Depuis quelques années, je me lance dans la généalogie. Celle de ma famille, au sens large. Tous mes ancêtres m’intéressent, pas seulement ceux qui m’ont transmis le nom, et aussi ceux de ma femme : en fait, je tente de faire tout l’arbre de mon fils. Oh, je ne suis pas allé bien loin : je n’ai encore trouvé personne né avant la Révolution, et je me limite pour des raisons bassement logistiques à ce qui est accessible par la Poste (merci les petites mairies) ou Internet (merci les bases de données publiques), ou aux parties que beau-papa ou tonton ont déjà réalisées.

Plaisirs et joie

Le premier plaisir est celui de recevoir des photocopies d’actes rédigés au siècle avant-dernier, presque illisibles (et qui le seront totalement pour la génération de mon fils, qui ne sera plus habituée à l’écriture manuscrite). Le déchiffrement est un petit jeu. Mon dernier casse-tête a été de tenter de lire la date sur la première ligne de cet acte de naissance...

…jusqu’à ce que je comprenne que l’État civil utilisait alors le calendrier révolutionnaire ! (« Aujourd’hui 11 messidor quatrième année... »). Le reste se lit pas trop mal (sisi !).

Le jeu de piste consiste aussi à rechercher diverses personnes au détour des actes officiels (le témoin de mariage, cousin ou frère, qu’on découvre comme branche collatérale). Ces actes permettent aussi de découvrir les domiciles de parents de mariés, ou de s’apercevoir que d’autres personnes sont encore vivantes ou déjà décédées au moment de l’acte. Il n’y a pas que les actes administratifs classiques, mais aussi les testaments, les actes notariés, le courrier... Précieux indices qui permettent de relier tous ces gens entre eux.
Le stade de rat de bibliothèque dans les mairies et archives départementales pré-révolutionnaires sur microfilms m’est encore inaccessible - vivement la retraite !

On rencontre son lot d’énigmes : pourquoi les parents indiqués sur l’acte de décès de mon ancêtre Pierrette sont-ils différents de ceux de l’acte de naissance ci-dessus ? Erreur de déclaration ? Adoption par un oncle ? Est-ce bien la même personne ?
Parfois on bute sur des énigmes insolubles : il y aura toujours un trou au niveau du père d’un arrière-grand-père de mon fils, fils naturel dont la mère a emporté le secret dans la tombe.

À l’inverse, certaines choses font sourire : je ne savais pas qu’un enfant pouvait naître de « mère inconnue » (et de père connu). Tout le monde bien sûr à l’époque savait qui était la maîtresse du patron, mais certaines choses ne s’écrivent pas dans l’aristocratie de l’Empire colonial.

Des photos

Il n’est jamais trop tard pour se lancer dans la généalogie, à part pour une raison : nos anciens ne sont hélas pas éternels. D’une part ils se souviendront de nombre de détails sur le cousin Untel, ou que tel oncle a eu deux enfants... bref, plein d’informations qui éviteront de courir les mairies. L’honnêteté m’oblige à préciser que les dates ont souvent tendance à être floues ou fausses après 50 ans de délai - les actes contredisent parfois le souvenir d’anciens, et ce n’est pas la faute d’Alzheimer (Alzheimer qui d’ailleurs s’attaque aux souvenirs récents plus qu’aux anciens) !

Ils ont également conservé nombre de papiers (livrets de famille, militaires...) qui ont souvent tendance à disparaître d’une génération à l’autre. Mais ils restent une source inestimable pour quelque chose qu’aucun archivage ne remplacera jamais : reconnaître la tante Justine ou l’oncle Blanchetier sur une photo de mariage de presque un siècle. Un arbre prend une dimension différente quand chaque nom acquiert un visage. On peut jouer aux jeu des ressemblances entre la grand-tante, jeune fille fringante en noir et blanc, et sa fille, fière mamie de nos jours.

Remember

Les souvenirs ne sont pas archivables. Plus que d’un nom, nous sommes tous les héritiers d’histoires familiales qu’il faut préserver.
Les aventures de l’arrière-grand-père pendant la Guerre de 14 valent d’être notées au moins en quelques mots, ne serait-ce que pour transmettre le souvenir des souffrances qu’il a endurées. Quant à ceux qui ne sont pas revenus, et n’ont jamais eu de descendants, qu’au moins leurs arrières-petits neveux et nièces se souviennent d’eux. Une base de données ne suffit pas.

Léon Balenayre, mort pour la France à 27 ans