skeptic redesignQuelques articles intéressant dans ma revue américaine militante préférée :

La montée du QI au XXè siècle

James R. Flynn a longuement étudié l’évolution du QI en Occident pendant le XXè siècle, et il s’étend dans une interview sur les différences restantes entre Blancs et Noirs, hommes et femmes, passé et futur. En espérant ne pas le caricaturer, j’ai retenu :

Les Occidentaux ont grimpé de 30 points de QI en un siècle. Comme par définition la moyenne est à 100, cela signifierait que nos ancêtres sont à 70 selon nos critères — la limite du retard mental. Les explications génétiques ne tiennent pas : ça ne fonctionne pas sur trois générations, et les Américains de 1900 étaient déjà très mobiles et mélangés. L’amélioration de la nourriture est un facteur, mais qui ne devrait plus influer après 1950 (et nous sommes par certains côtés moins bien nourris qu’à cette époque).

En fait, l’explication la plus probable est culturelle : le monde est devenu beaucoup complexe en un siècle, les cerveaux se sont entraînés, l’ouverture d’esprit et la capacité d’abstraction ont explosé, le système éducatif a aussi fait d’énormes progrès (favorisant le questionnement et la réflexion plutôt que la mémorisation pure, et le niveau des professeurs eux-mêmes est monté). La proportion de professions intellectuellement exigeantes a énormément augmenté.

L’augmentation n’est pas uniforme, certains groupes sont en retard, par exemple aux États-Unis les Noirs, même si l’écart se réduit. On pourrait considérer qu’ils en sont juste au niveau des Blancs de 1963. Flynn accuse une « sous-culture noir » qui n’encourage pas l’effort intellectuel, et des préjugés dans le reste de la société qui n’aident pas à en sortir. Il fait un parallèle avec ses propres ancêtres irlandais : en 1900 leur réputation de violence et d’alcoolisme n’était plus à faire. Ils provenaient d’un milieu de petits paysans illettrés (pas d’école pour les catholiques en Irlande...) puis ils se sont rapprochés du reste des Blancs américains. Mais il note que les Irlandaises avaient cependant plus de facilité à épouser un non-Irlandais qu’une Noire à épouser un Blanc, et ils n’avaient pas un passé d’esclaves démotivés. À l’inverse, les immigrés chinois investissent massivement dans la scolarité des enfants, alors qu’ils partent déjà de beaucoup plus haut : ils sont issus d’une civilisation déjà très organisée, commerçante et méritocratique.

Tout cela est évidemment à gros trait, ne doit en aucun cas décourager un investissement dans l’éducation des groupes moins favorisées (au contraire) et n’indique rien au niveau d’un individu. Si Flynn est convaincu que les différences de QI sont culturelles et pas génétiques (les bébés ne montrent pas de différence ; les enfants adoptés suivent le QI de leur groupe d’adoption ; la proportion adultes/enfants influence le niveau d’exigence cognitive d’une famille..), il déplore cependant le manque d’études : toute conclusion (génétique ou culturelle) serait politiquement explosive.

De même, les vieilles antiennes racistes sur les pays sous-développés, « trop stupides pour s’industrialiser » [1] n’a pas de sens : le QI moyen y est déjà partout plus élevé que le 70 des Occidentaux de 1900... Là où l’industrialisation commence, le QI monte en flèche.

Un petit paradoxe concerne les femmes dans les universités (américaines ?). Bien que le retard par rapport aux hommes se soit quasi annulé depuis trente ans, elles accusent 4 points de moins dans les universités, tout en récoltant de meilleures notes que les hommes à QI égal. Elles sont simplement nettement mieux armées en capacités de lecture et écriture que les garçons en fin de lycée et en profitent plus.

L’évolution du QI se ralentit toutefois, notamment dans les pays les plus avancés comme en Scandinavie (James Flynn semble les admirer, pour leur égalitarisme, leur système éducatif, leur capacité d’intégration) : on arriverait à un plateau.

L’évolution du QI après l’âge de 65 ans est déprimante : les capacités analytiques déclinent d’autant plus vite que l’on part de haut... Est-ce dû à une usure du cerveau ou un arrêt des sollicitations cognitives ?

Flynn est notoirement de gauche, et lance quelques piques sur la société américaine (ça nous concerne en partie) : à cause de l’inégalité des écoles, les gens dépensent des fortunes pour une maison dans le « bon » quartier, et réduisent les dépenses sur l’éducation pour récupérer une partie sur les impôts ; alors qu’au final investir le même argent dans le système scolaire rendrait service à tout le monde, et éviterait bien des problèmes coûteux comme la dérive criminelle des plus pauvres [2]. Rendre l’éducation payante est le meilleur moyen de prolonger les inégalités.

Il ne s’étend hélas pas trop sur ce qui est laissé de côté par le QI, indicateur tout de même très lié à l’abstraction. Quoiqu’un graphique (peu commenté) insiste que le progrès du QI s’est effectué d’abord sur les matrices plus que sur d’autres facteurs. Et Flynn dit bien que ces tests sont adaptés au monde moderne, pas à des civilisations disparues.

