La Culture est un cycle de SF britannique des années 80-90 essentiellement, un des meilleurs qui soient. Le regretté Iain Banks (connu aussi pour d’autres œuvres de littérature classique) s’était aperçu que la SF de son époque, surtout américaine, était souvent « de droite » : empires galactiques, conquêtes, organisation militaire, exploitation éhontée… Il voulait une SF utopique, de gauche.

Ses romans ont donc pour cadre une civilisation de la taille de la Galaxie et débordant sur les environs, richissime, opulente et aux ressources apparemment illimitées. Les humains sont organisés de manière anarchiste, chacun fait un peu ce qu’il veut (et beaucoup la fête, sous de nombreuses formes). C’est plus facile quand on n’a à peu près aucun souci matériel. Des intelligences artificielles, conscientes, bienveillantes et pleines d’humour, parfois cyniques, organisent tout en harmonie avec les humains, ce qui élimine aussi nombre de problèmes. La coexistence des différentes espèces de êtres de chair et de métal semble idyllique.

Ces consciences artificielles s’incarnent sous la forme soit de robots, rarement humanoïdes, soit de vaisseaux spatiaux (conscients donc) de toutes tailles, pouvant aller jusqu’à contenir des dizaines de millions de passagers. Un voyage jusqu’à un des Nuages de Magellan peut durer deux ou trois ans (la vitesse de la lumière n’est pas un souci non plus), et une population pareille permet de socialiser pour passer le temps. Les noms des vaisseaux spatiaux, souvent improbables, sont un des charmes de la série.

Évidemment, pour qu’il y ait une intrigue, il faut des personnages plus faillibles, et isolés de cet Empire anarchiste. Les histoires se déroulent donc sur les marges, et les personnages sont souvent des mercenaires issus des nombreuses civilisations extérieures à la Culture. Car la Culture a beau avoir sa section « Circonstances spéciales », elle répugne à se salir les mains quand il s’agit d’intervenir à l’extérieur ­— pour le bien général, bien sûr. Et elle a ce qui est quasiment un passe-temps : rendre le monde meilleur et accueillir en son sein ses voisins.

C’est ce numéro 114 du magazine Bifrost qui m’a convaincu de me lancer dans tout le cycle (j’avais déjà lu, aimé et chroniqué ici The Player of Games il y a longtemps).

La liste des tomes est ci-dessous. L’édition français en poche ne suit pas exactement le même ordre au début, ce qui n’a pas d’inconvénient : les histoires sont séparées et s’étalent sur plusieurs siècles et milliers d’années-lumières. Pour des raisons de disponibilité et rapidité de lecture, j’ai lu parfois en français, parfois en anglais.

À part Une forme de guerre et L’Homme des jeux (déjà relu), je me dis que je les re-dégusterais bien dans quelques temps.

Une forme de guerre (Consider Phlebas)

Une forme de guerre (Consider Phlebas) de Iain M. Banks, edition française Livre de Poche

Un métamorphe, une espèce peu appréciée et en voie de disparition, travaille comme mercenaire pour les Idirans, espèce agressive et religieusement fanatique. La guerre entre eux et la Culture fait rage, et le métamorphe en fait surtout une affaire personnelle. Il ne croit pas à la cause idirane, mais il est révulsé par la dépendance de la Culture à ses machines, un vrai cul-de-sac évolutionniste.

Le livre m’a un peu déçu : l’action est assez linéaire, et suit juste le métamorphe dans sa recherche d’un Mental de vaisseau planqué sur une planète perdue, avec beaucoup de péripéties et de scènes d’action. Reste un beau voyage dans des mondes improbables et plein de personnages bizarres.

L’Homme des jeux (The Player of Games)

The Player of Games de Iain M. Banks (L'homme des jeux)

Lu en anglais. Un Empire galactique, fasciste et cruel est complètement organisé autour d’un jeu complexe, qui est la vraie clé du pouvoir. Exceptionnellement, cet Empire autorise un joueur de la Culture à participer. Évidemment, ce dernier se met à gagner un peu trop souvent au goût de ses hôtes. Et tout ne se passe pas que sur le plateau.

Voir ma chronique de 2007.

Facile à lire et une bonne introduction à la série. Vaut aussi pour les chutes finales.

L’Usage des armes (Use of Weapons)

L'Usage des armes (Use of Weapons) de Iain M. Banks

(Lu en anglais.) Un mercenaire travaille pour le compte de la Culture sur différentes planètes en guerre, dans différents camps, sans trop savoir pourquoi on lui demande de soutenir l’un plutôt que l’autre.

La structure du roman est assez complexe, car les chapitres de l’intrigue principale s’intercalent avec des flash-backs, à rebours, de la vie du mercenaire — qui n’est pas toujours docile. Là aussi, une chute en béton assez sordide.

Excession

Excession de Iain M. Banks (edition Le Livre de Poche)

Une « excession » est un artefact provenant d’une civilisation beaucoup plus avancée que la Culture, promesse de trésors technologiques, ou potentielle point d’entrée d’une invasion irrésistible. Et il en apparaît justement une dans un coin de la Galaxie proche de la Culture, mais aussi de l’Affront, une espèce impérialiste fondamentalement cruelle. Or la Culture considère souvent de son devoir d’apprendre à vivre à ces gens-là.

Le livre est un peu confus, dominé par les discussions entre divers vaisseaux sentients de la taille d’une très grande ville, démiurges aux motivations très floues ou la stabilité mentale aléatoire. Les Mentaux des grands vaisseaux sont les vrais maîtres de la Culture, mais ils sont divisés sur la politique à mener dans bien des domaines. Les quelques humains qui servent de prétexte à l’histoire sont manipulés comme des pions. Il n’y a pas que les humains d’ailleurs.

J’ai renoncé à suivre qui était qui dans ces nombreux vaisseaux malgré leurs noms farfelus, et les motivations de chacun dans la machination restent assez obscures. Reste un superbe voyage dans la Culture et des histoires de trahison et double jeu qui tiennent en haleine jusqu’au bout.

Inversions

Inversions de Iain M. Banks (édition Livre de Poche)

Dans un monde ressemblant fortement à l’Europe de la Renaissance, une Docteur aux techniques avancées tente de faire un peu de bien, et, dans une autre capitale, un soldat a pour but de protéger un clone de Cromwell.

Bizarrement, la Culture semble totalement absente de cette histoire, mais ces deux personnages pourraient bien en être des transfuges, aux avis opposés sur la manière d’intervenir dans ce monde. Les deux se font des illusions. Assez prenant.

À suivre pour les tomes suivants dans un ou deux ans…

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