Je connaissais l’autrice sur Mastodon par ses résumés mythologiques ou historiques humoristiques,
et divers conseils de lectures alléchantes que je ne pourrai suivre avant l’invention de l’immortalité.
Oceano Nox n’a rien d’humoristique par contre. Il n’a de rapport avec la littérature gréco-romaine que par le nombre de morts inutiles ou cruelles par page. L’inspiration ici vient de la bataille de Lépante (dit la postface).
En résumé : un dieu dépouillé de ses pouvoirs est condamné à partager le corps de simples mortels, généralement inconscient de sa présence, et jusqu’à leur mort. La conséquence logique est qu’il ne faut pas s’attacher aux personnages, puisque la progression de l’histoire exige que le dieu passe de corps en corps.
Ça tombe bien : ses hôtes participent à une guerre maritime entre deux empires. Du pauvre paysan forcé à ramer jusqu’au mage-artilleur, en passant par des guerriers psychopathes, des fanatiques religieux, ou de malheureux civils assiégés, le spectre est large. Ces personnages sont généralement bien croqués, certains ont même le temps d’évoluer. Et on s’y attache, malgré tout. Mais ils ne sont au mieux que des pions dans une histoire qui les dépasse.
Absurdité de la guerre dont les victimes ne sont pas ceux qui la décident, esclavage, mépris de la vie humaine y compris de la sienne, fanatisme religieux : ce ne sont généralement pas les aspects les plus reluisants de l’humanité que découvre le dieu, y compris chez ses propres adorateurs. Quand il réussit à interférer avec le déroulement des événements pour tenter de sauver son hôte ou éviter un massacre, c’est généralement un échec.
L’histoire est prenante. Formellement, il s’agit d’une lettre d’un prisonnier qui raconte sa rencontre avec le dieu, avec quelques allers-retours pour le rythme et le suspens. Le ton est amer, mais le livre est très beau en tant qu’objet 1. Notez pour Noël.
Le titre a été emprunté à un poème de Victor Hugo sur les marins disparus. Je connaissais le début, pas le poème.
D’autres critiques :
- Encore une tranche
- L’Ours inculte n’a pas aimé qu’on lui plombe le moral.
- Selon les Lectures du Panda, ce roman de guerre est paradoxalement empreint de calme. Pas faux. Il a aussi une interview de Thomas Arnaud, l’illustrateur de la très jolie couverture (avec Blender !)
- Tachan est anthousiaste
Je rajoute aussi à mon interminable liste de livres-à-acheter-un-jour Grain de sable (même autrice, même univers).
-
Tous les livres sont beaux chacun à leur manière, bien sûr. Je ne comprends pas les gens qui n’ont pas de bibliothèque. ↩︎
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