Troisième partie du résumé du dernier numéro de Skeptic (après articles divers et la numérisation du cerveau), avec Agony and Ecstasy: Were Saint Paul’s Christian Beliefs a Symptom of Epileptic Personality Disorder?, un article de Harry White.

Épilepsie et conversion

La conversion de Saint Paul - Le Caravage, 1600 (via Wikimedia) Le christianisme a été durablement influencé par Saint Paul, ancien Juif pharisien, persécuteur des premiers Chrétiens, mais, selon la Bible, converti sur le chemin de Damas par une apparition de Jésus.

Lors de cet événement bien connu, les symptômes ressemblent à ce qui peut précéder une crise épileptique : perte de la vision et du contrôle musculaire notamment.

Plus que la conversion, conséquence de la crise (cela s’est vu ailleurs), Harry White s’intéresse à la personnalité de Paul, et aux traits de caractères liés à cette épilepsie : certains désordres liés sont évoqués dans ses épîtres. (Voir aussi cette page qui reste sceptique sur le lien entre épilepsie et certains traits plus ou moins pathologiques ; mais l’article ne remet pas cela en cause).

Symptômes

Parmi les symptômes de la maladie : expérience mystique pendant la crise, modification de la personnalité après, recherche d’un sens cosmique dans chaque trivialité, manque d’humour, sens de sa propre importance, égocentrisme, hypergraphie, obsession des problèmes philosophiques et théologiques, épisodes colériques voire violents. (À comparer à d’autres épileptiques célèbres, si j’en crois Wikipédia : Alexandre le Grand, Jules César, Jeanne d’Arc, Napoléon, Dostoïevski, Lénine.)

Entre les crises, les malades se comportent parfois de manière incontrôlable ou irrationnelle : cela cadre avec les actes violents de Paul avant sa conversion puis des mots très violents envers des dissidents dans ses épîtres. Mais ces malades ne sont pas psychotiques : ils gardent intelligence et sens moral, et sont conscients de mal agir. Paul se reprochait ses excès, ses péchés malgré sa volonté de suivre le bien : d’où sa vision de la chair et de l’esprit qui s’affrontent.

Dostoïevski, autre épileptique et très pieux sur la fin, connaissait sa maladie et le lien avec ses excès. Dans l’Idiot il a analysé tout cela : l’hyper-religiosité, les accès de colère, les excès sexuels, tout ce péché incontrôlable. Paul ne savait rien de son état.

Influence sur le dogme

Saint Paul, place St Pierre du Vatican - Photo Matthias Kabel, licence CC-BY-SA, via WikimediaEn généralisant son propre cas, il établissait que chacun était inévitablement un pécheur incapable de se contrôler. C’est le début de la distinction entre culpabilité et responsabilité, la possibilité de rester un bon Chrétien si, malgré ses fautes, on distinguait le Bien et le Mal. C’est aussi la voie ouverte au pardon et à l’absolution pour le pécheur repentant.

De plus, le Jugement Dernier se baserait donc plus sur les pensées que sur les actes — et donc, plus par la foi que par le comportement.

Paul serait aussi le responsable de la condamnation de la sexualité, bien plus qu’un Jésus peu loquace sur le sujet, ou qu’une tradition juive parfois beaucoup plus tolérante. Ce Paul malade, qui prêche l’amour tout se sachant capable du pire, a bien plus influencé le christianisme actuel que Jésus.

Remarque perso

Je n’ai aucune idée de la pertinence de tout ceci, n’étant ni médecin ni versé en théologie. Disons que l’argument semble se tenir.

L’article s’étend peu sur la cohérence ou les différents avec les autres apôtres, et pourquoi Paul a prévalu (il y a une lacune dans mon histoire des religions). Qu’un névrosé hyperactif et militant ait influencé une religion dans les premiers stades de son développement me semble logique, et aussi qu’il ait attribué ses propres angoisses à tous — un peu l’opposé de la paille et la poutre. Rappelons que l’article est américain, et que le christianisme là-bas est différent de celui de l’Église catholique en France, l’interprétation des Épîtres de Paul est-elle différente ?