Les consultants de SSII ont souvent un portable - j’entends un ordinateur portable.

Ce n’est pas donné à tout le monde, remarquez. Un portable coûte cher (sans doute 1000 € ou plus, deux ou trois journées de facturation (!), il est en général loué) donc il n’est pas attribué à n’importe qui - en-dessous d’un certain rang du moins. Le petit nouveau embauché en période de vaches maigres (et même grasses) et affecté à un projet sur plateau ne verra que des ordinateurs fixes pendant longtemps. Itou pour le malheureux consultant en régie pendant des années, qui travaille sur un poste de travail fourni par le client [1].

Quand on s’en voit attribué un, ce petit bijou de la technologie moderne semble un cadeau. C’est effectivement sympa si le pion salarié n’a pas de machine chez lui - mais les informaticiens ont rarement moins d’un PC à la maison, et souvent plus performant qu’au bureau.

Lourd

Mais les inconvénients sont nombreux. (Là on me rétorquera qu’à cheval donné on ne regarde pas la bride, mais justement le cheval n’est pas donné, il est là pour être chevauché, entretenu, et rendu).

D’abord il est lourd.
Même si c’est un petit modèle léger. Le consultant a la particularité de migrer souvent (c’est pour cela qu’il a un portable), et donc il emmène son matériel en permanence avec lui. Tout portable est trop lourd quand il faut le traîner le long de couloirs d’aéroport, dans les halls d’attente, dans le métro, le RER... pendant des heures, en compagnie de la valise qui accompagne lundi matin et vendredi soir tous les malheureux provinciaux affectés pour une petite mission de six mois renouvelables en région parisienne.

Le problème en fait n’est pas le portable. Pris seul, il est léger[2].
Mais il y a la sacoche (souvent marquée aux armes du fabricant, elle hurle « Volez-moi ! Volez-moi ! » à la première petite frappe venue).

Et puis le chargeur. Parce que les contraintes de « poids commercial »[3] sont ce qu’elles sont, et aussi pour limiter la chauffe de la machine, le transformateur est séparé. Il est cependant hors de question de s’en passer, sinon pour une réunion d’une heure ou un peu de wifi dans le jardin ; mais les autonomies des machines ne sont pas de l’ordre d’une journée de travail.[4].

Ajoutons la souris (les trackpads sont insupportables).
Ajoutons les câbles de sécurité (parce que si la machine est volée, et ça peut arriver chez le client comme à l’agence, la franchise est pour votre pomme) ; puis les câbles réseau ou téléphonique qu’il vaut mieux avoir tout le temps avec soi si on ne veut pas se retrouver en plan. Ces éléments ne sont pas très lourds mais ils prennent de la place.

Et là on s’aperçoit d’un autre problème : la sacoche fournie est parfaite pour le portable seul. Pour le reste c’est plus délicat. La place n’est pas énorme pour le reste de ce que trimbale le consultant moyen : téléphone portable (et son chargeur...), Palm ou PocketPC (parfois le même appareil, ou alors compter un autre chargeur), papiers, docs sur ceci ou cela, quelques stylos ou éléments de papeterie. J’ai l’habitude de tenir une « main courante » sur un cahier grand format, qui permet de réduire brouillons et feuilles volantes, mais je vais devoir revoir cela si je passe la moitié de mon temps à mon agence et l’autre chez le client comme il est prévu. Celui qui migre en permanence d’un bureau à l’autre prend vite l’habitude de tout numériser, de tout conserver sur le disque dur.

Le vrai bureau sans papier, graal mythique de l’informatique depuis deux décennies, est celui qui n’existe pas, dont le propriétaire se débarasse systématiquement de chaque gramme de cellulose pour éviter d’avoir à le porter !

Évidemment, cela rend d’autant plus aigu le problème des sauvegardes de postes mobiles qui rencontrent rarement les serveurs de leur entreprise... [5]

Mise en place quotidienne

La migration quotidienne devient un vrai plaisir aussi. Chaque matin, il faut s’asseoir à un bureau non occupé (on n’a pas toujours une place attribuée chez le client, encore moins à l’agence...), dégainer machine, transfo, souris, câbles divers, et connecter tout ce beau monde, en usant ses genoux à traquer des prises réseau et électrique sous les bureaux, et chercher désespérément un coin où arrimer le câble de sûreté.
Et chaque soir tout réemballer, en tassant pour que ça rentre, pendant que les collègues sur poste fixe se contentent d’éteindre leur écran et de se lever... On peut simplifier en abandonnant l’accessoire (transfo, souris...) si on est certain de revenir le lendemain - tout le monde n’a pas ce luxe quand il papillonne entre deux ou trois sites.

Responsabilité

Comme dit plus haut, en cas de vol, il faut raquer la franchise - du moins en théorie, je ne veux pas tester la chose. Il faut donc au moins emporter la machine le soir avec soi, même si on ne compte pas l’utiliser. Ma femme n’a effectivement pas sauté de joie en voyant débarquer ce quatrième calculateur, et il encombre mon coin du salon.

Les problèmes de réseaux du migrant

La connexion d’un portable à divers réseaux est un poème (problèmes de proxy, Netware, domaine ActiveDirectory, droits...), si même l’accès à l’intranet ou internet est possible - certains clients sont paranos et refusent l’arrivée d’une machine qui ne leur appartient pas.[6]

Partie 1 : Angoisse existentielle
Partie 2 : Plein plein de chefs
Partie 3 : Le portable
Partie 4 : Le consultant-migrant
Partie 5 : Se battre pour bosser
Partie 6 : Les joies de l’accès ...
Partie 7 : Un expert, sisi !
Partie 8 : Imputer, oui, mais sur quoi ?

Notes

[1] Poste où il n’aura pas le droit d’installer la moitié des outils habituels de sa propre entreprise, ni le droit de « jouer » avec des logiciels pour s’autoformer ou faire un peu de veille technologique, comme il faudrait pourtant le faire en permanence dans ce métier.

[2] Au point qu’on le prend volontiers d’une main, d’où un risque accru de chute.

[3] Celui que l’on affiche sur les sites et dans les magazines. En fait il n’a pas de sens si on n’y associe pas le transformateur. Soit on part pour une marche de deux minutes vers un autre bureau, et une livre de plus ou de moins est un détail, soit on s’engage pour un long, ou on le porte toute la journée, et chaque nanogramme compte.

[4] En fait, on pourrait. Mon Palm tient sans problème une semaine sans recharger (bon, sans trop l’utiliser il est vrai ;-). Sa capacité de calcul doit avoisiner celle d’un petit Pentium. Et on pouvait bosser avec ces machines, à l’époque.

[5] Les logiciels de sauvegarde à distance sont trop gratuits ou trop chers pour être utilisés par une grosse SSII comme la mienne, la consigne officielle est de sauver à la main sur CD...

[6] Il y a de quoi écrire un autre billet rien que là-dessus...