(Caveat : Cet article de septembre 2005 est régulièrement édité de manière mineure pour corriger ou compléter certains points. Les mises à jour sont en fin d’article.)

Une discussion du mois dernier sur Slashdot à propos des deux concurrents au remplacement du DVD, Blu-Ray et HD DVD : http://it.slashdot.org/article.pl?sid=05/08/23/2213207&threshold=4.

Techniquement, le but est de stocker des quantités encore plus démentielles de données sur une galette, pour une image toujours top plus mieux. Serait-ce une simple évolution que nous suivrons tous petit à petit ? J’en doute fort.

Il faut comparer aux évolutions technologiques précédentes :

  • La Cassette VHS

Elle a rempli un besoin (enregistrer une émission, voir un film loué quand on le veut), donc pas de problème de marché en-dessous d’un certain prix. On a vu une guerre des standards, gagnée par KO par VHS. Ce n’était pas techniquement le meilleur paraît-il, mais en électronique et en informatique grand public la perfection technique passe bien après le prix, le marketing et le copinage avec les détenteurs de droits sur le contenu... et les choix de l’industrie de la fesse, eux-même très dépendants des facilités de licences. Sony (Betamax) aurait perdu la bataille en partie sur ce dernier point.

Leçons : Il n’y a qu’un gagnant, et il remporte tout (effet de réseau). Les facilités de licence et un contrôle lâche amorce cet effet de réseau.

  • Le CD

Que je sache, il n’y avait pas de concurrent (coopération Sony-Philips). Le progrès par rapport à l’ancien système (vinyle, K7 audio) était net (qualité, moins d’usure, format pratique). Un gros succès qui a permis aux majors de revendre leur catalogue une deuxième fois aux mêmes personnes, et plus cher que dans l’ancien format (alors que le CD est moins cher à produire en masse...).

Leçon : On peut imposer un format de changement aux gens.

  • Le DVD

Comme pour le CD : coopération des constructeurs, un seul format, plus pratique que la cassette. Gros succès. La compatibilité avec le CD (un lecteur DVD lit les les CDs, plus tard un graveur DVD gravera des CDs) est la cerise sur le gâteau.

  • Le MP3

Premier à couvrir un nouveau besoin et suffisamment bon à cela : il se répand comme une traînée de poudre. Il n’y a pas de média physique, mais le détenteur des droits (brevets) sur le format du fichier(Fraunhofer ne cherche pas à en profiter trop (les lecteurs sont gratuits et très répandus).

C’est aussi le premier format où le « piratage » (terme galvaudé) joue un rôle massif dans l’histoire d’un format (affaire Napster). Les cassettes VHS avaient été accusées d’être l’équivalent de l’« étrangleur de Boston » pour le cinéma américain, mais le piratage n’a jamais été massif dans la population générale occidentale. Pour le MP3, cela est devenu une autre affaire, mais le format lui-même n’offre aucune protection. Et il n’a pas à le faire, ce n’est qu’un format de description d’un morceau de musique.

De plus, la qualité de compression des MP3 à l’époque héroïque n’a jamais été transcendante (taille des disques et liaisons par modem obligent).

Leçons : Le piratage est un bon moyen de répandre un standard ; une qualité moyenne ne gêne pas l’ado moyen.

Remake : Le phénomène s’est répété peu après avec le DivX, équivalent du MP3 pour la vidéo : qualité réduite mais gratuité et praticité.

  • Les Flops : DAT, DCC, MiniDisc

La DAT de Sony et la DCC de Philips voulaient être à la cassette audio ce que le CD était au vinyle. (On rappellera que la cassette audio avait dû s’imposer aussi face aux cartouches ; je suis trop jeune pour parler de cette bataille-là).

Au niveau du grand public, ce fut un échec complet : malgré la compatibilité avec les anciennes cassettes audio, le progrès était faible. La DAT aurait été plombée par son incompatibilité avec l’ancien standard, par son prix et les coûts de reproduction, et n’a pu amorcer le cercle vertueux lecteurs vendus->contenus->ventes->baisse des prix->ventes. La protection contre la copie (numérique donc parfaite) a pu jouer.
Dans le milieu professionnel la DAT existe encore (sauvegardes informatiques par exemple).

