Le thème est simple : en 1345, un astronef extra-terrestre débarque dans la campagne anglaise. Ses occupants, tout agressifs qu’ils soient eux-mêmes, se font massacrer par la soldatesque anglaise locale. Sir Roger, exemple parfait du petit féodal imaginatif et retors, imagine débarquer en France avec ses troupes grâce à cet astronef ; ses victoires lui permettraient de se faire bien voir de son roi. Mais l’unique prisonnier extra-terrestre détourne le vaisseau, et emmène l’armée de ses geôliers sur une des planètes de sa civilisation. Le choc des épées et des cultures entre les rustres médiévaux et l’empire interstellaire ne va pas forcément tourner à l’avantage du plus « évolué ».

On n’y croit pas une seconde ; l’auteur non plus d’ailleurs. Mais la justification des succès d’un féodal ignorant qui découvre l’univers, et s’y taille sa place sans vraiment changer de schéma mental - justement parce qu’il a gardé son schéma mental médiéval - tient à peu près la route. Une bonne dose de culot, une fuite en avant digne de Cortés[1], les problèmes de communication de cet empire immense mais vide, une agressivité et une habitude du combat au corps à corps que tous les « civilisés » ont perdu, une chance démoniaque, et une grosse dose de suspension d’incrédulité[2] rendent l’histoire presque plausible.

Le narrateur, un moine, confronte ses découvertes à la vision du monde médiévale. Même si, comme souvent en pareil cas, l’écrivain du XXè siècle a tout de même du mal à rendre la réelle mentalité du Moyen-Âge, l’exercice est parfois savoureux. (Mine de rien, on se demande comment se déroulerait dans notre civilisation qui se croit toute-puissante l’irruption d’une bande de guerriers agressifs et futés.)

Bref, à offrir sans réserve à un gamin (petit ou grand ;-) qui aime la SF et l’histoire.

Notes

[1] Et plus j’y pense, plus je me dis que Cortés a fait un peu la même chose, sans retard technologique toutefois.

[2] Suspension of disbelief.