Cela fait plusieurs mois qu’il est sur les rayonnages des librairies, mais l’ayant demandé pour mon anniversaire, je n’ai fini de le dévorer que tout récemment (aux dépens de la passionnante biographie de l’amiral Canaris dont je parlerai ici dans les semaines qui viennent).

En résumé : c’est du même tonneau que les quatre premiers volumes dont j’avais déjà fait l’apologie, la couleur en plus. Un régal.

En vrac : j’ai pu découvrir l’histoire de la pizza et qui était la première Margherita[1], la raison pour laquelle Django Reinhardt n’est pas allé au concert qui lui aurait ouvert la porte du marché américain[2], pourquoi la gare espagnole de Canfranc est si remarquable[3], l’évolution de la moustache au travers des âges, comment Lavoisier faisait pour que sa femme le laisse expérimenter tranquille[4], comment on fait pour avaler sans peine un litre de vinaigre[5], comment trois substituts du sucre ont été découverts par hasard[6], si un être humain peut réellement détruire un verre par sa seule voix[7], et combien Saint-Matthieu avait de jambes[8].

Avec son talent très particulier pour mettre le doigt sur les évidences dérisoires, Léandri nous en apprend sur les micro-évolutions de la langue française, les gestes machinaux ou l’agacement. Il partage ma haine des DVD aux menus qui rendent fous, mon affolement devant l’invasion des outils et objets chinois à prix infinitésimal et à la qualité littéralement nulle, mon impression que les clignotants ne sont plus montés en série sur toutes les voitures, et mon admiration pour l’économie de gestes des pros (je sais enfin comment font les serveurs pour porter autant d’assiettes sans tout casser).

Comme d’habitude, les trouvailles linguistiques me fascinent : l’origine du « ne... pas » de la négation française n’est plus un mystère[9], ainsi que celle de « qu’est-ce que c’est que ça ? » au lieu d’un simple « qu’est-ce ?» (What is it? Was ist das?). Je sais enfin traduire lifting et rugbyman en anglais[10].

Un autre de mes dadas favoris, la géographie politique, a les honneurs d’un chapitre. J’ai appris qu’un État du XIXè siècle avait eu Waterloo comme capitale[11], et qu’un drapeau pouvait avoir un verso différent du recto[12] ! Le chapitre sur les haines célèbres entre généraux pendant diverses guerres fait grincer des dents quand on pense à tous ceux à qui cela a coûté la vie. Entre Monet et Gauguin c’était moins saignant. L’« histoire vulgaire » traite par exemple des souverains morts sur le « trône  »[13] ou des mauvaises mœurs de Mao. Les « occasions manquées » (la photo de Napoléon qui ne se fit jamais, celui qui refusa une toile de Manet...) valent aussi leur pesant de cacahuètes.

Le long chapitre sur les dédicaces poursuivra Léandri dans tous ses prochains salons, il sent le vécu.

Miam !!!

Notes

[1] Une reine d’Italie du XIXè siècle.

[2] Il était allé se cuiter avec Marcel Cerdan.

[3] 247 m de long, 24 voies, un hall de 25 m, mais une seule pièce utilisée et un autorail par jour pour desservir le hameau.

[4] Il la laissait fricoter avec Dupont de Nemours. Au moins cela restait entre chimistes.

[5] Manger de l’agbayon avant : ce fruit transforme les sensations acides en sucrées.

[6] Des chimistes malpropres se sont léché leurs doigts sales.

[7] Oui, mais à deux centimètres.

[8] 11 au moins, actuellement sous forme de reliques...

[9] Au XVè siècle, on s’est mis à dire « je n’y vois goutte », « je n’avale miette », « je ne marche pas », « je ne couds point » pour renforcer le « ne » trop peu accentué. Progressivement le « pas » a remplacé les autres, le « ne » ayant même tendance à disparaître. L’évolution d’une langue est totalement imprévisible.

[10] Respectivement face lift et rugby player.

[11] Le Texas (!).

[12] Le Paraguay.

[13] Henri III, Catherine II de Russie.