (cédilles sur les Ç comprises).

Nombre de publications ne les mettent pas. Les limites de la mécanique des machines à écrire, puis celles de l’informatique, de DOS à Windows, enfin le conservatisme et la difficulté de les taper sur nos clavier, ont souvent eu raison d’elles.

Pourquoi

Le site de Jacques Mauger explique qu’il faut les mettre. Deux arguments sont évoqués :

  • l’argument d’autorité, avec les recommandations de l’Académie, de l’Union Européenne, de l’Imprimerie Nationale, de Grevisse… ;
  • quelques exemples bien sentis, reproduits ci-dessous, où le sens de phrases en majuscules (par exemple des titres de journaux) devient ambigu, notamment à cause de nos participes passés en é ;
  • et pour ma part, je me demande simplement pourquoi on n’accentuerait pas les majuscules, quand elles existent sur les minuscules et qu’il est possible de les taper au clavier aisément (au moins sur les systèmes modernes...).

Exemples définitifs

Ce qui suit est emprunté au site de Jacques Mauger, et à un billet d’Empyrée[1]

« VILLEPIN CHAHUTE A L’ASSEMBLEE » : petit garnement !
« VILLEPIN CHAHUTÉ À L’ASSEMBLÉE » : il a souffert.

« ENFANTS LEGITIMES » : nés dans le mariage.
« ENFANTS LÉGITIMÉS » : petits bâtards reconnus par leur pécheur de père.

« UN PERE INDIGNE » : ses enfants sont à la DDASS.
« UN PÈRE INDIGNÉ » : il protège sa progéniture contre, disons, les excès de la télé-poubelle.

« AUGMENTATION DES RETRAITES » : revendication catégorielle.
« AUGMENTATION DES RETRAITÉS » : invasion du troisième âge.

« UN HOMME TUE » : assassin.
« UN HOMME TUÉ » : victime.

« CHIRAC DEBARQUE » : il arrive comme un cheveu sur la soupe[2].
« CHIRAC DÉBARQUÉ » : les électeurs lui ont refusé un troisième mandat[3].

« CE GARCON EST GENE » : bonjour, Gene !
« CE GARÇON EST GÊNÉ » : bien embêté.[4]

La légende veut que le tristement célèbre docteur Petiot ait joué sur le double sens de ceci :

« EX-INTERNE DE L’HOPITAL SAINT-ANNE » : médecin
« EX-INTERNÉ DE L’HÔPITAL SAINT-ANNE » : psychopathe

Dans un email promotionnel[5] :

« Prolongation exceptionnelle des offres CONGRES ! » : promotion en poissonnerie.
« Prolongation exceptionnelle des offres CONGRÈS ! » : rassemblement de costumes-cravates.

Une annonce de Minitel rose[6] :

« CHOUETTE NANA, 18 ANS, CHERCHE MEC, MEME AGE »

risque d’être interprétée par de vieux cochons ainsi :

« CHOUETTE NANA, 18 ANS, CHERCHE MEC, MÊME ÂGÉ »

Comment

(Ce qui suit reprend en partie mon billet du 7 septembre 2005 ; le consulter pour les détails.)

Windows XP

Le site lié ci-dessus décrit plusieurs manières de forcer Windows XP à entrer ces majuscules, et fournit force liens utiles :

  • on peut taper le code Unicode grâce à la célèbre et anti-conviviale combinaison Alt+code (par exemple Alt-0201 pour É) - ça a le mérite d’exister et certains aiment muscler ainsi leur mémoire ;
  • les touches mortes fonctionnent souvent, notamment `+A = À, les lettres avec tréma ou accent circonflexe, mais je ne suis pas parvenu à obtenir toutes les majuscules ainsi (cédille, accent aigu…) ;
  • le panneau « Insertion de caractères spéciaux », à titre exceptionnel ;
  • un utilitaire, KeyMap, que je n’ai pas testé.

Linux et MacOSX

La touche Caps Lock (celle au-dessus de Shift, souvent porteuse d’un voyant) a un rôle différent par rapport à Windows : au lieu de remplacer un Shift (majuscule) bloqué, elle indique bien le mode majuscule. Donc CapsLock puis é = É.

Ce mode majuscule est bien pratique pour taper du texte tout en majuscule, mais ceux qui sous Windows utilisaient CapsLock pour forcer les chiffres sur un portable doivent être désorientés.

Sous MacOS, une inconsistence fait que le Ç et le Ù ne s’obtiennent pas de la même manière, il faut plutôt un Alt-ç ou Alt-ù.

Sous Linux, la touche Compose (souvent une des touches au logo Windows) permet de taper par exemple Compose+'+E pour obtenir É.

Notes

[1] Je compte amender cette collection avec le temps ; j’adore ce genre de cas où un détail fait basculer le sens d’une phrase. Cela doit être mon côté d’adorateur du chaos, ou une déformation professionnelle d’informaticien rompu à la chasse aux bugs subtils nés d’un bit de travers.

[2] Comme d’hab’.

[3] J’aimerais en être sûr...

[4] Exemple emprunté à paternoster.

[5] Merci à Pierre Buard (mai 2009).

[6] Exemple piqué à l’excellent Petites leçons de typographie de Jacques André.