Toilettes

J’ai subi[1] cette semaine deux jours sur une formation sur Paris. Très bien, la formation, rien à dire. L’environnement aussi, pas de problème - à part des toilettes très pénibles par leur taille minuscule, la porte s’approchant à 5 cm de la cuvette : si j’avais de l’embonpoint, je n’aurais pas pu la refermer ; et pénibles par l’absence de patère, alors qu’une bonne partie des formés a un manteau sur le dos, qu’il arrive ou reparte et fasse un détour par la salle d’eau. Au passage, le manque d’un urinoir, pourtant si courant dans des toilettes pour hommes, provoque un phénomène bien plus courant dans celles pour dames : la crise du logement, la queue, les bouchons.
Mais ce ne fut pas le plus éprouvant.

Aéroport

J’étais à l’origine parti pour deux jours sur Massy, riante contrée du sud de la région parisienne qui a le bon goût d’être à deux ou trois stations de RER d’Orly où Air France me déposait.
Le premier jour en région parisienne est toujours fatigant : même une petite heure d’avion implique une bonne heure de piétinement pour s’enregistrer (ah, les queues interminables d’enregistrement du lundi matin, plein de consultants et malheureux partant pour leur exil de cinq jours à la capitale, victimes d’une société qui préfère balancer des tonnes de CO2 dans l’atmosphère plutôt que d’envisager sérieusement la possibilité du télétravail...), et une heure de transports en commun, bagage sur le dos, avec moults changements et nombreux escaliers. (Le taxi est trop cher pour ma multinationale - et pas plus rapide).

Même dans un aéroport de province, les contrôles de sécurité deviennent de plus en plus paranoïaques, le moindre millilitre de dentifrice se retrouve scellé sous emballage plastique, et les ordinateurs portables doivent sortir de leur cocon protecteur devant le vigile de peur que du Semtex ne remplace la batterie. Cela n’a pourtant pas empêché les attentats du RER Saint-Michel, ceux des bus de Londres ni ceux des gares de Madrid et d’ailleurs j’attends impatiemment les fouilles corporelles à l’entrée d’un train.
Bref, ma sacoche est partie en soute. Parcourir les couloirs vers l’embarquement sans aucun poids, sinon un bon livre, est finalement très agréable - je n’ose dire « reposant », on parle d’un voyage en avion après tout.

Massy Paris

C’est en arrivant au centre de formation, après vingt minutes de marche à pied depuis le RER, ma sacoche en bandoulière, que le quiproquo s’est fait jour : ce centre a DEUX adresses, et le cours se déroulait Porte d’Italie ! Ah, si j’avais eu la convocation à temps...
Soyons positif : j’aurais pu venir pour cinq jours, avec ma valide pleine, le Powerbook, et des habits pour une semaine et toutes les éventualités météorologiques : le retour à la gare aurait été plus long et pénible que dix minutes.

Bien que le métro et le RER parisiens ne marchent pas si mal, du moins à Paris et abords immédiats, le provincial se prend vite quelques inconvénients en pleine face : le ticket de RER ne fonctionne pas une fois sorti du métro dans le tramway (pas mal ce nouveau tramway d’ailleurs ; presque autant que celui de Strasbourg qui était là dix ans avant) ; le ticket Massy-Antony-Orlyval ne permet pas un Paris-Antony (je ne comprends rien aux zones). Et pourquoi n’y a-t-il pas un simple RER au lieu du dispendieux Orlyval ? (Pour arnaquer le touriste et le provincial, je sais.)

Rien à redire[2] sur la formation elle-même ou le centre. Le repas imposé au petit restaurant italien à côté (12 € pour un plat-dessert ! Ah, Paris...) était un peu speed (deux services obligent), et j’ai déjà clamé ci-dessus ma frustration de ne pas bénéficier de lieux d’aisance plus spacieux.
Autre bémol : le premier jour, mon PC de formation (deux fois plus récent et puissant que celui qui au boulot sert de serveur Oracle et de machine de développement, soit dit en passant) refusait de se connecter à Internet (fâcherie temporaire de Windows avec la carte réseau). J’ai survécu à quelques heures de déconnexion de mon mail.

Hostellerie

Les hôtels parisiens, même propres et nets et à 150 € la nuitée en tarif non négocié, m’évoquent souvent des clapiers : couloirs déconseillés aux claustrophobes et chambres minuscules, faites pour caser le maximum de touristes dans le minimum d’espace - mais je ne suis pas japonais et j’aimerais quelques mètres carrés d’espace libre, avec une table de plus de vingt centimètres de largeur dont on pourrait reculer la chaise. Quand en plus la sélection de chaînes ne couvre même pas la TNT et que l’internet wi-fi n’est pas offert[3], je note « BÔF » devant l’adresse dans mon agenda.

Paris by night

La soirée fut sportive : cherchant vaguement un cinéma, j’ai été attiré par la lumière et quelques kilomètres plus loin, je me suis retrouvé sous une vieille dame que j’oublie toujours de visiter à chaque passage dans la capitale : la Tour Eiffel. Illuminée, elle est effectivement superbe.
La maréchaussée était massivement et calmement présente, et j’ai été témoin de l’embarquement (calme et presque jovial, chacun faisait juste son boulot) d’une bande de jeunes terroristes probablement issus des banlieues aisées, bien blancs, aux cheveux et barbes cependant trop longs et plus portés sur le dreadlock que sur la cravate. Le lendemain, j’apprenais que Greenpeace avait effectivement pendu une banderole sur la Tour Eiffel dans la journée, et que le commando avait fini au poste pour « contrôle d’identité ». Manifestement, il fallait bien trois cars de police pour ça.

Après avoir claqué 22 € en resto (sans boisson payante ni café) aux frais de mon employeur (limite : 25 €), et abruti de sommeil à 23h à cause du lever matinal, je suis obligé de prolonger la veille à cause de la télé et des quintes de toux du voisin. Comme souvent lors d’une première nuit à un endroit, je dors mal, et ledit voisin aussi : il rallume la télé à 3h.

Retour à Orly

Dernier clin d’œil de Murphy le lendemain soir au retour : si je suis parvenu à attraper l’avion de 18h30, au lieu du 19h25 que la secrétaire, prudente, m’avait réservé, la queue à l’embarquement s’est éternisée et le décollage de l’avion de remplacement, avec l’équipage de remplacement, s’est fait avec une bonne demi-heure de retard...
Je crois qu’en six ou sept ans, à raison d’un ou deux aller-retours par an sur Paris via Orly, jamais je n’aurai eu un voyage totalement et parfaitement à l’heure. Vivement le TGV.

Notes

[1] Dans le sens métallurgique de « déformer », sans connotation péjorative.

[2] Deuxième fois que je le dis pourtant...

[3] Je n’avais pas de machine, certes, mais j’aurais pu revenir ; et tester les réseaux ouverts des environs n’est pas mon genre.