Évidemment, l’observation des autres systèmes solaires depuis une quinzaine d’années nous en apprend beaucoup par contraste sur le nôtre. Naïvement, les scientifiques s’étaient toujours attendu à découvrir des planètes plus ou moins homologues à celles de notre système (des rocheuses proches de l’étoile et des géantes gazeuses au loin), mais le bestiaire s’est révélé bien plus varié que prévu, notamment avec toutes ces planètes géantes orbitant extrêmement près de leur étoile.

En conséquence, la remise en cause des modèles anciens de formation planétaire (les plus anciens remontent à Laplace) jette une nouvelle lumière sur l’origine de notre système solaire. Des constantes se dégagent tout de même, comme une planète géante juste au-delà de la « limite des glaces » de fusion de certains gaz, justement là où se trouve Jupiter... mais les géantes migrent souvent plus près de l’étoile en fonction du gaz restant. Le destin d’une planète relève quasiment de la mécanique des fluides.

Notre existence ne semble guère tenir qu’à un hasard monstrueux sur la densité exacte du nuage primordial : une autre valeur aurait pu voir dériver Jupiter beaucoup plus près du Soleil au final. À l’inverse, les collisions entre planètes rocheuses primitives deviennent quasiment inéluctables, ce qui rend le hasard de la taille énorme de la Lune moins improbable.

En effet, les systèmes planétaires semblent tous « pleins » : toute planète supplémentaire générerait un beau bazar qui se solderaient par une collision ou l’éjection d’une autre planète. À l’inverse, la création des planètes n’a pas été qu’une agglomération de poussières, mais aussi un véritable billard : elles doivent être des milliards à avoir été éjectées de leur système solaire naissant par plus grosses qu’elles, et à errer dans l’espace interstellaire (hum, une idée pour un roman de science-fiction ?), de la même manière que la Terre, Neptune ou Jupiter « nettoient » encore leur orbite. (C’est d’ailleurs pour cela que Pluton n’est plus officiellement une planète : elle n’a pas purgé son orbite de la concurrence ; au contraire la ceinture de Kuiper, et le nuage d’Oort, sont peuplés de ces planétoïdes éjectés par les autres planètes.)

D’ailleurs Newton, Poincaré comme bien d’autres s’étaient penché sur le thème de la stabilité du Système solaire. Jacques Laskar avait calculé il y a un bout de temps que le chaos y avait sa place, et qu’un impact entre les planètes telluriques n’était pas totalement exclu à l’échelle des milliards d’années.

Les astronomes recherchent évidemment des traces de vie sur les exoplanètes. Pour le moment, les instruments disponibles ne permettent pas de détecter l’équivalent lointain de notre terre et d’y rechercher par spectroscopie une signature biologique. Et sur la masse des planètes détectées, bien peu orbitent dans la « zone habitable » de leur étoile.

Ce dossier est tout de même l’occasion de refaire un tour parmi la diversité des planètes et satellites du système solaire, de fouiller leur structure interne, de se pencher sur les hôtes les plus modestes, ces astéroïdes à l’histoire mouvementée et mal connue, de deviner la frontière de notre système, cette héliopause que les sondes Voyager viennent de franchir.

J’ai appris que cette diversité parmi les satellites était ignorée jusqu’au passage des sondes Voyager dans les années 79 à 89. Jusque là il était naturel de penser que Io, Europe, Ganymède... ressemblaient à notre vieille Lune pelée. La nature a toujours plus d’imagination que nous, et les exoplanètes promettent sans doute de belles surprises à chaque amélioration des techniques de détection.

Ajout du lendemain : Et justement, dans le Pour la Science de septembre, un article sur les atmosphères des planètes décrit l’influence que leur disparition progressive peut jouer. Et cette évaporation peut être lente comme chez nous, ou accélérée par la chaleur ou les impacts d’astéroïdes. Un facteur de plus à prendre en compte dans la vie d’une planète.