Ce roman-catastrophe parle du réchauffement planétaire sans en parler. Il date de 1994 où le sujet était déjà brûlant, mais il l’aborde sous le côté cataclysmique : des bombes atomiques tombent par accident sur des stocks de clathrates de méthane. Ce relâchement massif de méthane ravale le problème de l’effet de serre dû au dioxyde de carbone au rang de plaisanterie. (Certains scénarios inquiétants du réchauffement climatique évoquent réellement le danger que fait courir tout ce méthane stocké au fond de l’océan ; jeter des bombes dessus n’entre cependant pas dans le cadre des simulations numériques).
(Ajout de 2010 : Certains attribuent à ces hydrates de méthane l’extinction massive du Permien…)

La conséquence est immédiate et violente : la civilisation de 2028 voit apparaître un super-cyclone dans le Pacifique. Plusieurs personnages étant météorologues, on en apprend beaucoup sur la dynamique de formation de ces monstres, pourquoi ils finissent par s’évaporer, et pourquoi ce cyclone restera : l’eau est assez chaude pour qu’il puisse se payer le luxe de faire des ronds dans le Pacifique... en se reproduisant.

Hawaï est totalement rasée au tiers du livre. La Floride, la Hollande, l’Irlande, le Bangladesh et quelques centaines de millions d’êtres humains finissent noyés dans les pages qui suivent. Il faudra un deux ex machina au sens quasiment propre pour sauver le monde.

L’intérêt du livre ne réside pas dans la résolution du problème (un peu tirée par les cheveux et relevant de la science-fiction spéculative la plus échevelée, avec une dose de grandiloquence naïve), mais d’une part dans le côté « film catastrophe » saignant et très bien rendu (Hollywood devrait aimer), et d’autre part dans la description foisonnante de la société de 2028, archi-connectée mais plutôt décadente : règne abrutissant de la XV (version « de cerveau à cerveau » de la télévision, devenue par contraste quasiment un média pour intellectuels), rôle dominant d’une ONU écrasant les pays (l’auteur est américain, et la Présidente du livre veut se débarrasser de ces gêneurs et restaurer la prédominance de son pays), programme spatial en berne, dérive sectaire des adeptes du “politically correct”, liquidation de la vie privée (généralisation des « datarats » espions)...

Quelques scènes géniales valent le détour, notamment celle où des robots auto-réplicants sur la Lune se battent pour les ressources et créent toute une économie puis une société. Barnes aime bien décrire un phénomène ou un mécanisme, et certains passages sont un rien trop didactiques (cela ne me gêne pas).

Il n’y a pas de protagoniste principal mais plusieurs offrant une optique différente ; l’idée est bonne et les personnages fouillés et complexes, mais les liens entre eux sont assez improbables. Certains personnages secondaires sont négligés, alors que des intrigues parasites viennent alourdir le pavé (quel intérêt de faire du très rationnel conseiller de la Présidente un psychopathe tueur de petites filles ?).

Au final, un livre catastrophe que je ne juge pas inoubliable, mais bien mené, à lire avant qu’il prenne de l’âge. La version du Livre de Poche possède une fort bonne préface de Gérard Klein , qui fait froid dans le dos (le « scénario Vénus ») et que l’on aussi peut lire en ligne.

Voir aussi la critique enthousiaste de Pascal J. Thomas dans KWS, qui dévoile plus de l’intrigue. Alain Paris a beaucoup moins aimé.