Dans la blogosphère se répand le lien vers une étude de l’IFOP[1] pour M6 effectuée du 26 au 27 avril 2007, entre les deux tours et avant le débat. Elle se trouve sur le site de l’IFOP et des commentaires sont lisibles par exemple sur le Big bang blog (merci aux commentateurs d’ailleurs...). Prévoyant à 0,5 point près le résultat du second tour, avec une abstention correcte, ce sondage semble refléter la réalité.

Selon cette étude, toutes les catégories de classes d’âge auraient voté majoritairement Royal, sauf les plus de 65 ans, archi-majoritairement sarkozystes (voir la page 7). Conclusions faciles et immédiates :

  • Sarkozy est le candidat des grand-mères effrayées et des petits vieux qui ne veulent pas que leurs enfants paient des droits de succession ;
  • la France se droitise par simple vieillissement ;
  • etc.

Oui mais non.

Regardez cette autre étude du même IFOP, réalisée les deux jours suivants pour Paris Match. Là aussi échantillon de 926 personnes, même sondeurs, prédiction du résultat du second tour encore plus proche et... cette fois, toujours page 7, toutes les tranches d’âges votent majoritairement Sarkozy, sauf les plus jeunes !

Plus drôle : en deux jours, Sarkozy aurait chuté de 12 points chez les plus de 65 ans, une catastrophe compensée par ses gains ailleurs !!!

Bref, si le résultat final (57/43) est bon, si la preuve est faite que les retraités penchent nettement plus pour l’UMP que leurs compatriotes plus jeunes (ça c’est un scoop !), il est difficile d’aller beaucoup plus loin avec un échantillon de moins de mille personnes. J’aime beaucoup la mention « Effectifs inférieurs à 50 individus : résultats à interpréter avec prudence » pour tout ce qui touche aux électeurs de Le Pen, et uniquement eux.
Et d’ailleurs, il n’y a aucun intervalle d’erreur nulle part. Grandiose ! Afficher des scores du genre 51±15% aurait fait plus honnête mais pas très sérieux envers des candidats ignares en statistiques[2].

Autre découverte instructive de ces rapports : les taux de report des voix des candidats éliminés au premier tour (page 8 du premier sondage, page 9 du second). Si on sait depuis longtemps[3] que les voix de Bayrou se sont réparties équitablement avec un léger avantage à Ségolène, je trouve ironique que celle-ci profite d’une part non négligeable des voix lepénistes (mais là aussi les deux rapports divergent de 11 points !), et totalement hilarant que 1 ou 2% de l’électorat des deux derniers candidats change de camp entre les deux tours ! Séguéla a fait manifestement des émules.

Avant de clore cette parenthèse politique et de reprendre le fil de nos émissions sur des thèmes plus intemporels, je voudrais signaler un dernier lien : Jid a calculé que Sarkozy n’a gagné qu’avec 50,8% des voix. Il suffisait de tenir compte des bulletins blancs et nuls (qui ne sont pas de l’abstention). Tout de suite, la victoire de Sarko paraît moins impressionnante...[4]

Mise à jour du 9 mai : Les sujets anti-Sarkozy plaisent à la blogosphère : ce billet a bénéficié d’un lien depuis rezo.net et, si j’en crois mes stats, une majorité écrasante de mon trafic venait hier de ce portail ! Il va falloir que je continue les sujets racoleurs pour fidéliser ce lectorat.

Deuxième mise à jour du 9 mai : Le CSA a fait un autre sondage qui est un peu un mélange des deux de l’IFOP... Les moins de 50 ans alternent (violemment !) leurs préférences entre chaque tranche, et les plus de 50 ans ont voté plus ou moins massivement pour Sarkozy.

Notes

[1] Dont la patronne Laurence Parisot dirige aussi le MEDEF ; le biais éventuel a peu de chance d’être favorable à Ségolène Royal.

[2] Si j’en crois leur engueulade à propos du pourcentage de l’électricité nucléaire en France.

[3] Au moins 24 h !

[4] Je sais, c’est petit ; on se console comme on peut.