Religions et santé

Deux pages s’étendent sur l’impact désastreux de certaines pratiques religieuses sur la santé, des plus compréhensibles (le Ramadan mène à la déshydratation et d’autres maux, voire paradoxalement fait grossir, augmente les violences et l’accidentologie) aux plus criminelles et délirantes (des enfants américains sont morts faute de soins, leur secte considérant que seules les prières sauvent). Quelques cas sont bénéfiques : la circoncision réduit la propagation des MST, entre autres ; la pratique religieuse réduit globalement la mortalité. L’impact est par contre mauvais sur certains maladies mentales.

Quant à l’efficacité des prières à la place des soins, Francis Galton avait eu l’outrecuidance de calculer que la famille royale, pour qui tout le monde priait à l’époque, avait une espérance de vie inférieure à la moyenne !

L’existence de Jésus

Un beau blond fait la couverture, mais peu de pages traitent le sujet. Pas mal d’épisodes des Évangiles (les trente deniers de Judas et son suicide) renvoient à d’autres passages de l’Ancien Testament, et certains en déduisent que tout à été inventé. Il reste cependant de courtes mentions de Jésus chez des Romains peu suspects de sympathie. L’auteur conclut à la probable existence de Jésus comme personnage historique, mais « le Jésus historique est assez pénétré de caractéristiques mythiques pour rendre son historicité sans importance. »

L’exorciste

L’ancien jeune assistant d’un exorciste américain raconte ce qu’il a vu et fait. En résumé : les techniques sont celles des voyantes et autres illuminés, habitués de la collecte de renseignements préalable (incidemment ou avec des fouilles de domicile discrètes), de la mise en scène (le poltergeist qui met la pièce sens dessus-dessous est l’assistant ; dans les cas extrêmes l’exorcisé était payé et simulait) et d’autres techniques de prestidigitation, et de la suggestion envers des personnes faibles (« le démon va réagir de telle manière...» : le possédé suit ce qu’on lui a inculqué).

Les maladies provoquées par le démon étaient souvent imaginaires : l’exorciste s’interdisait prudemment de traiter de vrais cas médicaux. L’argent motivait l’exorciste : il disparut quand la manne se tarit. Son assistant pensait apporter un peu de confort aux gens, jusqu’à ce qu’il change de bord et devienne quasiment athée.

Les lanceurs d’alerte

Les whistleblowers sont censés être protégés par la loi. Mais qui dénonce les turpitudes de son service ou de sa caste a en général plus à perdre qu’à gagner. On peut expliquer cela par la théorie des jeux : si un équilibre, même malsain, s’est établi, chaque membre de ce corps social a personnellement intérêt à suivre l’omerta plutôt qu’à aider un accusateur interne — la loyauté prime sur l’honnêteté.

Un exemple dans la police de New York des années 70, ou la montée des irrégularités tolérées dans l’armée américaine même, sont des exemples inquiétants : l’intégrité serait même une valeur en baisse...

(Remarque personnelle : cela contraste avec ce que j’ai lu du système stalinien dans Joukov. La caste des officiers soviétiques, renouvelée par la Première Guerre Mondiale puis la Guerre civile, surveillée par un Parti paranoïaque et de très mauvaise formation, n’avait pu développer un esprit de corps. Elle fut donc incapable de résister à Staline et à ses accusations délirantes : la purge accentua le phénomène. Le manque de tenue de ce corps mena ensuite à de très graves dysfonctionnements pendant la Seconde Guerre Mondiale. À l’inverse, les médecins ou les policiers sont aussi connus pour un esprit de corps parfois excessif quand l’un d’eux dérape, et nous avons tous des réflexes corporatistes, car évidemment nous connaissons mieux notre métier et ses turpitudes. Peut-être y a-t-il un juste équilibre à trouver entre la cohésion d’un groupe, nécessaire à sa mission et sa capacité de résilience, et le droit de la société en son ensemble à surveiller les écarts de ses membres. Pas facile.)

Divers

  • Un article déprimant décortique les révélations de Van Praagh, un pseudo-médium américain spécialisé dans la communication avec les morts, notamment des enfants. Ses « révélations » sont pleines de contradictions, de bons sentiments jusqu’à l’écœurement, et bizarrement, toujours positives. Les idées de Van Praagh sur la réincarnation ou l’action des morts sur le monde physique sont tordues et font frémir. On sent l’auteur tellement affligé qu’il ne peut s’empêcher d’ironiser massivement, ce qui affaiblit finalement le propos.
  • Des chasseurs de fantôme sont partis en chasse à Sand Creek, lieu d’un massacre d’Indiens en 1864, et où de nombreuses personnes ont raconté avoir vu ou entendu des fantômes, bizarrement pas à l’endroit réel de la tuerie. Le journaliste (sceptique) qui les accompagnait a remarqué que leurs « détecteurs » étaient muets là où de nombreux restes ont été retrouvés, et semblaient s’agiter dans les endroits les plus boisés, là où l’esprit humain a le plus de matière à interpréter le moindre bruit, abusivement ou non. Quant aux esprits photographiés, ils ressemblent furieusement à des artefacts photographiques archi-classiques.

Notes

[1] Je ne me souviens pas d’avoir entendu de telles stupidités en France, mais je suis né après la décolonisation.

[2] « Ouvrir une école, c’est fermer une prison » aurait écrit Hugo.