La DCC n’a pas fait long feu, malgré la compatibilité avec les anciennes cassettes analogiques. Le MiniDisc lui a coupé l’herbe sous le pied comme format physique d’enregistrement numérique, mais lui non plus ne s’est jamais répandu de manière foudroyante (il a encore sa niche et ses fans).

Leçons : La compatibilité avec l’ancien standard n’est pas une garantie de succès. Il faut que Monsieur Tout-le-monde voit un intérêt autre qu’une simple amélioration de qualité. Surtout s’il faut racheter du matériel.

  • Les Semi-Flops : le Laserdisc

Les détails techniques sont sur Wikipédia. Cette technologie s’est répandu, notamment en Amérique et au Japon, entre 1979 et 2001. Équivalent vidéo du CD, un laserdisc offrait une qualité vidéo double de la cassette VHS et une bande audio de qualité CD, puis Dolby voire DTS. Comme le DVD plus tard, il pouvait y avoir plusieurs pistes audio, et une navigation par chapitre. Par rapport aux cassettes, ils étaient moins chers à fabriquer et inusables.
Les inconvénients par rapport au VHS étaient un encombrement supérieur (disques grands et fragiles), une durée courte (30 ou 60 minutes par face, deux faces par disque, parfois deux disques pour un film !), et pas de possibilité d’enregistrement.
Nombre de puristes préfèrent encore leurs Laserdiscs aux DVDs (pas d’artefacts de compression notamment).
Le prix des lecteurs et des disques fut une autre raison de la faible (mais réelle) pénétration du format et de son remplacement par le DVD.

Leçons : Le côté pratique et le prix l’emportent sur la qualité intrinsèque.

  • Les Flops (suite) : SACD, DVD Audio

Il est peut-être un peu présomptueux de parler déjà de flop, mais ces deux formats concurrents (SACD de Philips-Sony et DVD Audio du DVD Forum) n’ont pas encore convaincu.
Conçus pour remplacer le CD par un format voisin du DVD, exigeant un nouveau lecteur (certes compatible CD, et certes les SACD peuvent contenir une couche compatible avec les anciens lecteurs CD), et même une nouvelle chaîne pour profiter de la qualité, plus sécurisés contre la copie que le CD ou le DVD, ils proposent essentiellement une qualité que 90% des gens ne sauront pas déceler (surtout ceux qui carburent déjà au MP3) et du son surround (sans grand intérêt dans le métro ou la voiture).

Pour enfoncer le clou, le prix des SACD et DVD-A est plus élevé que celui des CD simples, ce qui n’encourage pas la création d’une base installée qui aurait envie d’acheter un lecteur (mais lequel ?). On trouve déjà des lecteurs qui lisent les deux formats, mais l’arrivée ne se fait que doucement lors du renouvellement. En conséquence, on ne trouve pas de média, alors qu’il « suffirait » que les studios profitent de la compatibilité avec les anciens lecteurs de CD et ne diffusent plus les nouveautés qu’en SACD ou DVD-A...

Leçons : La compatibilité avec l’ancien standard n’est pas une garantie de succès. Il faut que Monsieur Tout-le-monde voit un intérêt autre qu’une simple amélioration de qualité pour audiophiles (bis). Surtout si c’est plus cher.
De plus, deux formats physique concurrents mènent à un effet d’attente des utilisateurs : en cas de mauvais choix, le lecteur chèrement acquis devra être remplacé par un autre du format concurrent vainqueur, et les médias achetés n’y seront peut-être plus lisibles. Si les deux formats coexistent, il faudra acheter également un autre lecteur (éventuellement bi-format).

  • Le flop de l’UMD

L’UMD, format propriétaire de Sony, ne fonctionne que sur PSP (version portable de la Playstation). Un an après un bon départ, le format est en voie de disparition.

Leçons : Un format à lecture seule, utilisable sur un seul type d’appareil (même pas sur tout la gamme du fabricant, PS3 comprise), non connectable à une télé, dont les supports sont vendus plus chers que des DVDs pour grand écran, risque d’avoir du mal à trouver sa niche.

