À chaque fois que je lis mon magazine préféré, je me dis que je vais essayer d’économiser le temps de chroniquer celui-ci. Et paf, ça ne rate jamais, il faut que je me souvienne de certains articles, donc que je les résume ici. C’est parti, commentaires personnels comme d’habitude en italique.

Didier Nordon

  • « Sigma de un n sur deux » est plus parlant pour un mathématicien que « la somme des inverses des carrés des nombres entiers. » De même, des mots comme « ontologie » ou « keynésien » permettent de ne pas se laisser submerger à nouveau par tous les détails et d’avancer un peu plus loin. « L’étrange besoin qu’a l’esprit de court-circuiter les détails d’une étape pour pouvoir s’appuyer sur celle-ci confère aux abréviations une étrange puissance créatrice. »
    Parallèle à faire avec les fonctions et autres routines en informatique ; ou une documentation souvent inutile quand elle reprend ce qui est déjà noté clairement en code informatique.
  • Pour passer pour un oracle, il ne faut pas être nuancé et capable de changer d’avis, mais carré, inflexible et inébranlable, et on vous écoutera. « Le monde n’écoute que les sourds. »
    Éternel dilemme entre les principes et le réalisme. Pour que les réalistes ne bradent pas trop les principes, ne faut-il pas quelques têtes de mules qui leur rappellent ?

Le monde est-il discret ou continu ?

Grave question non résolue, au confluent de la philosophie, des plus audacieuses théories de physique théorique, du Jeu de la vie, de la physique quantique et de Matrix.

Le discret est à la mode à notre époque, et la théorie des quanta (paquets d’énergie aux quantités bien définies, et non continues) semble le justifier. Cependant, David Tong rappelle que ces quantas ne sont, par un « tour de magie mathématique », que des solutions à l’équation de Shrödinger qui, elle, suppose un espace continu.

D’ailleurs en physique théorique fondamentale, il n’y a même pas vraiment de particules, juste des champs.

En conséquence, le seul entier fondamental de toute nos théories physiques est 1, nombre de dimensions temporelles. En effet il n’est pas certain que le nombre de dimensions d’espace soit simplement 3 si l’espace est fractal (dimension non entière). Et le nombre de sortes de quarks (6) ou autres particules n’est qu’une conséquence des équations des champs. (Le concept de dimensions temporelles plurielles me laisse rêveur, mais il paraît que les théories seraient alors incohérentes.)

Plus pratiquement, aucune simulation numérique ne semble réalisable pour certains phénomènes chiraux en chromodynamique quantique : ils seraient fondamentalement non discrétisables.

Moralité : si nous sommes dans la Matrice, elle est analogique.

Du loup au chien

Le chien descend des loups domestiqués il y a au bas mot 30 000 ans, soit nettement plus tôt que tous les autres animaux domestiques (10 000 ans au plus). Les premiers louveteaux auraient pu être allaités par des femmes, comme cela se voyait encore récemment en Papouasie. Par nature social, un jeune loup se considère alors comme membre d’une horde d’humains. C’est en fait logique : le loup occupait la même place écologique que nous avant le Néolithique : prédateur en meute et sociologiquement, c’est donc déjà l’animal le plus proche de nous.

Sélection artificielle aidant, nous aurions alors obtenu cet animal artificiel, très dépendant de nous, loup éternellement adolescent, qu’est le chien.

La définition du chien en tant qu’espèce est d’ailleurs un exemple du flou sur la notion même d’espèce, car la variabilité entre espèces canines est plus grande que la distance avec le loup. Quant à l’apparence, elle ne veut rien dire (le pékinois est plus proche du loup que le berger allemand !). Espèce à part ou sous-espèce de Canis lupus ?

Un passage laisse songeur : grâce au chien, doté d’un odorat et d’une endurance plus performants bien supérieurs, la chasse de nos ancêtres a été bien plus efficace. Peut-être le chien a-t-il été un atout majeur d’Homo sapiens dans la lutte contre Neandertal, lequel, justement, a disparu peu après cette domestication...

Divers

  • La Mer Morte se meurt (je sais que les zombies sont à la mode, mais là ça devient zarb’) : les eaux du Jourdain sont massivement détournées par les pays riverains, le niveau baisse d’un mètre par an (!!!), provoquant d’impressionnants et dangereux effondrements circulaires près des rivages. Un projet d’aquaduc depuis la Mer Rouge existe (c’est la saumure résultant du dessalement de l’eau qui approvisionnerait la Mer Morte), les études sont en cours.
  • Pour un père qui veut diffuser ses gènes, il vaut mieux s’occuper de ses neveux (par sa sœur) que de ses propres enfants (supposés) si le taux d’infidélité dépasse 50%.
    J’adore quand on croise probas, génétique, et morale.
  • On sait à présent mesurer la température d’un plasma quarks-gluons (environ 2 000 milliards de degrés, pendant 10-23 s).
    Non je n’ai compris ni la technique, ni l’utilité immédiate, ni même ce que l’on mesurait.
  • On aurait détecté à une centaine d’années-lumière une planète errante, éjectée de son système solaire.
    Des étapes sur la route des étoiles ?
  • Évaluation entre experts au sein de l’Agence d’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche : plutôt que la nomination en cascade depuis le sommet (politique), ou des critères de « performances » vite générateurs de cercles vicieux, Philippe Büttgen propose purement et simplement... l’élection par les pairs. Transparence n’est pas confiance, et ça se passe bien en Allemagne.
  • Une usine à gaz en préparation au Parlement vise à moduler le prix de l’électricité en fonction de la consommation : -20% sur la facture en dessous d’un quota de base, +10% pour ce qui en dépasse le double. Boris Solier accuse ce système d’être contre-productif, comme cela a été le cas en Californie : le prix moyen, plus bas pour certains, mènera à une hausse de leur consommation, et en général lors des pics. Ensuite, on ne consomme pas moins quand on est pauvre et plus quand on est riche : les gens modestes ont du mal à faire isoler leur logement. Autant aider la rénovation. Enfin, la mise en œuvre sera complexe.
  • Pas d’addiction au sucre : dans les définitions officielles des psychiatres, l’addiction suppose plusieurs critères, dont un conflit entre un désir d’arrêter une consommation, et le désir impérieux de continuer à en consommer, et plus que de raison. On ne pourra donc parler d’addiction au sucre que lorsque la pression sociale sera telle que les gens voudront arrêter le sucre.
  • Australopithecus sediba, découvert en Afrique du Sud, serait-il le véritable ancêtre des Homo erectus (et donc le nôtre) ? Une grotte a livré deux squelettes assez complets, événement très rare, et promet déjà d’autres belles découvertes pour trancher le débat. L’arbre généalogique de l’homme reste dans le détail très discuté.
    J’ai même l’impression qu’ils y rajoutent une nouvelle espèce tous les 3-4 ans : Homo antecessor, Homo heidelbergensis...
  • La chronique de Jean-Paul Delahaye s’étend sur ces jeux sérieux qui utilisent l’intelligence humaine de manière massivement parallèle pour des problèmes (encore) inaccessibles aux ordinateurs, par exemple Galaxy Zoo, ou FoldIt, quand ce n’est pas reCAPTCHA pour numériser des livres.
  • La rubrique Science-Fiction détaille l’anatomie de la bestiole d’Alien, et montre que c’est un condensé de toutes nos peurs animales (reptile, insecte, arachnide...).
  • Et la rubrique artistique montre que, géologiquement, le monde de J.R.R. Tolkien est cohérent. On a même les frontières des plaques tectoniques.