Pour ce numéro qui n’est plus en vente et qui globalement ne m’a pas autant intéressé que d’autres, je vais pour une fois essayer de faire court :

Le bloc-notes de Didier Nordon

Beau festival ce mois-ci :

  • Même les grands mathématiciens de notre époque ne comprennent rien à certains domaines des maths qu’ils considèrent totalement sans intérêt.
  • Évident mais frappant : « donner des exemples est une démarche inverse à celle qui consiste à énumérer ». Si on vous noie sous des listes interminables, c’est que l’idée sous-jacente est banale ou qu’on vous enfume !
  • Didier Nordon rapporte l’exemple d’un physicien russe qui demande l’autorisation de dater au carbone 14 un prétendu morceau de l’arche Noé. Le prêtre arménien accepte : ce serait un bon test pour cette méthode scientifique. Clash des systèmes de pensée.[1]



La conjecture ABC résolue ?

Résolue ou pas, ça ne changera pas votre quotidien. Ne me demandez pas en quoi elle consiste, je n’ai ni compris ni cherché à comprendre. C’est de la théorie des nombres, pour laquelle j’ai toujours eu une certaine allergie.

Je peux juste préciser que cette conjecture permettrait de démontrer le dernier théorème de Fermat plus élégamment que dans la démonstration de Wiles en 1993. Et que la démonstration proposée par un Japonais réputé est longue et prendra du temps à valider.

Science & croyance

Une des principales perles du numéro n’est qu’un entretien avec Yves Gingras sur le mélange des genres entre science & croyance, chose un peu trop à la mode ces temps-ci chez de grands scientifiques reconnus.

On est très loin des délires des créationistes des diverses religions, mais la séparation stricte entre science et religion devient poreuse. Le mysticisme ou la spiritualité percent dans un titre comme The God Particle (du Prix Nobel Leon Lederman), ou dans ce qu’à pu écrire Trinh Xuan Thuan (j’avais été choqué du finalisme qui perçait dans Origines, superbe et instructif par ailleurs). Certains rapprochent bizarrement théorie quantique et mystique indienne ou immortalité de l’âme. D’autres abusent du « principe anthropique ».

La confusion ne peut que se faire dans le grand public impressionné par l’aura de ces scientifiques éminents. Yves Gingras tire la sonnette d’alarme sur ce mélange des genres encore vu avec indulgence par le milieu scientifique.

Un homme savant a compris un certain nombre de vérités. Un homme cultivé a compris un certain nombre d’erreurs. Et voilà toute la différence entre l’esprit droit et l’esprit juste. L’esprit droit surmonte l’erreur sans la voir ; l’esprit juste voit l’erreur ; et certes il n’y veut pas tomber, mais il y veut descendre.

Alain, Les Vigiles de l’esprit, XXXI

Histoire des sciences : le DDT

En 1962, le Printemps silencieux de Rachel Carson dénonçait les ravages du DDT. C’est l’occasion de revenir sur la prédominance de la chimie dans l’agriculture : si pratique, compensant les faiblesses de la monoculture industrielle, elle semblait invincible. Les diverses influences sociales, la foi aveugle dans le progrès technique, ont fait le reste et ignoré les réserves.

Pourtant, à l’extrême fin du XIXè siècle, aux États-Unis, on avait déjà régulé les pulvérisations de « vert de Paris » dans les vergers : les apiculteurs voyaient mourir leurs abeilles. Il faut croire que chaque génération doit redécouvrir que balancer des produits chimiques en vrac n’est pas innocent, et que les faibles dosages peuvent avoir des effets à long terme. Désespérant.

Divers

  • Les LED blanches vont petit à petit remplacer nos fluocompactes, je n’ai pas cherché à comprendre les détails techniques.
  • Au milieu du magazine, quatre pages de pubs payées par LVMH Cosmétique rapportent un colloque : pavé illisible sans fil conducteur évident et au langage boursouflé (application de la remarque de Nordon ci-dessus).
  • L’épidémie mondiale d’obésité s’étend : plusieurs articles décrivent le coût faramineux, le rôle majeur mais non fatal des gènes, et celui des perturbateurs endocriniens trop utilisés dans notre civilisation.
  • Les dernières recherches sur le cerveau dissocient les circuits du désir (déterminant les actions) et du plaisir. Un drogué agit sans plaisir : quand les deux circuits divergent, il y a maladie mentale, que l’on pourra peut-être mieux traiter à présent.
  • Un paléontologue et un astrophysicien essaient d’interpréter ce que pourraient être les midichloriens[2], si nombreux dans le sang d’Anakin Skywalker. Les Jedis sont-ils des « super-organismes » ? Ce n‘est pourtant pas le numéro d’avril.

Notes

[1] J’avais trouvé un site web d’un fondamentaliste américain qui réinterprétait toutes les incohérences entre Bible et science en prenant bien sûr ses croyances au pied de la lettre : un fascinant exercice de loopings intellectuels.

[2] Une des pires bourdes de Lucas dans Episode I, heureusement non développée par la suite.