  • Bataille en cours : les formats audio numériques : ATRAC3, mp3PRO, Ogg, WMA, AAC

L’ATRAC3 est le format d’enregistrement numérique de Sony, concurrent du MP3, utilisé essentiellement sur les MiniDisc ou le site musical de Sony.

Sony a la très mauvaise habitude de tenir à concocter « ses » standards incompatibles avec le reste du monde, pas forcément meilleurs que la concurrence, de ne pas chercher à les répandre (trop gourmand sur les royalties ?), de les soutenir jusqu’à l’absurde, et de tenir absolument aux protections anti-copie (pression de Sony Pictures).
Grâce à cette stratégie géniale, le marché du baladeur numérique est dominé massivement par l’iPod d’Apple, compatible MP3, même pas arrivé premier sur le marché, et non Sony, pendant que les appareils photo se standardisent plus autour des cartes SD/MMC que des Memory Stick de Sony.

Leçon : Le marché a raison et n’avalera pas n’importe quoi juste sous la pression d’un unique très gros producteur d’électronique.

Ogg Vorbis est un concurrent direct du MP3, mais théoriquement libéré de tous les brevets.
L’utilisation est totalement libre (logiciels libres). Il est meilleur que le MP3 à compression égale, mais à l’âge des disques de 200 Go et de l’ADSL, ce n’est plus si important. Seul le linuxien militant est exposé au format et aux outils qui poussent à en créer/utiliser, et le grand public ne voit pas l’intérêt face au MP3.

Leçon : Le marché se contrefiche du côté « libre » si la version « propriétaire » est raisonnablement efficace.

WMA est un autre concurrent, venu lui de chez Microsoft, donc totalement verrouillé par son créateur, et doté de fonctionnalités anti-copie. L’AAC est un format plus ouvert (même créateur que le MP3, intégration à la norme Mpeg4). Les deux, ainsi que l’Atrac3, se répandent essentiellement grâce à la vente en ligne (iTunes d’Apple pour l’AAC, Connect de Sony pour l’Atrac3, bien d’autres pour le WMA).
Mise à jour du 31 août 2007 : Sony abandonne l’ATRAC. Les clients qui avaient acheté des morceaux à ce format doivent les re-ripper sous forme de MP3. Comme quoi il ne faut jamais faire confiance à un système propriétaire...

Le mp3PRO, évolution plus compacte du MP3, compatible de manière dégradée avec les lecteurs MP3, a également été un échec par manque de logiciels adaptés et de lecteurs.

Leçon : Plusieurs formats purement numériques (pas de support physique) peuvent se partager le marché, tout est affaire d’outils pour les lire. Le DRM, au moins à dose raisonnable, ne gêne pas le succès (au moins celui d’iTunes).
Il est trop tôt pour savoir si les DRM plus stricts sont viables sans déverrouillage répandu (illégal). Pour le moment, il n’est pas encore très connu du grand public qu’en cas de changement de machine ou de fournisseur, on peut perdre instantanément toute sa musique achetée.
Le taux de compression n’est plus un argument vendeur pour le grand public, ni le gain éventuel en qualité sonore. Les audiophiles ou les fanatiques de l’archivage auraient plutôt tendance à s’intéresser aux formats sans perte comme FLAC.
Mise à jour du 31 août 2007 : En deux ans, la situation a changé. iTunes, la FNAC, EMI... vendent des morceaux sans protection. Et le marché ne s’effondre pas pour autant.

  • Format vidéo numériques

Là, la bataille n’a pas vraiment commencé entre Mpeg-2,4, Quicktime, Real... car le marché de vente de vidéo en ligne au grand public est à peu près nul (Du moins en septembre 2005 quand ceci a été rédigé.). Les formats « pirates » (DivX) ont une longueur d’avance (DivX sur nombre de lecteur DVD). La télé par ADSL et l’arrivée (enfin !) de la vidéo à la demande pourraient changer la donne.

Le match HD DVD contre Blu-Ray

En gros, ce sont deux formats totalement concurrents (les négociations de gros sous pour unifier le format ont échoué), dont la qualité d’image est bien supérieure à celle du DVD classique (plus de place pour les données et meilleure compression), et bien mieux verrouillées contre la copie.

