Le dernier Pour la Science (juillet 2006) en fait son dossier : les Gaulois et les Celtes étaient loin d’être les barbares mal rasés que les Grecs et les Romains ont tant décrit. Depuis quelques temps, les archéologues tentent de se soustraire à l’optique romaine sur nos ancêtres.

Au moment de la conquête de César, leur civilisation était en voie rapide d’urbanisation (les oppida), la voirie existait, le commerce était florissant, y compris avec Rome. Dans une certaine mesure la romanisation avait déjà commencé (notamment en Narbonnaise, déjà romaine). Tout cela a en fait facilité et accéléré l’annexion puis l’intégration à l’Empire.

La « mauvaise » réputation du Gaulois s’est si longtemps maintenue dans les textes anciens en raison :

  • du souvenir des invasions celtes des débuts de la République romaine (« Malheur aux vaincus ! », dixit Brennus), que les Grecs ont aussi connues ;
  • de la manie grecque puis romaine de considérer comme barbares tous les non-Grecs et non-Romains, surtout issus de pays aussi froids (!) : l’agriculture ne pouvant y prospérer (croient-ils), le paysan se transforme en guerrier pillard, courageux mais (forcément) sans cervelle ;
  • des besoins politiques romains (Cicéron, César...) d’avoir un ennemi identifiable (déjà, à l’époque...).

Une fois ces Celtes chevelus matés, et latinisés en pacifiques Gallo-Romains glabres, l’archétype du barbare poilu et violent a été transféré aux Celtes et Germains d’outre-Rhin (ceux-là furent moins coopératifs).

L’amateur d’uchronies que je suis se demande donc immédiatement comment auraient évolué la Gaule et le monde si Rome n’était pas passé par là, et qu’un État gaulois indépendant presque aussi « moderne » que l’Empire était apparu. Mais ne serait-il pas resté un tampon entre Romains et Germains au fil des siècles, et Rome n’aurait-elle pas été condamnée à faire un jour ou l’autre ce que César a fait, à savoir se mêler des affaires internes de la Gaule, et mis tout le monde au pas ?
Autre uchronie possible : Carthage supprime Rome de l’histoire, et ses alliés celtes prospèrent. Carthage aurait-il tenu strictement le même rôle que Rome, finissant aussi par conquérir ce qui après tout était un des greniers à blé du bassin méditerranéen ?