« C’est le récit de la première guerre aérienne de l’histoire, c’est-à-dire d’un combat dont l’objectif principal n’est pas la saisie d’une portion quelconque de territoire mais l’acquisition de la capacité à voler dans le ciel ennemi sans être inquiété pour mieux lui imposer sa volonté. »

Tournant important de l’histoire que la bataille d’Angleterre. Le Reich installé en France, la Luftwaffe se jetait à l’assaut de l’Angleterre. C’est la Royal Air Force qui prit l’essentiel du choc et, de justesse, sauva l’Angleterre.

Never in the field of human conflict was so much owed by so many to so few.

Jamais dans l’histoire des conflits, tant de gens n’ont dû autant à si peu.

Winston Churchill, 20 août 1940

Le livre est intéressant mais m’a un peu déçu. Peut-être par manque de souffle, ou d’un résumé des opérations au début. Il traite pourtant bien de l’organisation des deux camps, des principaux chefs, leur querelles, leurs turpitudes, des erreurs nazies, des tactiques de chasse, de vol, d’interception, et juste ce qu’il faut de technique. Les essais, les erreurs, les changements de méthode… furent nombreux.

La bataille se joua à plusieurs niveaux. Dans les airs, les chasseurs britanniques cherchaient les bombardiers, et les escorteurs allemands cherchaient les chasseurs — la vraie cible. Stratégiquement, les Allemands cherchèrent donc à épuiser la Royal Air Force pour ensuite forcer l’Angleterre à la négociation. Politiquement, Churchill agitait le chiffon rouge d’une invasion pour souder son peuple. Opérationnellement, les Anglais étaient mieux organisés. Techniquement, les avions avaient des atouts des deux côtés (légendaire Spitfire contre Bf-109, entre autres), mais les Anglais avaient mieux compris l’intérêt du radar (au début il servait sur les navires !).

Ce fut une guerre d’usure. Il n’y avait que centaines de pilotes de part et d’autre, des effectifs dérisoires par rapport aux autres grandes batailles, mais les pertes furent proportionnellement effroyables, et la RAF eut bien du mal à renouveler suffisamment ses pilotes. Ceux-ci venaient aussi bien de l’armée que des riches amateurs de la gentry. Pourtant, une des principales qualités des chefs britanniques fut de limiter les risques et les pertes, et de savoir garder quelques réserves. En face, les aviateurs allemands étaient plus expérimentés, mais attaquaient loin de leurs bases, et la Bataille de France venait de leur coûter un tiers de leurs effectifs (cf ici Comme des lions).

C’est aussi la « première bataille dirigée à distance », vue l’ampleur du territoire impliqué. Le nombre d’avion en vol, la fatigue des équipages, le carburant… rendait la centralisation et la stratégie extrêmement importantes. Aussi une des premières batailles où les femmes furent impliquées au cœur du système, à pousser les pions dans les salles du Fighter Command, un rôle subalterne mais capital.

L’auteur n’est pas tendre avec Goering, cet ancien pilote héros de la Grande Guerre et maître de la Luftwaffe, mégalo et déconnecté de la réalité. Ses interventions, parfois malheureuses, sont épisodiques : « Lui, il avait une vie privée à mener. » Son incompétence (et celle de Kesselring) est pour de Lespinois la cause principale de l’échec allemand. En face, Dowding s’épuisait à améliorer tactiques et matériels.

La Bataille d’Angleterre atteint son summum à l’automne 1940. La domination aérienne allemand aurait permis un débarquement (qui ne viendra jamais), mais elle n’était pas absolue (comme celle atteinte par les Alliés en juin 1944). L’industrie, les ports, les bases britanniques étaient en partie hors de portée des bombardiers allemands et permirent de continuer le combat.

Dans cette bataille, la première jamais menée pour contraindre l’adversaire uniquement par l’aviation, la volonté de Churchill et la hargne de ses pilotes furent déterminantes. Le Royaume-Uni resta donc en guerre et les conséquences furent incalculables.

Les Anglais furent encore bombardés jusque Barbarossa en juin 1941. Par 1083 avions perdus contre 1887 (des chiffres équivalents aux pertes de la Bataille de France), les Anglais ont « gagné ». Ils ont surtout tenu. Mais les pertes civiles s’élèvent à un effroyable 40000 morts (à mi-chemin entre Dresdes et Hiroshima) et autant de blessés. L’élite expérimentée de la Luftwaffe disparaît dans la bataille.