Il a fallu que j’emménage dans mon village alsacien au nom quasiment imprononçable pour un non-germanophone[1] pour que débarque le Chef de l’État.

Nicolas était déjà venu une fois dans l’agglomération, avec Barack et quelques autres, et ça avait été un bazar innommable que j’avais relaté ici. Mais comme notre conseil régional est le dernier en métropole à être de son camp, avec un risque de bascule possible aux prochaines régionales (notamment suite au décès du respecté Président de région Adrien Zeller) (Mise à jour postérieure : C’est raté.), Il se devait de venir faire un tour. Comme par contre Strasbourg et toute la Communauté urbaine sont passées à l’ennemi socialo-écolo-bobo, le repli était de rigueur sur les bans proches mais encore fidèles[2], comme ma bourgade, et celle voisine tenue de plus par un député-maire.

Nous avons appris Sa venue lundi midi, quand les enfants, euphoriques, sortirent de classe : pas d’école le lendemain !! La préfecture avait carrément décidé, et au dernier moment donc, de faire sauter les cours (école primaire et collège) : le ballet des autos des géniteurs d’apprenants aurait forcément encombré massivement l’axe de passage du monarque élu, axe qui se doit de lui être totalement dédié. (Le centre-village est grand mais pas gigantesque : un axe principal qui le traverse, un autre moins net d’Entzheim à Blaesheim, quelques rues perpendiculaires et un maillage de ruelles, une place pour la très jolie église baroque, un lotissement, point barre.)

Dans notre cas, pas de problème, j’étais en plein congé paternité. D’autres parents ont bruyamment exprimé leur mécontentement de devoir trouver en urgence une garde pour leur progéniture. Ils devaient travailler plus pour tenter de gagner plus, les naïfs.

Ça tombait bien, j’ai pu emmener en mâtinée le petit le grand se faire piquer contre la grippe, malgré l’absence de bon, sans faire la queue. Ma blonde[3] ayant pu plus tôt traverser le village à pied sans devoir passer au crible policier, nous avons tenté une sortie en voiture jusqu’à Lingolsheim. Les forces de l’ordre pullulaient, mais pas de problème à l’aller.

Le retour fut un rien plus compliqué. Le chemin direct (une rocade provenant de l’aéroport où Air Force One l’avion présidentiel s’est posé[4]) étant bloqué, j’en profite pour faire un détour par Entzheim (le village, pas l’aéroport), en prenant une livraison de la Redoute dans un tabac au passage. Sur le chemin de la maison, à nouveau des gendarmes partout, dont un qui par gestes m’interdit de tourner dans la rue menant à chez moi. La voiture devant moi tourne une rue plus loin, je la suis, et contourne le barrage par des petites rues. Bravo la sécurité.

L’entrée du village est gardée également, un pandore me demande où je vais. Ben, chez moi ! Je donne l’adresse en indiquant du geste où c’est (ils ne sont pas du coin...), il me laisse passer. Deux cent mètres plus loin, arrivé à l’un des rond-points du quartier est, veto d’un gendarme :

« C’est bloqué jusqu’au passage du Président.
- Et il passe quand ?
- Ah c’est la question ! »

Deux minutes plus tard en fait, il me permet de passer. Deux autres minutes plus tard, nous sommes à la maison. On ne peut pas dire que la paranoïa règne : les bleus, tous sympas, m’ont cru sur parole, n’ont pas demandé mes papiers, ouvert mon coffre ou mis mon fils en joue. Me trimbaler dans une voiture banale immatriculée dans le département, avec un enfant dans le siège arrière, et rester poli, a dû plaider pour moi.

De toute manière, le trafic certes réduit dans le village n’était pas nul, et beaucoup de monde a pu circuler avant le passage du cortège. Le blocage total n’a eu lieu que quelques minutes auparavant.

L’exactitude est la politesse des rois, Il était donc en retard, d’une demi-heure. Précédé d’un motard éclaireur, d’une voiture de gendarmerie spécialiste des va-et-vient, le cortège comprenait une dizaine de voitures (il y avait trois ministres avec Lui tout de même), bien remplies, un minibus (vide), et (surprise) une ambulance aux armes du SAMU fermait la marche ! Les services d’urgence ont donc dû faire avec un véhicule en moins le temps de la visite du chef de l’État.

Contrairement à mes craintes, la vitesse a été tout à fait raisonnable, respectant les limites. L’avant-bras négligemment posé sur le rebord de la fenêtre ouverte par ce temps maussade, le Président cherchait manifestement à choper la crève (à moins que tout homme politique soit blindé après des décennies de réunions en plein air par tous les temps ; si ça se trouve c’est un des biais de sélection du métier). Pas de bol, le gamin et moi étions du mauvais côté de la rue. Il n’y avait pas foule mais nous n’étions pas encore dans le centre-village.

Je plains tous ces gendarmes occupés à faire le pied de grue pendant des heures avant le passage ; mais la météo était assez clémente bien que fraîche. Vu leur nombre, la facture de chaque déplacement présidentiel doit être astronomique. Et je ne compte pas les coûts cachés comme ces écoles fermées d’office. Et tout le dioxyde de carbone parti massivement en l’air. D’ailleurs, la place d’un chef d’État ne serait-elle pas plutôt à Copenhague pour sauver le monde ?

(Ajout de 2010 : Parlons de coûts cachés : j’ai pu visiter une grande usine locale que le Président a visité. Il y a encore dans la verrière la marque du trou laissé par un gendarme passé au travers. Sarkozy a dû revenir pour l’enterrement.)

Notes

[1] Notons que les journalistes parisiens ont fait un effort et prononcé correctement. Il y a quelques années, Schiltigheim était parvenu dans les étapes finales de la Coupe de France de foot, et les Alsaciens s’étaient beaucoup gaussé de la diction de la capitale. (Il est vrai qu’en Alsace il faut se poser la question pour nombre de lieux : prononcer à la française ou bien à l’allemande ?)

[2] Vu Son score ici aux présidentielles, il était en territoire ami.

[3] Ceux qui la connaissent tiqueront, mais l’expression est française.

[4] Pourquoi n’a-t-il pas pris le TGV ? Plus de billet pour un déplacement prévu à la dernière minute ?