Une dynastie établie

Avant 987 et l’avènement des Capétiens, les rois de France, bien qu’à peu près héréditaires, sont théoriquement élus par leur pairs. Puis les Capétiens, pendant deux siècles, associent systématiquement leur fils héritier au trône, et évitent toute immixtion des nobles dans la succession ; de même le principe de la transmission systématique au fils aîné est vite établi. Enfin, les Capétiens ont la chance de tous avoir un fils pour leur succéder, et ce jusqu’à la disparition des trois fils de Philippe le Bel.
Cependant, il est d’usage dans les plus grandes familles nobles, françaises ou étrangères, de transmettre un titre à une fille en l’absence d’héritier mâle (mais c’est son mari qui règne, l’ouverture a ses limites). La chose s’est vue en Flandre, et l’histoire des Rois Maudits est bâtie à cette époque autour de l’affrontement entre Mahaut et Robert d’Artois pour la succession du grand-père de ce dernier - et Mahaut l’emporta.

(La suite se comprendra mieux avec cet arbre généalogique sur la page Wikipédia de Charles IV).

Les lis ne filent point

La mort sans héritier mâle de Louis X provoque donc un flottement, car il ne laisse que la petite Jeanne comme héritière de ses deux couronnes (France et Navarre). Le frère du défunt roi, Philippe, est bien sûr régent, mais il vise le trône pour lui-même.
Il peut écarter Jeanne en la déclarant illégitime. Cependant les preuves ne sont pas absolues, et cela provoquerait un conflit avec la famille de sa mère (le duc Eudes IV de Bourgogne notamment), et celle de son mari ensuite (la branche capétienne des comtes d’Évreux). C’est à cette occasion qu’est quasiment « inventée » la loi salique.
Cette loi remonterait aux francs saliens (tribu de Clovis), qui excluaient les femmes de l’héritage, se trouverait aussi dans le roi romain, et règle les successions dans certaines régions de l’est du pays. Apparaissent aussi les arguments de la fonction sacerdotale du sacre (forcément masculine), et le risque qu’une reine épouse un prince étranger, alors que la monarchie française est nationale.
Il semble cependant que les grands de 1317 aient moins choisi en fonction de principes préétablis que des personnalités en place et des circonstances : entre un représentant de la dynastie déjà aguerri, et une jeune fille mineure, le choix était rapide. Les légistes entérineront plus tard le principe, en considérant que le royaume n’est pas un fief et se trouve au-dessus des coutumes féodales.
Philippe V devra cependant déployer des trésors de diplomatie et paiera cher son maintien sur le trône. À Eudes IV, il donne sa fille aînée Jeanne.

Quand Philippe V décède par la suite sans fils vivant, son frère Charles suit la même logique, et prend la couronne, alors que la fille du roi défunt Jeanne de Bourgogne aurait pu y prétendre. La loi salique, même légalement bancale, s’impose alors en pratique.

À la mort de Charles IV, il n’y a toujours pas d’héritier mâle (sa femme accouchera d’une fille posthume). On en est donc réduit à chercher du côté des frères de Philippe de Bel, en négligeant les femmes, et c’est Philippe de Valois, cousin du roi défunt et fils de Charles de Valois, qui devient roi sous le nom de Philippe VI.

Celui-ci règle définitivement (côté français...) la question en « dédommageant » sa cousine Jeanne de Navarre (fille de Louis X, si vous suivez). Celle-ci est reconnue comme légitime, ce qui apaise les tensions avec les Bourgogne et les Évreux. La loi salique lui coupe les droits à la couronne de France, mais il est convenu finalement que cette loi ne s’applique pas à la Navarre, et Jeanne et son mari Philippe peuvent la récupérer. La Navarre restera indépendante jusqu’à ce que son roi (notre Henri IV) devienne roi de France.

Le prétexte de la Guerre de Cent Ans

Cependant, un tel imbroglio ne peut qu’encourager les contestations. Jeanne de Navarre et Philippe d’Évreux s’en tirent à bon compte, mais leur fils, Charles le Mauvais (petit-fils de Louis X donc), se considérera toujours comme l’héritier légitime, et jouera un rôle déstabilisateur au début de la Guerre de Cent Ans.

Plus grave, le roi anglais Édouard III est fils d’Isabelle, fille de Philippe le Bel. Il considère ses droits supérieurs à ceux de Philippe VI : il en est le petit-fils alors que Philippe VI n’en est que le neveu.

Ceci n’est qu’un prétexte car, que la loi salique existe ou pas, que Jeanne de Navarre soit bâtarde ou pas, que les filles puissent transmettre les droits sans régner elles-même ou pas, les droits d’Édouard sont inférieurs à ceux d’autres descendants d’enfants de Philippe le Bel, comme les filles de Philippe V et Charles IV, ou Charles le Mauvais.
C’est sans doute pour cela qu’Édouard III se limite un temps au pillage de la France (avec son fils le Prince Noir). Lorsque Jean II, fils de Philippe VI, est fait prisonnier et doit signer le traité de Brétigny, Édouard se « contente » aussi de la moitié de la France et n’exige finalement pas la couronne. (Et ce, contrairement à Henri V qui visa la couronne dans la deuxième partie de la Guerre de Cent Ans).

Édouard III ne profita guère de ses conquêtes : avant sa mort, Charles V, le fils de Jean II (l’arrière-petit-fils du Charles de Valois que l’on voit dans la série donc), avec l’aide de du Guesclin, reconquerra la plupart des territoires perdus.

À suivre dans la partie III...