Résumé express des points principaux de ce dernier numéro :

Hannibal

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Pendant la deuxième Guerre Punique, le Carthaginois Hannibal a infligé des défaites colossales à Rome. Après Cannes notamment, les Romains se retrouvèrent dans l’équivalent pour la France du cumul des pertes démographiques de 14-18 en combattants disponibles, du désastre stratégique de juin 1940 et de la décapitation de l’élite militaire suite à Azincourt. Pourtant Rome s’est relevé et a gagné. Pourquoi ? En résumé :

  • Hannibal a renoncé à prendre Rome sur le champ et a continué à guerroyer ailleurs en Italie, un mystère matière à deux millénaires de discussions. En fait, son armée n’avait pas les moyens matériels pour le siège d’une ville aussi bien fortifiée. De plus, d’éducation grecque, Hannibal cherchait à négocier en position de force plutôt qu’à anéantir son ennemi. Les Romains étaient par contre prêts à aller jusqu’au bout. Les deux camps ne jouaient pas la même guerre !
  • Grâce à la démographie italienne, Rome avait une grande réserve de troupes culturellement assez proches et a pu remonter une armée motivée. Tandis que l’armée d’Hannibal, hétéroclite et pleine de mercenaires, s’est usée le long de la route malgré les victoires.
  • Nombre d’alliés plus ou moins contraints de Rome, notamment les Grecs du sud de l’Italie, ont repris leur liberté et ont rallié Hannibal... ce qui paradoxalement a constitué un handicap pour lui : ces cités ont repris leur bonne vieille tradition de se trucider entre elles et demandé de l’aide sans en apporter aucune (comme quoi la pax romana était aussi un atout de Rome).
  • Rome contrôlait les mers : les marins carthaginois étaient d’abord des marchands. D’où la traversée des Alpes.
  • Carthage s’est toujours méfié de ses propres généraux : Hannibal n’a pas eu les renforts demandés.
  • Au contraire, Rome a puisé dans ses dernières réserves, démographiques mais aussi financières.

L’historien Giovanni Brizzi conclut que Rome est devenue un Empire lors de cette guerre : le traumatisme l’a poussée aux guerres préventives. Au contraire, Carthage victorieuse n’aurait pas eu la mentalité nécessaire pour créer un véritable empire intégrant ses alliés et anciens ennemis.

La Révolte des Taiping

Au milieu du XIXè siècle, la Chine déjà humiliée par les Guerres de l’Opium voit apparaître une insurrection menée par un illuminé se prétendant le frère cadet de Jésus-Christ. À la différence de la plupart des nombreuses insurrections paysannes chinoises, celle-ci s’étend jusque Nankin et fonde un quasi-État, basé sur le rejet du confucianisme déjà ébranlé par des mutations sociales, des idées d’inspiration communiste, l’égalité hommes-femmes (mais dans la séparation)... du moins en théorie.

Jusqu’à ce que la dynastie des Qing se reprenne, réforme l’armée avec le soutien occidental, et que les insurgés s’affaiblissent sous le poids de leurs contradictions, on comptera 20 à 25 millions de victimes (guerres, épidémie, anarchie...) : un tarif de guerre mondiale.

L’article conclut que les dirigeants chinois ont tiré des leçons différentes des Occidentaux de cette guerre : au lieu de libéraliser la religion, il faut écraser dans l’œuf toute secte un peu illuminée.

Alfred Liskow

Triste histoire que celle d’Alfred Liskow : en 1941, ce soldat et communiste allemand a déserté pour avertir l’URSS de l’attaque imminente. Contrairement à d’autres transfuges, il n’a pas été abattu sur le champ comme provocateur (Staline niait jusqu’à l’absurde tous les signaux indiquant une attaque imminente), mais a vite été utilisé par la propagande soviétique comme un « bon Allemand ».

Puis il disparaît : il n’avait plus sa place quand la propagande est devenue ouvertement patriotique et moins internationaliste, et il se serait fâché avec un influent exilé communiste étranger. On ne sait où il est mort, et les procès-verbaux de la Gestapo ou du NKVD, évidemment suspects de faire pression sur les témoins, ne permettent guère de faire la lumière sur sa personnalité.

Les Noirs dans l’armée américaine

Si les Noirs sont surreprésentés dans l’armée américaine actuelle, ils en ont souvent été exclus, en tout cas des troupes combattantes, jusqu’après la Seconde Guerre Mondiale. Les expériences de troupes noires ponctuelles mais continues, depuis les Guerres d’Indépendance et de Sécession, sont systématiquement limitées voire étouffées par un encadrement resté désespérément raciste.

Un des facteurs d’évolution : la présence des troupes noires pendant deux guerres dans une France sans doute raciste mais pas ségrégationniste et accueillante. Après bien des pressions politiques, l’égalité de traitement au sein de même unités ne remonte qu’au Vietnam. Ils restent sous-représentés parmi les officiers, même si Colin Powell a montré que le commandement suprême leur était accessible.

(Remarque personnelle : en général une puissance impériale ne se prive pas d’utiliser comme chair à canons ceux qu’elle voient comme sujets ou inférieurs, comme la France en 14-18 et ses troupes noires. Bizarrement les Américains ont longtemps refusé de toucher à cette réserve, préférant envoyer uniquement des Blancs à la boucherie. Le racisme est d’une bêtise crasse.)