Rien à voir avec l’ambiance détendue du Bayrou-Ségolène de samedi dernier. Là, c’est du pilonnage mutuel lourd.

L’une veut faire sérieuse et compétente : veste noire, chemise blanche, et elle démarre d’entrée en assénant des chiffres. L’autre ne veut pas qu’on lui reproche d’être un énervé, et j’ai bien senti parfois qu’il faisait un effort pour se maîtriser.

Les chiffres volaient bas, ils sont évidemment totalement invérifiables pour le téléspectateur de base. Les deux ont exercé récemment des responsabilités et ont dit beaucoup de bêtises provocantes l’un et l’autre, en traînant les casseroles des prédécesseurs de leur camp qu’ils ont écartés à coup de pied.
Les vacheries attendues et parfois faciles ont fusé (bizarrement souvent sans réponse). Les interruptions mutuelles fréquentes contrastaient violemment avec le débat totalement soporifique de 1995. Démonstration est faite que l’on n’interrompt pas Ségolène Royal - quoiqu’elle fatiguait sur la fin. Et que les réparties de Sarko sont mortelles.

J’ai été très amusé par les idées qu’ils se sont piquées mutuellement... Ségolène parle réduction du déficit et évoque Angela Merkel ; Sarkozy milite pour l’écologie et en appelle à Zapatero : ça étonne. (Quoique j’ai toujours pensé d’ailleurs que le mieux serait un programme de gauche/droite exécuté par un gouvernement de droite/gauche. Ou plutôt que l’on devrait voter séparément pour les hommes et les programmes (voir les référendums suisses).)
J’attendais que Sarkozy réponde au moins une fois « non, j’ai pas pu faire ci ou ça quand j’étais au gouvernement parce que je n’étais pas Premier Ministre et que le Vieux m’a pas laissé faire ! » ou que Ségolène hurle « ne tenez pas compte des bêtises sur les riches qu’a sorties mon conjoint, nous ne sommes pas d’accord sur tout, et d’ailleurs il dort sur le divan depuis ! »... Mais non. Dommage.

Idem, les défauts des uns et des autres s’échangent, Sarkozy reproche à Ségolène de s’énerver, alors que c’est plutôt à lui que l’on prêtait le point faible.
À presque 23 h, le clash attendu a eu lieu sur le thème des enfants handicapés (pourtant consensuel - justement parce que consensuel ?), avec insultes de « menteur » et de « sectaire ». Piège de Sarko ? Colère de Ségolène feinte ou sincère ? En tout cas, il se reprend bien, Sarko - après tout c’est la qualité première de tout avocat. Riposte un peu brouillonne après réflexion de Ségo - et elle accuse le choc[1]. Les journalistes ressortiront peut-être encore la colère de Ségolène dans 10 ans : « Comment elle a perdu la présidentielle. »[2]

Sarkozy plutôt concret, Ségolène plutôt bonnes intentions. Après tout, le monde a toujours été comme ça : les uns réclamaient l’abolition de l’esclavage, les autres démontraient que c’était irréaliste. Thèse, antithèse, fouthèse synthèse, et chaque demi-siècle.

D’Arvor[3] et Chabot me semblaient totalement dépassées, les deux candidats discutant entre eux sans trop répondre aux questions. Dans un sens c’est normal, le détenteur du pouvoir suprême n’ayant pas forcément à s’aplatir devant un journaliste ; et c’est aussi habituel, les journalistes français sont connus pour être des carpettes (j’entends rarement des questions gênantes, et jamais d’insistance quand un politique donne délibérément une réponse évasive ou hors-sujet). La mode des questions posées par des téléspectateurs avait d’ailleurs réduit d’Arvor au rôle de porte-micro depuis le début de l’année.

Juste trois morceaux au vol :

Ségolène : « Pas de collège de plus de 600 élèves. Pas plus de 17 élèves par classe. »

Chiche ! Avec les profs qui feront leurs 35 h à demeure au lycée, les frais immobiliers de l’Éducation Nationale vont s’envoler.

Sarkozy : « Travailler plus pour gagner plus, sur la base du volontariat. »

Chiche ! Je veux bien perdre 2 ou 3 RTT, si je choisis - mais j’ai plus besoin de temps que d’argent. Or en SSII, vue la marge brute faite sur le salarié de base, la tentation de le faire bosser à fond sera grande. Et ma douce a deux heures sup de cours par semaine qu’elle n’a pas eu le choix de refuser. Au passage, nous ne pointons pas.

Sarkozy : « Toutes les femmes doivent avoir un mode de garde pour leur enfant. »

Chiche ! - Et pourquoi les femmes d’ailleurs ?

Sarkozy : « Je ne leur mentirai pas [aux électeurs]. »

Dangereux, au moindre accro...

Bon, je savais déjà ce que je voterai dimanche, mais sans plus d’enthousiasme qu’avant ce débat...

Notes

[1] D’un autre côté, on n’a pas à élire un président uniquement sur son sens de la répartie.

[2] Ce qui supposerait une chance réelle de la gagner. Mouais.

[3] Le sujet du renouvellement de la classe politique a d’ailleurs éclipsé celui des journalistes : d’Arvor commentait déjà la politique française à ma naissance, et ne va s’arrêter que lorsque mon fils sera assez grand pour comprendre un peu les enjeux politiques. (Note de 2011 : Ah ben non, c’est râpé pour lui, il est à la demi-retraite.)