Grâce à un commentaire sur un site américain je suis tombé sur ce rapport sur le chômage et l’emploi en 2004, édité par l’OCDE, organisme international pas spécialement connu pour être un repaire de gauchistes. (On pourrait chercher des stats plus fraîches sur le site, mais ceux-là vieux de plus de deux ans suffiront pour la démonstration.)

Symétrie atlantique

Voyons la page 239. En 2004 le taux de chômage masculin (standardisé entre les différents pays) était :

  • France : 8,7%
  • États-Unis : 5,7%

Ce qui n’est pas très flatteur pour la pays des 35 heures et de la Sécurité Sociale étatique.

Mais il y a plus drôle. Quand on compare le taux d’emploi (employment rate) chez les hommes entre 25 et 54 ans, on obtient :

  • France : 86,7 %
  • États-Unis : 86,3 %

Donc il y a proportionnellement (un peu) plus de Français adultes qui travaillent qu’aux États-Unis ! Aux 35 heures peut-être ici, et aux 50 h là-bas, mais ils travaillent. La constatation vaut aussi pour les femmes (taux autour de 72 %, plus bas d’un cheveu chez Bush).

Donc pour la catégorie la plus facilement « employable » (adultes ni trop jeunes ni trop vieux), les énormes différences de charges et de législation sociale ne changent presque rien des deux côtés de l’Atlantique ! Et si on peut, en bon libéral, s’étonner qu’il n’y ait quand même pas un léger avantage côté américain, il y a une différence sociologique dont il faut tenir compte : le taux d’incarcération.

Deux millions de taulaurds

L’OCDE a un classeur Excel sur le sujet. En France, 88 personnes sur 100 000 dorment derrière les barreaux (moins d’1 pour mille). Dans l’autoproclamée patrie de la liberté au-dessus de tout, on atteint 738, presque 3/4 de pour cent, 9 fois plus qu’en France, 7 fois plus que la moyenne européenne.

Évidemment, deux millions de personnes en prison ne peuvent avoir une mauvaise influence sur les chiffres du chômage, même si évidemment ils n’expliquent pas l’écart entre les deux pays.

Trop vieux ou trop jeunes

La vraie différence dans le taux d’activité entre les deux pays est ailleurs : chez les jeunes (32,8 % travaillent en France, 55,5 % aux États-Unis) et les « vieux » (55-64 ans : 41,9 % contre 66 %). Les durée des études, les difficultés en France pour trouver son premier emploi, le départ précoce à la retraite, la répugnance de nombre d’entreprises à embaucher des seniors... jouent à plein.

L’une des explications sur la bien connue excellente productivité horaire française trouve là une de ses explications : les moins productifs (quoique cela reste à démontrer et les causes sont matière à débat) sont moins représentés qu’aux États-Unis.

Les années qui viennent vont probablement amener de très sérieuses modifications du droit du travail en France. Je suis curieux de voir quelle influence elles auront sur le taux d’activité des 25-55... Rendez-vous en 2010.