Le Blu-ray de Sony et Philips affiche une capacité minimum de 22 Go, potentiellement 200 en multi-couches (mais les premiers lecteurs sauront-ils en tirer parti ?). Grâce aux progrès des codecs vidéo, on pense ainsi arriver à 4 heures de contenu haute définition.

Le HD DVD de Toshiba, NEC et Sanyo est une évolution du DVD pour la haute définition. Sa capacité est plus réduite (15 Go par couche), mais le coût de fabrication initial est plus bas que pour le Blu-Ray.

Hypothèse : Les leçons de l’audio sont applicables à la vidéo.

Cela se discute, sachant le marché n’est pas strictement identique : les films nécessitent plus de temps libre, exigent une attention complète, et un environnement dédié (télé, la plus grande possible, divan, espace), alors que des morceaux de musique peuvent se consommer n’importe où en faisant autre chose, nécessitant juste un boîtier pour les stocker.
L’impossibilité de copier un format protégé est sans doute moins gênante pour le consommateur moyen en vidéo qu’en musique (où certains se demandent même si le « piratage » sur les réseaux peer to peer n’est pas en fait un moyen de stimuler les ventes des bons artistes).
D’un autre côté, le marché est dans les deux cas dominé par la même population (ados désargentés peu regardant sur la qualité et accros au piratage).

Points optimistes

  • La base installée (actuellement nulle) devrait gonfler très vite lorsque la Playstation 3 de Sony sortira avec un lecteur Blu-Ray (mais quand ?). Toutefois, ce ne serait pas le premier format propre à une console qui y resterait cantonné. Le futur HD DVD aura plus de mal à décoller.
  • Sony, notamment, a des studios qui « voteront » Blu-Ray. Sera-ce suffisant ? Cet atout n’a pas sauvé le Betamax ou le SACD. D’autres studios ont dit préférer le HD DVD.
  • La bataille des formats risque d’être courte, le Blu-Ray part avec plusieurs longueurs d’avance, notamment en nombre de studios qui le soutiennent. Mais l’effet « attendons pour voir » risque de retarder ce décollage.
  • La qualité est meilleure que celle d’un DVD, si on a le matériel adéquat.
  • Les nouveaux lecteurs devraient bien sûr savoir lire les anciens DVD.

