Ce n’est pas une lecture très originale, le livre est archi-connu, c’est même un classique de la fantasy.

Ce genre d’histoire se déguste mieux en version originale, avec vocabulaire et noms d’origine. Les traductions françaises trouvées sur les résumés de Wikipédia me semblent comparativement assez pauvres (la critique est facile). (Et puis, si je peux la lire, je préfère toujours une VO.)

Le thème : Fitz est un bâtard royal, fils d’une rôturière et du prince héritier des Six Duchés (qui abdiquera vite pour le protéger). Il ne connaîtra aucun de ses parents. Élevé au château royal, il est très tôt formé au rôle traditionnel des bâtards : celui de tueur aux ordres de son roi, un simple outil de la lignée, juré à la lignée des Farseer. Le drame de Fitz sera de toujours faire passer ses envies (et ses amours) au second plan après sa fidélité à deux rois et à son devoir.

Il devient fatalement un jeune homme très solitaire, pas fichu de se débrouiller avec Molly, son amour d’enfance. Pendant ce temps déferlent sur les côtes des Duchés les pirates rouges (Red Ships) : les habitants des îles du nord se livraient déjà couramment à la piraterie, mais ils se mettent à présent à tout détruire sans raison, et à « forger » les habitants de villages conquis, c’est-à-dire les débarrasser de toute humanité, un sort pire que la mort. Le pouvoir royal a du mal à faire face, entre un vieux roi mourant, une dissension entre Duchés côtiers et intérieurs, et Royal (Regal en VO), troisième fils du roi tenant le rôle du machiavélique psychopathe de service, extrêmement jaloux de ses deux frères (de véritables héros bourrés de qualités, eux), et devenu très vite allergique à son neveu Fitz le Bâtard, dont il pourrira la vie à l’extrême sur les trois tomes.

C’est un monde médiéval-fantastique, mais assez éloigné de Tolkien. La magie, de plus en plus présente au fil des tomes, est réduite à quelques éléments : l’Art (the Skill), une sorte de télépathie et de prise de contrôle d’autrui, maîtrisée par la lignée royale, capacité dont a hérité Fitz, mais qu’il maîtrise mal et où il risque plus d’une fois de se perdre ; le Vif (the Wit), une capacité à communiquer avec les animaux, à se « lier » à eux, don qui est plutôt considéré comme une abomination mortelle — et dont Fitz a hérité aussi. Il y a aussi des dragons.

Farseer-RoyalAssassin-UK.jpgL’histoire se développe lentement. Le premier tome, Assassin’s Apprentice, décrit l’enfance du Bâtard, ses premières missions (en fait, il assassine très peu, son rôle reste assez moral, pas de grandes angoisses sur « ai-je le droit de tuer untel ou untel quand le roi me le demande et que je sais que c’est mal »), ses problèmes de maîtrise de l’Art, son lien avec le prince héritier Vérité. Le deuxième tome, Royal Assassin, parle de la guerre (mal engagée) contre les pirates, et l’inexorable ascension de Royal, un véritable calvaire pour Fitz. Le troisième, Assassin’s Quest, s’étend sur sa recherche de Vérité, et d’autres personnages. Fitz n’a plus comme perspectives que de chercher une mort utile, de retrouver son roi parti dans les montagnes, et de se venger de l’immonde Royal. Le happy end de rigueur est très amer pour la plupart des personnages.

Les personnages secondaires abondent, un rien caricaturaux parfois même s’ils ont leurs failles et leur caractère bien décrit (les liens entre eux occupent de nombreuses pages, expliquant l’épaisseur des pavés) : Burrich le serviteur-fidèle qui élève Fitz ; Kettricken la belle reine exemplaire dans son rôle de Sacrifice ; Royal le manipulateur ; le Fou, qui tient plus du Prophète ; Vérité le roi qui sacrifie sa santé, son bonheur et celui de sa femme à son royaume, et exige tant de Fitz ; Nighteyes le loup plus sage que Fitz et bien des humains ; etc. Certains personnages semblent un peu sous-employés, par exemple Célérité, une fille de Duc avec un penchant pour Fitz qui aurait permis de compliquer un peu l’intrigue du troisième tome.

Farseer-AssassinsQuest-UK.jpgDifficile de poser un tome une fois commencé. C’est vraiment le devoir et la pression de Madame qui me forçaient à poser le livre sur la table de chevet le soir.

Des défauts ? Outre les personnages un rien trop prévisibles et parfois parfaits jusque dans leurs défauts ou quelques pages sans doute inutiles, je relèverai surtout la très frustrante incapacité de Hobb à faire des épilogues dignes de ce nom. La conclusion d’un tome de huit cent pages mérite mieux que d’être bâclée en vingt.

Après plus de deux mille pages, la fin de la trilogie laisse un grand vide. J’avais aussi ressenti ce manque après la fin du dernier tome d’Harry Potter (là aussi la conclusion était un peu rapide). Mais, ô délice, je découvre que Hobb a écrit non pas une mais deux trilogies à la suite. Je les mets sur ma liste de Noël… (En version française, tout a apparemment été regroupé dans une seule longue série.)

Bref, à conseiller, mais pas aux enfants : les scènes dures abondent (massacres de villageois par les pirates, séances de torture du héros…).

Si quelqu’un l’a lu, et éventuellement a lu la suite, j’aimerais bien avoir votre avis.

Ajout de 2012 : J’ai effectivement lu, aimé, et chroniqué la suite, les Liveship Traders.

Ajout de 2014 : Chronique de la trilogie The Tawny Man, suite des aventures de Fitz.