Remarque de Didier Nordon dans un vieux Pour la Science[1], que je m’en vais paraphraser :

  • le mot en vogue dans les milieux de la recherche est « excellence » ;
  • l’excellence sous-entend une norme, le regard de pairs, une réalisation parfaite selon certains critères ;
  • alors que la recherche et la science consiste souvent à lancer des idées folles ou mal étayées, remettre en cause normes et théories dominantes, persister face aux avis négatifs, bref, ne pas hésiter à déranger ;
  • donc l’excellence est la voie vers le conformisme.

Suivant le principe du bon vieux docteur Isaac Asimov (“The most exciting phrase to hear in science, the one that heralds new discoveries, is not ‘Eureka!’, but ‘That’s funny…’”), ou celui d’Antoine Labeyrie (« Si la science ne s’intéresse pas aux choses délirantes, elle risque fort de passer à côté de choses intéressantes. »), c’est justement en s’écartant des sentiers battus, en osant, que la science progresse.

(Fin de citation-paraphrase-résumé)

Cela dit, se pose aussi le problème de savoir jusqu’à quel point on peut ouvrir son intellect aux idées qui dérangent, « sans que le cerveau tombe dans le trou »[2]. L’idée d’une terre plate (historique) mérite-t-elle vraiment qu’on s’y intéresse encore ?
(Et dans le domaine de la morale, pas si lointain, guette aussi le danger du relativisme culturel.)

En science, toute esquisse de théorie se doit de se baser sur au moins quelques données crédibles, ou prévisions vérifiables (schématiquement, bref, une théorie « falsifiable »).

Est-ce un hasard si les sociétés les plus tolérantes envers les originaux, les électrons libres, les rebelles, sont celles où la science a avancé le plus vite ?

Notes

[1] Septembre 2004. Ce qui est bien avec cette revue est qu’une bonne partie de son contenu est intemporel, à commencer par les chroniques de Nordon.

[2] J’aimerais bien retrouver l’auteur de cette expression...