L’un des derniers blogs de Bruce Schneier résume bien son mantra : la sécurité vient d’abord :

  1. du renseignement
  2. de la capacité matérielle à répondre immédiatement à une catastrophe (naturelle ou pas).

Bruce Schneier est un de mes blogs préférés. D’habitude il parle des cartes d’identité biométriques, de DRM, de la concentration des informations, du vol d’identité, des intrusions...

Il en rajoute une couche dans son dernier blog : à force de tenter de prévoir des « scénarios de films » médiatiques mais très spécifiques, on néglige le financement du renseignement et de la réponse immédiate dans l’urgence. Dans le cas de Katrina, le problème de la chaîne de commandement a été criant.

Son optique est pleine de bon sens et en totale contradiction avec le flicage paranoïaque généralisé à la Bush (en cours d’importation chez nous). Une société fondée sur la réactivité et la préparation de tous encaissera toujours beaucoup mieux qu’une autre fondée sur un pseudo-contrôle de tout (qui ne sert qu’à faire croire que l’on fait quelque chose, sans avoir en réalité les moyens de croiser tous ces contrôles, avec des impacts monstrueux sur les libertés individuelles, et surtout une flopée de « pertes collatérales », ie d’innocents pris pour des terroristes), et qui sera dépassée par des terroristes toujours plus imaginatifs... ou une bonne vieille catastrophe naturelle ou industrielle.

Je me demande ce que donnerait une catastrophe majeure en France (genre 11 septembre à la Défense, tremblement de terre majeur à Nice ou inondation totale de Paris). Le problème de chaîne de commandement serait différent (État plus centralisé, pas de niveau fédéral pour interférer). Mais nous, simples citoyens, n’avons en général aucune préparation. J’ai suivi des cours de secourisme il y a des années avec des amis, mais de notre propre initiative. Si un avion s’abat dans mon quartier, je n’ai pas grande idée des choses à faire en premier sinon fuir avec ma famille.

Et encore est-ce un exemple où les secours extérieurs viendraient rapidement et massivement. En cas de catastrophe de plus grande ampleur, une population doit très vite s’auto-organiser, sinon on revient à l’âge de pierre (genre ce qui s’est passé au Superdome à la Nouvelle-Orléans).
Comment organiser l’espace (latrines, morgue...) ?
Qui décide et partage les tâches ? Le temps qu’un groupe de gens paniqués pris au hasard se choisisse une hiérarchie est un précieux temps gaspillé, si elle y parvient. Je n’ai pas connaissance d’un protocole du genre : « en cas de catastrophe sans contact avec les autorités officielles, tout officier de police/sécurité civile... prend le commandement, sinon tout ancien militaire, sinon tout prof, sinon tout chef d’entreprise, sinon la personne la plus grande ».
Doit-on fuir ou attendre les secours ? Et où aller s’il faut fuir ?
Comment partager la nourriture ?
Qui s’occupe des tâches ingrates (corvée de latrines, isoler les cadavres...) ?

Mais après tout, avec moins de 5% de la population formée au secourisme, dans un pays qui pense tout juste à rendre obligatoire les détecteurs de fumée (et les extincteurs, comme au Royaume-Uni ??), ce serait beaucoup demander. Nous avons un bon SAMU et comptons beaucoup sur nos systèmes de secours mais en cas de pépin majeur, c’est à la population de savoir réagir aussi. Les derniers tragiques événements à Paris le montrent, et ce ne sont « que » de classiques incendies.