D’un côté, je suis un collectionneur de citations. Ma petite compilation doit avoir son intérêt, vu le nombre de fois que je l’ai vue reprise[1] et pillée[2].

De l’autre, j’ai un côté puriste/perfectionniste[3], et je tiens notamment à connaître :

  • la version la plus proche des paroles du Grand Homme cité ; donc la version originale, donc dans la langue originale ; trop de citations sont attribuées à tort, ou déformées, ou mal traduites ;
  • la source de la citation (livre, article...), comme garantie de cette fiabilité, ce qui implique d’aller la voir de mes yeux.

Et ce n’est pas toujours du gâteau...

Catalogues en ligne

Il existe une foule de catalogues de citations en ligne : Évène, Brainyquotes, Quoteland, etc. S’y ajoute une myriade de collections personnelles, certaines très bien classées. Mais peu de sites s’intéressent réellement à la certitude de la source, à ses références, encore moins à la version originale. Deux exceptions notables :

  • Le site Wikiquote, qui vise à faire pour les citations ce que Wikipédia a réalisé pour l’encyclopédie en ligne. Les citations sont triées par thèmes ; la référence est citée ; une liste des citations attribuées mais non vérifiées est fournie. La version anglophone est un plaisir, et un bon départ pour recherche l’origine de pensées d’Oscar Wilde ou Albert Einstein. Hélas la version française est hors ligne pour de sombres histoires de droits d’auteur non respectés, et doit être reprise de zéro.

Le facile : le domaine public numérisé d’auteurs connus

Oscar Wilde a lancé beaucoup de vannes dit beaucoup de bêtis choses ; un grand nombre ont été reprises dans des compilations (dont ses Aphorisms si souvent cités mais jamais publiés, apparemment) ; bien d’autres lui ont été attribuées.
Mais Oscar Wilde conjugue plusieurs qualités : il est connu donc facile à trouver en ligne ; il est dans le domaine public ; ses œuvres sont répandues et numérisées ; ses aphorismes intéressent beaucoup de monde ; il n’a pas écrit tant que ça (et bien des citations viennent de The Picture of Dorian Gray). Si Google ne fournit pas tout seul la référence ultime, Wikiquote l’a en général, et je peux vérifier/corriger/copier-coller la phrase depuis la version numérisée.
Je pars du principe que les versions numérisées d’œuvres papier entières sont fiables : il faut bien faire confiance à quelqu’un, et je ne peux en général pas consulter les manuscrits originaux. J’ai ainsi pu retrouver la source originale de ce grand classique (redécouvert par chaque génération en vieillissant je pense) :

“Nowadays people know the price of everything and the value of nothing.”

Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray, 4

Toujours pour le domaine public, mais francophone, le contribuable français fournit Gallica, sur le site de la Bibliothèque Nationale. Nombre de documents numérisés du domaine public y figurent. Le moteur de recherche est un peu limité, mais il est parfait pour des sentences de Molière, Voltaire ou Victor Hugo. Je me casse par contre les dents sur certains livres anciens, certes numérisés en tant qu’images, mais non traités par OCR, et donc lisibles sur écran page à page, sans que la fonction « Rechercher » fonctionne. Dommage, j’aurais aimé valider l’attribution de cette autre maxime (le livre est sur Gallica) :

« Mieux vaut être seul que mal accompagné. »

Pierre Gringore, Notables enseignements, adages et proverbes, 1527

Le Projet Gutenberg fournit également nombre d’e-books du domaine public, surtout mais pas exclusivement en anglais.

Le summum est atteint avec Winston Churchill : bien qu’il ait été extrêmement prolixe lui aussi[4], ses meilleurs morceaux et meilleurs citations sont en ligne, et les versions audio de certains discours ont été archivées par la BBC ! On peut difficilement faire plus fiable comme source :

“We shall go on to the end, we shall fight in France, we shall fight on the seas and oceans., we shall fight with growing confidence and growing strength in the air, we shall defend our Island, whatever the cost may be, we shall fight on the beaches, we shall fight on the landing grounds, we shall fight in the fields and in the streets, we shall fight in the hills; we shall never surrender, and even if, which I do not for a moment believe, this Island or a large part of it were subjugated and starving, then our Empire beyond the seas, armed and guarded by the British Fleet, would carry on the struggle, until, in God’s good time, the New World, with all its power and might, steps forth to the rescue and the liberation of the old.”

Winston Churchill,
discours à la BBC, 4 juin 1940, après la défaite en France et l’évacuation de Dunkerque

À suivre...

Notes

[1] Je le sais, je suis la source ultime de certaines, que je tiens de première main de condisciples, collègues ou amis.

[2] Pillée dans le sens où on ne m’a même pas dit « merci » ; à contraster avec l’extrême inverse des internautes qui me supplient de les autoriser à ajouter un lien de leur page vers la mienne.

[3] Soigneusement maîtrisé pour tout ce qui n’a qu’un côté utilitaire.

[4] Dieu sait combien de discours, plusieurs livres, ses mémoires : le Prix Nobel de Littérature se mérite.