Points noirs

  • Beaucoup de gens se satisfont parfaitement de la qualité des DVDs. Les DivX ou les DVD copiés passent déjà bien sur une télé classique, et les artefacts de compression des DVDs ne gênent qu’une frange de l’humanité qui peut s’offrir une télé de 2 m haute résolution dans un salon géant. Quel intérêt de payer plus cher si on ne voit pas la différence ?
  • La base installée des DVDs est monstrueuse. Une bonne partie des clients ne migrera que très tardivement, et continuera à utiliser les DVDs, étouffant dans l’œuf le marché des versions haute définition.
  • Je doute fort que le coût d’un Blu-Ray soit inférieur à celui du même film sur DVD simple. (Ne jamais sous-estimer la rapacité des studios ; voir l’exemple des SACD).
  • Plus encore que dans l’audio, le coût d’un renouvellement de matériel vidéo peut être ruineux, alors que la télé haute définition se regarde rarement tous les jours. Un lecteur DVD se trouve à quelques dizaines d’euros, c’est TRÈS bas.
  • Il n’y a pas que le lecteur à changer : combien ont déjà des télés haute définition ? Certes les prix vont baisser.
  • (Au passage, j’ai du mal à comprendre en quoi tout ce verrouillage va réduire vraiment la copie des films quand 90% du public se contente d’un DVD en qualité télé qui sera toujours récupérable, et que le premier piratage des films s’effectue d’abord au sein même des studios et cinémas. Comme le dit l’éditorial du dernier C’t, la mafia du DVD pirate ne peut pas lutter contre le piratage domestique et les réseaux P2P, mais le marché peut redevenir juteux s’ils disparaissent - et ils ont plus de moyens que le copieur amateur).
  • L’industrie du porno, qui est connue pour montrer le chemin des technologies qui vont réussir (VHS, Internet), ne devrait pas trouver un intérêt énorme à ces nouveaux formats. Elle a d’ailleurs déjà en bonne partie migré sur Internet.
  • Bien des films souffriront de la conversion en haute définition : le maquillage doit être impeccable et les trucages également, sinon ils deviennent visibles !
  • Bien des gens risquent de ne pas voir l’intérêt de la haute définition même s’ils la désirent : non restituée sur leur matériel actuel ; nécessité de le renouveler entièrement ; pas de gros gain en simplicité ou manutention par rapport au DVD (contrairement à la transition VHS/DVD).
  • Techniquement, un DVD double couche (8,5 Go) pourrait quasiment contenir un film haute définition grâce aux nouveaux codecs (de gros progrès ont été faits depuis le MPEG-2). Pour la vidéo, il suffirait donc d’une mise à jour « logicielle » des lecteurs de DVD, du moins si le débit obtenu depuis le disque s’avère suffisant (Blu-Ray et HD DVD semble avoir fait de gros progrès à ce niveau).
    En fait, selon un commentateur anonyme, tellement de monde a déjà essayé de caser un codec récent (MPEG-4, WMV, Nero, DivX...) sur un simple DVD, ce qui est en fait assez facile, que tous ces formats ont été tués dans l’œuf !
    Pour les autres utilisations (stockage informatique), l’augmentation de la taille du stockage est bien sûr intéressante.
  • Et finalement : Ces formats physiques ne sont après tout que des moyens de stocker des films encodés par des moyens « classiques » (codecs Mpeg 2 ou 4, H.264). Or, la télé arrive par ADSL dans des millions de foyers, avec des débits toujours plus délirants. Le marché de la vente de films en ligne est à portée de main. Le téléchargement de musique légal démarre timidement, plus freiné par les majors que par le public avide. Pour les films le marché est là (c’est le même que la location, en plus pratique !). Free et iTunes viennent d’ailleurs de démarrer...
    Quel besoin alors d’un nouveau format physique ? Le budget familial risque plus de se lancer dans la consommation de films et séries à la demande que dans des formats de qualité presque inutile. Un jour, ces formats haute qualité très lourds pourront peut-être passer par Internet eux aussi.
  • (4 septembre 2006) Pour Louis Naugès, les supports physiques en général sont destinés à l’extinction rapide face aux disques durs et aux clés USB de plus en plus gigantesques, et aux divers stockages en ligne. Les nouveaux supports physiques, incopiables, vont directement à l’encontre des changements des habitudes des consommateurs. (Voir aussi le commentaire de Bertrand Lemaire.)

Conclusion

Le Blu-Ray ne sera sans doute pas un échec complet, ne serait-ce qu’à cause de la Playstation 3 puis la XBox 360. Les lecteurs se répandront peut-être petit à petit dans les salons et sur les ordinateurs, éventuellement capables de lire les deux formats.

Mais le commun des mortels ne profitera pas de la nouvelle qualité avant longtemps car sa télé, même récente, ne lui montrera pas, et le marché des télés a un renouvellement très lent. De plus, on l’a vu, une simple amélioration de qualité n’est pas suffisante pour forcer un changement d’un standard très répandu. Ceci, ajouté à l’inévitable effet d’attente dû à l’existence de deux formats, et au prix probablement plus élevé des films en version Blu-Ray et HD DVD, pourrait tuer dans l’œuf le décollage ou le ralentir terriblement, si l’éclosion de la vidéo en ligne ne règle pas la question par le vide. Dans le match SACD contre DVD-Audio, le vainqueur est iTunes...

Rendez-vous en 2007 pour un premier verdict. Je rigolerai peut-être en relisant ce billet et en me disant « mais quel idiot ! » :-) (Ajout de 2009 : Pour le moment, je n’ai pas été trop mauvais prophète...)


Mises à jour :

26 septembre 2005 : Un article d’Arstechnica sur les aspects économiques de la question : le Blu-Ray semble nettement plus cher à fabriquer et le HD DVD peut profiter des chaînes de production du DVD.

28 septembre 2005 : Un article d’Arstechnica sur les raisons du soutien de Microsoft et Intel au HD DVD et sur l’importance des coûts de fabrication et la possibilité de sortir des HD DVD/DVD hybrides.

