Pour la Science, avr. 2013C’est dingue, je suis arrivé à finir ce numéro avant même la fin du premier jour du mois. Non, ce n’est pas un poisson. D’ailleurs le poisson du numéro, il faudra le chercher dans les contrepèteries.

Petit numéro quant à mes critères. Retenons ce qui suit :

Didier Nordon

Rien, sinon le désespoir à l’idée qu’il ne comprendra jamais le monde, ne peut expliquer le geste d’un homme qui décide de se spécialiser.

Avis perso : tout à fait mon cas. Je désespère de ne pas connaître toutes les branches de l’informatique, je me spécialise de fait dans la partie qui me fait manger avec les outils qu’on m’impose, et j’ai abandonné tout résistance[1].

Abeilles

  • Les abeilles sont en voie de disparition pour de multiples causes (toutes de notre faute probablement) mais ne sont pas les seules bestioles qui pollinisent les plantes, et les abeilles sont loin d’être les plus efficaces. Ça c’était la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est que les autres espèces pollinisatrices en question sont aussi en voie de disparition, et surtout depuis 1970 (aux États-Unis au moins).
  • Pendant ce temps, une équipe américaine cherche à créer des essaims d’abeilles artificielles. Le robot lui-même est faisable, mais les batteries restent à mettre au point, et surtout : comment programmer un essaim ? De manière probabiliste ? Les théoriciens de l’informatique ont encore du boulot.

Internet fait le lit des croyances

Gérald Bronner, sociologue, remarque que grâce à Internet, n’importe quelle idée peut acquérir une masse critique suffisante pour que les personnes intéressées y trouvent de quoi conforter leurs croyances. Sans même se confronter aux idées opposées (on ne lit pas tous les liens que Google renvoie), surtout si on ne les cherche pas.

Répondre point par point aux arguments plus ou moins sérieux ou cohérents peut être un travail à plein temps car ils sont parfois très nombreux (11 septembre, mort de Michael Jackson, homéopathie...), et les spécialistes et personnes informées (avec les données) ont souvent autre chose à faire. On ajoute la concurrence entre médias qui les pousse au sensationnalisme (le contraire de l’esprit scientifique), et l’esprit peu préparé se noie vite.

(Ajout perso : ajoutons la méfiance envers les experts, et les rôles intéressés dont on accuse parfois ceux-ci. Pas étonnant que quiconque a un brin de paranoïa trouve de quoi justifier n’importe quoi. On est tout de même très loin en général de TimeCube.

Mes sites préférés dans la guerre contre la crédulité humaine : dans le genre dézingage sans pitié, Nioutaik (voir notamment le massacre de la Révélation des pyramides ou des complots du 11 septembre), et, dans un registre plus sérieux et structuré, l’Observatoire zététique et Skeptic.

Je reste aussi d’avis que l’incompétence et le j’m’en-foutisme intrinsèques à toute grande organisation, la sous-estimation des capacités de nos ancêtres et de leur nombre, la recherche immédiate du profit, l’ignorance par le grand public des règles les plus basiques des maths, de l’histoire, ou de la science (niveau Renaissance)... expliquent tout bien mieux que d’hypothétiques complots internationaux à grande échelle. )

Divers

  • Vus les plumes sur les fossiles, les premiers oiseaux avaient sans doute quatre ailes. Gênant pour marcher.
  • Un des objectifs du Deuxième Plan national santé environnement : réduire de 30% d’ici 2015 les particules fines (cancérogènes) émises par le chauffage au bois (foyers ouverts), ou les transports. (Encore une pierre dans le jardin du diesel...).
  • Tous les animaux, apparemment, dorment, même la drosophile. En fait, on ne sait pas vraiment à quoi sert originellement le sommeil.
  • De la cosmologie théorique un peu planante : les « étoiles noires », créées au tout début de l’univers par la matière ordinaire et des neutralinos. Ces derniers, dont l’existence sortie de modèles mathématiques reste à prouver, constitueraient peut-être la fameuse matière noire mal définie qui constitue 90% de la masse de l’univers. Les premières générations d’étoiles auraient utilisé l’énergie due aux désintégrations entre neutralinos pour se constituer (le neutralino est sa propre antiparticule : quand deux se rencontrent, ils deviennent photons), ce qui leur aurait permis d’atteindre des masses de millions de masses solaires, et d’expliquer ainsi l’existence de trous noirs supermassifs. Et ceci avec le minimum d’hypothèses sur la nature de matière noire.
  • « Le Gulf Stream : tempère-t-il vraiment l’hiver européen ? » : Le titre donne dans le sensationnalisme (le Gulf Stream n’expliquait-il pas que les Bordelais aient un climat bien plus clément que les New-Yorkais ? on nous aurait menti ?) mais l’article est plus prudent. Si les calculs et modèles récents donnent une certaine importance aux vents, l’eau reste un bien meilleur vecteur de la chaleur que l’atmosphère, et le Gulf Stream continuera probablement longtemps à faire partie de la cellule de convection géante qui amène la chaleur des tropiques aux zones tempérées. Des balises ont été jetées à la mer et des modèles calculent pour compléter cela les prochaines années.
  • Les fanatiques de mécanique des fluides s’amuseront avec l’article sur la natation humaine. (Moi j’y ai toujours été allergique. À la natation comme à la méca-flux.)
  • Une équipe japonaise cultive des rétines artificielles à partir de cellules souches. Au mieux, cela rendra une vision de quelques dizaines de pixels à des aveugles, rien de transcendant. Mais dans le futur ?
  • L’article sur l’instinct maternel sous la IIIè République fascine par son machisme et les raccourcis avec les observations dans la nature : soit les femmes sont admirables par leur instinct maternel (vision dominante), et donc destinées à rester au foyer, sans qu’on les fatigue trop par des efforts cérébraux ; soit elles sont mues par cet instinct par pur égoïsme. L’impact sur les luttes politiques de l’époque fascine.

Note

[1] Je bosse à présent sur du Microsoft, c’est dire. (2016 : il semble qu’un autre monde soit possible.)