Ce livre est un classique, déjà ancien (années 60), apparemment pas dépassé depuis. En faire un résumé comme je le fais si souvent ici est vain, tellement il est dense.

La Civilisation de l’Occident  Médiéval, Jacques Le Goff, éd. Champs Flammarion de 1997 Il faut connaître son histoire et ses dates : aucune chronologie ici. Les têtes couronnées ne sont que des détails d’une vision générale d’un millénaire d’histoire de l’Europe. L’apogée du XIIIᵉ siècle (Saint Louis) et la crise du XIVᵉ (Peste Noire, Guerre de Cent Ans) n’en sont que la fin ouvrant peu à peu vers la Renaissance.

Citons en vrac : le chaos de la fin de l’Empire Romain ; la misère matérielle crasse et la peur perpétuelle des famines, qui expliquent beaucoup de choses, malgré une croissance économique et démographique soutenue jusque la Peste Noire ; la mobilité de ces gens, plus facile quand on ne possède rien ; le manichéisme assez radical de la population, concept originellement pas très chrétien pourtant (oppositions Bien/Mal, Dieu/Diable, obscurité/lumière, beauté et santé/laideur et faiblesse) ; le prisme du christianisme pour tout expliquer ; la peur perpétuelle de l’Enfer (le Purgatoire ne date que des XIIᵉ/XIIIᵉ siècles) ; la négation de l’individualisme : chacun ne vaut que par ses liens et sa fidélité au groupe ou à son seigneur direct ; le refus de toute originalité1, timidement remise en cause par la scolastique, le début de l’utilisation de la raison, ou la découverte des penseurs arabes (mais la Renaissance est encore loin) ; la stagnation technique ; l’isolation de l’Europe du reste du monde et le sectarisme religieux ; le passage d’une économie ouverte avec de nombreuses villes, à la fin de l’Empire romain, à une économie rurale aux villes longtemps rachitiques ; la violence omniprésente ; la séparation en trois ordres (terme religieux), écrasant le troisième (caricature de lutte des classes) et méprisant les marchands, qui pourtant sont la force économique montante tout au long du Moyen Âge ; ce qui mène à une crise s’ajoutant à d’autres (monétaire, démographique et agricole) culminant par la Peste Noire ; le conflit entre pape et Empereur, dont les rois sortent vainqueurs, avec pour conséquence un début de sécularisation ; le sens de l’honneur et de la parole donnée exacerbé, une des pommes de discorde avec les Byzantins moins barbares mais possédant par contre un sens de la raison d’État ; la dérive autoritaire de l’Église qui sent lui échapper la vie intellectuelle (dans les villes et non plus dans les abbayes) ; la peur de la Fin des Temps imminente, qui s’éloigne peu à peu cependant ; etc.

Et j’en oublie.

Si un historien passe ici, je voudrais bien savoir sur quels points ce livre pourrait être considéré comme dépassé en 2026.


  1. Je ne sais plus s’il en parle, mais l’histoire des chiffres arabes et du zéro est symptomatique : venus par les infidèles et si efficaces, ils ne pouvaient être que sataniques, il a fallu attendre que les marchands voient l’intérêt pour leur généralisation en fin du Moyen Âge. ↩︎