(Ceci est un résumé d’un article du dernier Pour la Science n°374 de décembre 2008, dont j’ai parlé il y a peu. Achetez-le. )

En 1859, la plus grosse tempête solaire connue a frappé la Terre. À l’époque, rien de plus complexe que le télégraphe n’existait mais celui-ci a été bloqué par les courants induits. Au même moment, les aurores boréales, dues à des ceintures de Van Allen totalement désagrégées, éclairaient les nuits de Panama ou Cuba.

À présent on sait que ce genre de tempête est provoquée par une énorme éjection de masse coronale (de la matière solaire) qui écrase totalement la magnétosphère terrestre. Le plasme en lui-même n’est pas le plus dangereux, les moments les plus intéressants se situent lors de la reconnexion des lignes de champs (courants induits).

Ce genre de catastrophe nous pend au nez à court ou moyen terme. Régulièrement nous arrivent dessus des tempêtes solaires de moindre importance qui ont déjà fait quelques dégâts.

Réseau par terre

Aux pires moments, les courants induits de l’ionosphère se propagent dans le sol : la terre n’est plus neutre ! Et ce, à l’échelle d’un pays ou d’un continent... Par exemple, les réseaux électriques canadiens avaient déjà sauté en mars 1989 pour une cause similaire. Pour une fois, ce serait les pays riches (plus près des pôles) qui seraient les plus menacés, un remake de 1859 plongeant dans le noir des continents entiers, et nécessitant des mois de réparation.

Satellite grillé

Il n’y aurait pas que les électriciens à devoir prendre des précautions. En vingt ans, nous sommes devenus monstrueusement plus dépendants des satellites (les premiers exposés, hors de l’atmosphère protectrice).

D’après l’article, il « suffirait » de mettre les satellites sous surveillance. Leur conception prévoit déjà des situations de ce genre et on assisterait « simplement » à un vieillissement accéléré. On a aussi déjà perdu des satellites orbitant très bas, qui se sont retrouvés tout d’un coup dans la haute atmosphère chauffée par les rayons X, gonflée de plusieurs dizaines de kilomètres, et s’y sont brûlé.

Les assureurs des satellites connaissent la situation et les dégâts dues aux tempêtes solaires courantes se chiffrent en dizaines de millions d’euros annuels. Une grande tempête pourrait se chiffrer en dizaines de milliards.

Une mention pour les astronautes : leur vie ne serait pas directement menacée, ils prendraient juste en quelques heures l’équivalent d’une vie d’irradiation naturelle au sol.

Ordinateur planté

Les ordinateurs, à la mémoire toujours plus dense deviennent de plus en plus sensible au moindre petit rayon cosmique qui passe. L’erreur causée par la tempête solaire est estimée à une pour 256 Mo, soit déjà 16 bits inversés pour un serveur bien doté.

(Remarque personnelle : Je ne sais pas si les barrettes de mémoire actuelles sont capables de repérer au moins l’erreur induite pour tout arrêter, ou si des données seront impitoyablement corrompues, doublant, quadruplant ou divisant par huit des comptes bancaires.
Même dans le cas favorable d’un simple blocage, quel sera l’impact de millions de serveurs de tous types forcés de rebooter quasi-simultanément ? D’une part il est toujours risqué de rebooter une machine qui ne l’est jamais (les fichiers de configuration sont-ils tous à jour ?) ; d’autre part l’indisponibilité simultanée de larges pans d’Internet ou des réseaux d’entreprise risque de révéler quelques palanquées de bugs bien planqués.
)

Il faudra aussi se passer de GPS pendant quelques temps : si les satellites ont tenu, leurs signaux seront perturbés et parasités. Pas un problème pour le commun des mortel qui réapprendra éventuellement à lire une carte routière, mais une petite catastrophe pour certaines applications du genre des systèmes anti-collision des avions.

Peau toastée

L’article mentionne que la couche d’ozone n’apprécie pas le traitement et met quelques années à retrouver son état normal.

Préavis

La bonne nouvelle : les astronomes, en comptant le nombre de tâches solaires, pourront avertir qui de droit de l’imminence du danger ; et lorsque la tempête se déclenchera, avec l’éjection de quelques millions de tonnes de matière solaire dans l’espace, le préavis sera de plusieurs heures, sinon jours.

La mauvaise nouvelle : les organismes chargés de surveiller le soleil et de communiquer aux industriels la météo solaire sont dangereusement sous-équipés (les auteurs prêchent pour leur paroisse, mais les enjeux sont effectivement énormes.)

Les auteurs insistent aussi plusieurs fois sur la différence que fera toute réserve de capacité électrique ou de disponibilité de satellites : ce pourrait être la différence entre un mauvais moment et un véritable effondrement. Les coupures à l’échelle presque continentales que nous avons vues ces dernières années n’encouragent pas à l’optimisme...