13 octobre 2005 : Le C’t de ce mois contient un article sur les protections des deux formats. Une usine à gaz. Je pronostique des délires de compatibilité à cause de cela.
Excellente remarque en fin d’article : l’énergie dépensée pour créer ces protections, et le coût de rééquipement pour le client final, atteignent des dimensions délirantes, et cela au dépens des fonctionnalités, alors que l’utilisateur moyen ne dispose pas de l’équipement technique nécessaire - et les pirates professionnels, une plaie dans nombre de pays, ne seront pas stoppés longtemps, ou auront d’autres sources.
Pendant ce temps, Apple vient de commencer à vendre des clips et des épisodes de série télé...

15 novembre 2005 : Nouvelle discussion sur Slashdot.org.

30 décembre 2005 : Un article de Arstechnica résume les problèmes des candidats au remplacement du DVD (en plus des habituels problèmes de changement de génération) : rien n’est encore disponible ; le public a déjà tout ce dont il a besoin avec un simple DVD ; le système actuel rapporte déjà énormément aux studios ; le on demand par le câble a du succès. Cependant les disques ou lecteurs mixtes, plus la PS3, pourraient débloquer le marché.

04 janvier 2006 : La sortie du HD DVD est reportée à 2006 à cause de sa protection contre la copie. Le HD DVD perd donc son principal intérêt, à savoir qu’il est déjà prêt. Voir la discussion sur Slashdot, où on enrage que du DRM (impératif pour que les studios sortent des films sur ce format) mène à retarder une évolution technologique.

05 janvier 2006 : Discussion en mi-décembre sur Slashdot, à propos d’un article sur une conférence de la Blu-ray Disc Association qui considère que la guerre est déjà gagnée pour eux.

09 janvier 2006 : Un bon article de hardware.fr sur le HDCP et la compatibilité des écrans et cartes graphiques existantes : elle est NULLE !
En conclusion : pas de demande des consommateurs pour le moment, donc pas de carte graphique compatible malgré les promesses marketing et certaines appellations trompeuses. Même des appareils techniquement capables d’afficher la haute définition risquent de ne même pas accepter d’afficher une résolution « classique » ! Le consommateur va être le dindon de la farce une nouvelle fois.
Cet article comprend un très intéressant comparatif sur les différentes normes de HD et leur intérêt.

12 janvier 2006 : Discussion fin décembre 2005 sur Slashdot sur le rôle que Microsoft va jouer pour soutenir le HD DVD (à cause en partie du Java embarqué sur le Blu-Ray), et toutes les arrière-pensées que ces gens et leurs alliés (Apple, Sun...) pourraient avoir.
La guerre pour la HD aura-t-elle vraiment lieu ?

16 mars 2006 : Nouvelle discussion sur Slashdot sur le problème des cartes vidéo grand publics qui risquent fort de ne pas pouvoir gérer le HDCP.
Remarque perfide d’un commentateur : tout se passe comme si industriels voulaient que les flux HD soient inutilisables sur PC ; ils veulent éviter que leur contenu touche un PC.
Si c’est le cas, consciemment ou pas, cela va à l’encontre totale des tendances du marché... et ouvre un boulevard aux alternatives, légales (vidéo par Internet) ou pas (le film piraté gagne l’avantage de la praticité et de la simplicité).
À l’été 2006, Microsoft a annoncé que le contenu HD ne tournerait pas sur les versions 32 bits de Vista (donc sur la plupart des PC vendus actuellement), mais uniquement sur les 64 bits (où ne tourneront que des drivers certifiés).

1er juin 2006 : Nouvelle discussion sur Slashdot. Quelques détails techniques. Ajout du passage sur le Laserdisc.
Les premiers lecteurs commencent à sortir, et le camp des HD DVD reprend espoir à cause des retards du Blu Ray.

15 juin 2006 : Mention de l’UMD de la PSP de Sony.

19 juillet 2006 : Les premiers lecteurs des deux camps sont disponibles, à des prix encore prohibitifs.
C’t publie un dossier sur le Blu-Ray et le HD DVD (n° 15/2006). Point de vue technique, quelques points noirs mineurs dus à la jeunesse des produits, et match nul quant au résultat visible... mais sans véritable progrès par rapport au DVD sur des lecteurs récents.
L’intérêt par contre est patent pour les graveurs, et la qualité (taux d’erreurs) au rendez-vous (mais la chasse à la vitesse n’a pas commencé).

