Vous connaissez les numéros Sosa ? C’est une invention de généalogiste égaré du côté des mathématiciens.

Plus précisément, il s’agit de la numérotation de Sosa-Stradonitz.

  • La personne à la base de l’arbre (en l’occurence mon fils) est par définition le 1 (on dit aussi de cujus pour en jeter).
  • Son père (votre serviteur) est le n°2, sa mère le n°3.
  • Puis on monte d’un niveau et on numérote les grand-parents en commençant par la lignée paternelle : mon père est le n°4, ma belle-mère le n°7. Niveau suivant : l’arrière-grand-père paternel est le n°8.
  • Et ainsi de suite...


En arrivant au bout de l’arbre en ligne droite paternelle, on trouve un certain Jacques Courtois (dont je ne sais rien sinon qu’il a dû naître vers Dreux juste avant la Révolution), dont le numéro est 128.

Cette numérotation est très pratique :

  • les hommes sont pairs (sauf le de cujus éventuellement), les femmes impaires ;
  • on peut aisément se situer dans un arbre éclaté (et cela a bien servi à l’époque où ces centaines d’ancêtres n’étaient pas stockés dans une base de données) ;
  • l’ancêtre paternel en ligne directe (celui qui a donné le nom) est toujours une puissance de 2 (et là, pour une fois, ça sert d’être informaticien !) ;
  • et ce même nombre indique combien il y a de personnes à cette génération.

Quand apparaît la 7è génération d’ancêtres vers la Révolution, j’ai donc 128 ancêtres de mon fils à rechercher !
Pire : les générations étant plus courtes sur certaines branches, j’ai en fait déjà fait une incursion à la 9è, qui comprend 512 personnes. De quoi occuper de longues journée à fouiller les microfilms des archives départementales (car on peut rarement remonter plus loin par correspondance)... Et, je le redis, je me suis là à peine avancé dans l’Ancien Régime !

L’arbre familial étant insuffisant, prenons un arbre de la famille royale française, par exemple celui mis en ligne par P.Texier (11653 individus). Le de cujus est le comte de Paris Henri d’Orléans (1908-1999), prétendant orléaniste au trône de France. Ce monsieur a presque un siècle de plus que mon fiston, c’est comme si je parlais de mon arrière-grand-père ; mais cela ne change rien au propos.

  • Si je remonte brutalement la ligne paternelle directe de ce monsieur, je tombe sur un certain Charibert, ancêtre plus mythique que réel des Robertiens[1], adversaires et successeurs des Carolingiens[2]. Charibert est décédé vers 636 (en pleine période mérovingienne[3]).
    Son numéro Sosa, astronomique, est 567 074 979 840.
  • Le Sosa de Charlemagne, autre illustre ancêtre du comte de Paris[4], est plus modeste, il a vécu 150 ans plus tard : 17 721 093 152.

Si vous vous souvenez que le Sosa donne un ordre du nombre de personnes de cette génération, cela signifie que le comte a bien plus d’ancêtres de l’époque mérovingienne qu’il n’y a eu d’humains sur cette planète depuis la nuit des temps.
Ce qui n’étonnera personne : tout le monde est cousin à un degré ou un autre. La consanguinité à des degrés divers sévissait jusqu’à il n’y a pas si longtemps, aussi bien dans les familles royales toutes cousines que dans les campagnes - au mieux on allait chercher son épouse dans le village d’à côté.

Quand le cas se présente, on parle d’implexe. Dans le cas du comte de Paris, ça commence très tôt : ses quatre arrière-grand-pères sont des fils du roi Louis-Philippe, dont un deux fois : les grand-pères d’Henri sont frères, et ont épousé deux cousines. On a annulé des mariages royaux pour bien moins que ça.

Certains calculent même des taux d’implexes qui frôlent les 100% dans les familles royales. Fatalement, si on remonte à Adam et Eve ou une variante, le taux d’implexe à la 5000è génération est pour nous tous de 100%.

Les ordinateurs parmi vous auront d’ailleurs remarqué que les deux nombres Sosa ci-dessous ne sont pas des puissances de 2 : Charlemagne figurant plusieurs fois dans l’arbre d’Henri d’Orléans [5], il possède plusieurs numéros, et Hérédis a choisi le plus bas. En fait, c’est par les femmes et par les ducs de Lorraine que le lien entre le comte de Paris et Charlemagne est le plus court, alors que si on remonte les dynasties « classiques », le lien devrait se faire par la mythique réunification des dynasties carolingienne et capétienne, quand Philippe Auguste a épousé Isabelle de Hainaut, descendante de Charlemagne.

Cela fait des arbres assez tordus à représenter. Coup de bol, rien de cela sur le mien, mais dans un sens je suis un peu déçu…

Notes

[1] Robertiens qui, comme chacun sait, sont les ancêtres des Capétiens qui ont régné sur la France jusqu’en 1848.

[2] Charles Martel, Charlemagne et quelques autres.

[3] Juste après la fin de l’Empire romain : Clovis et les rois fainéants, mais vous le saviez.

[4] Toutes les dynasties ayant successivement régné sont liées les unes aux autres via les femmes.

[5] Par trois enfants différents !