Sous peu en kiosques[1].

Que du bon pour un fanas de science, et notamment :

  • Le Bloc-notes de Didier Nordon : à lui seul sa page justifie l’achat du magazine.
    D’abord des réflexions sur la spécialisation : quand elle est poussée à fond comme de nos jours, il n’y a plus de communication, juste une juxtaposition de tours d’ivoire.
    Les ravages du « flux tendu » appliqué aux étudiants : les semestres si courts ne favorisent pas la maturation des connaissances. J’ai moi-même dans bien des cas nécessité plus de temps pour digérer (quasiment au sens littéral) des connaissance et des concepts qu’il n’y en avait entre le cours et l’examen.
    Enfin, le rôle trompeur de l’Internet : tout ce qui y circule n’est pas forcément vrai. Rien de nouveau sous le soleil, rappelle Nordon, la désillusion est la même à chaque révolution dans l’information : écriture, imprimerie...
  • Un résumé des exploits du télescope spatial Hubble.
    Le petit télescope est là-haut depuis seize ans déjà. Son maintien en fonction va nécessiter des investissements que les Américains ne vont peut-être pas consentir, alors que son successeur n’est pas encore prêt (le James Webb est prévu pour 2013).
    Mais les télescopes spatiaux sont-ils encore utile, vu leur diamètre forcément réduit, et la taille de ce qu’on arrive à obtenir au sol ?
  • Coup de bol, c’est le sujet de l’article suivant (ainsi que d’un entretien avec l’astrophysicien Roland Lehoucq sur les limites de l’exploration astronomique).
    Hubble a une taille réduite (miroir de 2,5 m de diamètre), il se fait enfoncer par les récents télescopes du Very Large Telescope européen[2] dont les miroirs affichent un fier 8,2 m (déjà plus que le James Webb). De plus les progrès de l’optique adaptative (et le soutien de l’informatique) permettent de s’affranchir des turbulences de l’atmosphère, argument majeur à l’époque du lancement du projet Hubble.
    Les télescopes spatiaux vont donc sans doute se spécialiser dans les longueurs d’onde filtrées par l’atmosphère (rayons X...).

    La taille des miroirs des plus grands télescopes double tous les 20 ou 30 ans, et cela va continuer. Le projet OWL ambitionne de passer rapidement à un miroir de... 100 m ! Si on veut observer efficacement les planètes extrasolaires de type terrestre, il faudra bien ça.
    OWL est un monstre, l’article détaille les cauchemars techniques à relever, ou déjà résolus par les télescopes actuels (à plus petite échelle !) : coupole de protection de 100 m de haut mobile (autour du miroir, elle générerait elle-même des turbulences atmosphériques !) ; ossature déformable ; prise en compte de la déformation due au vent ; miroir géant composé d’une myriade de petits, orientables ; impossibilité financière de faire chacun de ces petits miroirs de la forme parfaite, mais identiques, d’où nécessité d’un autre miroir correcteur pour redresser ; système de contrôle d’optique adaptative hors de portée de l’informatique actuelle ; système de rotation de cette structure du poids de la Tour Eiffel ; etc. etc.
    Coût : un milliard d’euros (on avait craint soixante au début...), une misère pour l’Occident qui dépense déjà bien plus dans certaines missions spatiales.

    Il y a d’autres projets en cours, moins ambitieux mais moins risqués : le TMT, miroir de 30 m, coût 580 M€ ou le Magellan, assemblage de sept miroirs de 8 m, à 400 M€. La concurrence pour l’argent du contribuable fait rage.

    Soit dit en passant, il existe d’autres moyens que des miroirs de plus en plus grands, en morceaux ou pas, pour améliorer les images venues du ciel. Les capteurs arrivent à 100% de récupération de la lumière reçue (autrefois quelques pour cent ; ce gain monstrueux a permis de virtuellement quintupler le diamètre des télescopes existant comme celui du Mont Palomar), cette piste est close.
    Les télescopes spatiaux sont forcément petits (6,5 m pour le James Webb quand même), et ruineux à maintenir dans des conditions très dures.
    L’interférométrie permet de rassembler les observations de plusieurs télescopes de taille « humaines » pour obtenir une résolution (finesse de détails) équivalente à celle d’un télescope classique de la taille de la distance qui les sépare ! Le hic, c’est que la sensibilité (la lumière collectée) n’est pas meilleure : les temps de pose sont énormes.
    Difficile donc de se passer des télescopes géants dans l’avenir.
    Caveat : l’auteur de l’article est l’un des responsables du projet OWL. Ça fait rêver quand même[3].
  • Un petit article sur le verre dans l’Empire romain répond à une question que je me posais depuis longtemps : depuis quand les fenêtres en verre existent-elles ? Les fenêtres des seigneurs du Moyen-Âge étaient-elles béantes ? J’ai ma réponse : le soufflage du verre a permis au verre de se généraliser dans les vitres (et la vaisselle) dès le Ier siècle après Jésus-Christ.
    (Non, ça ne m’empêchait pas de dormir non plus).
  • Je me garde le résumé de l’article sur le dilemme du prisonnier itéré pour plus tard. (Encore un sujet qui me passionne en laissant tout le reste du monde de marbre.)
  • Le plus spectaculaire pour la fin : les supervolcans.
    Ils enfoncent Volcano ou le Pic de Dante. En principe, il s’agit d’une gigantesque bulle de magma peu liquide qui rompt tout d’un coup : une couronne de volcans apparaît tandis que s’effondre la partie centrale dans de gigantesques nuages de cendres.
    Si Quand ceux du Wyoming ou de Californie explosenteront (et ce sera brutal), tout sera détruit à des dizaines de kilomètres à la ronde, et la moité des États-Unis seront recouverts de deux mètres de cendres (certains diront que c’est une bonne nouvelle). Le climat mondial sera passablement secoué pendant des années (et ce n’est une bonne nouvelle pour personne) : fleuves charriant des cendres, soleil masqué, refroidissement massif, destruction de la couche d’ozone, pluies acides massives. Quand je vois ce qui est arrivé en 535 à cause du Krakatoa, un volcan « normal », je tremble.
    La bonne nouvelle est qu’un tel feu d’artifice n’advient que quelques fois par million d’années, et certainement pas durant nos existences à tous. Ouf.

Notes

[1] À l’heure où j’écris ceci, le site affiche encore le numéro de juillet sur les Gaulois, dont j’ai aussi parlé ici.

[2] Mais installés dans un coin archi-désertique du Chili.

[3] Je suis de l’avis que la science moderne manque de Grands Projets bien visibles, genre conquête de la Lune ou instrument démentiel, pour enthousiasmer un minimum le grand public, pour la science ou dans notre capacité collective à « faire grand ». La Chine actuellement ne s’en prive pas (barrage des Trois Gorges, développement de Chongqing - ces exemples sont peut-être contestables sur le plan utilitaire, mais incontestablement grandioses). La tendance « c’est trop cher pour ce que c’est » a hélas la main sur les cordons de la bourse chez nous.