8 août 2006 : Excellent article sur Audioholics.com : 10 Reasons Why High Definition DVD Formats Have Already Failed. En résumé : départ très laborieux ; attentisme dû à la guerre des formats ; progrès incrémentiel mais pas « quantique », notamment sur la facilité d’utilisation ; manque de titre par conservatisme et rapacité des studios ; la PS3 n’est qu’une console et aucune console n’a jamais réussi à prendre le créneau des set top boxes ; répétition des erreurs du SACD et du DVD-Audio ; les gains les plus impressionants en qualité d’image se font en passant du cathodique au LCD, pas du DVD au Blu-Ray/HD DVD ni du 720p au 1080i ; population (early adopters comme grand public) s’est trop brûlé aux innovations aux coûts cachés ou qui ont échoué ; les médias sont sceptiques ; les films par Internet haut débit risquent d’occuper le créneau, même en HD.
Discussion de l’article sur Slashdot le 6 juin.

2 septembre 2006 : Discussion sur Slashdot sur les chiffres décevants de ventes de Blu-Ray et HD DVD, avec d’énièmes rengaines sur les causes : pas de gain en praticité, différence de qualité minime (le potentiel de la HD est-il exploité ?), guerre des formats.

5 janvier 2007 : Annonce de LG sur des appareils capable de lire les deux formats. Je n’aurais pas cru que cela arrive aussi vite. Un disque double standard lisible par les deux types de lecteurs est annoncé par Warner. Au même moment, on annonce le contournement de la protection AACS. Ces trois éléments combinés vont-ils lancer réellement l’adoption des formats haute définition (je ne connais personne qui possède un de ces lecteurs !) ?

19 décembre 2007 : Le combat est toujours indécis. Le Blu-Ray est favori grâce aux ventes de la Playstation, et à l’absence de graveur HD DVD. On ne peut pas parler de conversion massive du grand public. De plus, la technologie continue d’évoluer et les mises à jour de firmware sont fréquentes !

mars 2008 : Toshiba a jeté l’éponge, le HD DVD n’existe plus. Le Blu-Ray s’imposera-t-il pour autant, alors qu’il reste encore plus cher ?

mai 2008 : Le Blu-Ray est encore loin de remplacer le DVD : il reste plus cher que le DVD car les industriels veulent « se refaire ». Il semblerait que sa domination ne soit qu’une question de temps, mais les services de vidéo en ligne, iTunes en tête, pourraient lui couper l’herbe sous le pied. Il faudra voir si les clients préfèrent du « à la demande » en moyenne définition par l’ADSL, ou de la haute définition sur une galette coûteuse.

septembre 2008 : Le décollage n’a toujours pas eu lieu, et la crise n’arrange vraiment rien. Une remarque entre mille autres :

“Blu-Ray may just be ‘better than DVD’ in the same way that Beta was ‘better than VHS’ — ie, in a way that consumers don’t give a flying fsck about.”

février 2009 : Quelques articles optimistes sur décollage progressif du Blu-Ray aux États-Unis comme en France :
http://www.hdnumerique.com/actualite/articles/4045-nouvelle-etude-blu-ray-disc-pas-de-succes-rapide-pour-le-blu-ray.html
http://www.pointsdevente.fr/le-blu-ray-devrait-supplanter-le-dvd-a-l-horizon-2011-art206326-6.html
http://actus.rueducommerce.fr/index.php/2009/02/19/4888-le-blu-ray-en-france-ca-demarre-bien
http://www.lesnumeriques.com/news_id-7536.html
Pour moi, entre la crise et la VOD qui se développe (mais dont les contenus sont parfois maigrichons, et ce n’est pas la faute des fournisseurs d’accès) , ce n’est pas encore gagné. Pour le stockage informatique, le disque dur externe se généralise actuellement comme seule sauvegarde souple et fiable, celui sur galette n’est plus valable pour de grosses quantités.

avril 2010 : Le Blu-Ray est de plus en plus commun même si le DVD est encore dominant. Les films en 3D, s’ils se généralisent, ne seraient possible qu’avec des lecteurs Blu-Ray, et donneraient donc enfin au format un intérêt réel par rapport au DVD.