Première partie d’un résumé en 3 parties sur l’histoire de Byzance.

NB : Des cartes de l’Europe siècle par siècle sont visibles chez Euratlas. J’avais fait un billet au sujet de ce magnifique site.

La source principale de ce billet est un livre Byzance, l’empire d’Orient, version française raccourcie de A Concise History of Byzantium de Warren Treadgold, paru chez Reader’s Digest (leurs livres d’histoire sont en général bien faits même si la revue me tombe des mains). Littérairement c’est faible, on a du mal à suivre la tripotée d’empereurs, ça manque de cartes et de tableaux dynastiques, mais l’ensemble reste très intéressant. L’auteur accorde un grand poids aux épidémies et aux problèmes démographiques, financiers et monétaires (solde des soldats notamment) pour expliquer l’évolution de la politique impériale.

L’intérêt principal de ce livre est d’adopter le point de vue byzantin dès le début. En nos écoles, nous sommes plutôt habitués à suivre celui des Romains puis Gallo-Romains : Rome impériale, courte mention de la diversité ethnique romaine (grecque, égyptienne...), déliquescence progressive de l’Empire, qui semble craquer d’un coup devant les invasions barbares, chute de Rome en 476, fin de l’Antiquité, et on enchaîne sur Clovis et les rois fainéants...

Cela est simpliste. L’Empire romain d’Occident a survécu environ 500 ans à la République (elle-même semi-millénaire !), et après son apogée sous Trajan, a connu maintes invasions précoces (par exemple celle repoussée par Marc-Aurèle dès 166), des guerres civiles pour le trône impérial tout comme des périodes de stabilité. Vue de l’est, la chute de Rome n’est qu’une étape (très symbolique) dans une lente bataille contre des envahisseurs qui seront souvent repoussés.

Une précision : le terme de « byzantin » est issu de la cité originelle de Byzance, site sur lequel la ville de Constantinople a été bâtie ; cependant il n’a été utilisé qu’à la Renaissance. Les Byzantins (de culture grecque) s’appelaient eux-même « Romains », et leur empire celui de Romanie.

Formation

L’apogée de l’Empire romain unifié se situe dans les deux premiers siècles après Jésus-Christ sans que cela soit forcément une période homogène : on y rencontre des empereurs fous comme Néron comme des empereurs conquérants comme Trajan ; les périodes de conquêtes (Dacie...) se mélangent aux guerres civiles.
Après Marc-Aurèle notamment les tensions s’accumulent : inflation, épidémies, invasions perses et barbares, sécessions (Empire gaulois par exemple)... Tant bien que mal, Rome tint bon au IIIè siècle et conserva bon an mal an sa prospérité et sa cohésion.

Il est à noter que l’est (Afrique, Égypte, Syrie, Anatolie...) était plus riche que l’ouest (Italie comprise), et souffrit moins des guerres. D’autre part il existait une coupure linguistique entre zones latines (moitié ouest jusqu’en Illyrie) et zones plutôt dominées par la langue grecque (extrême-sud de l’Italie, Grèce, Balkans, Anatolie...). Ces deux parties eurent des destins totalement différents.

Dioclétien (empereur en 284) fut le premier à diviser l’Empire en deux, selon cette frontière linguistique, pour en faciliter l’administration (tétrarchie). L’Occident perdit ainsi sa prépondérance. Les divers succès de Dioclétien permirent à l’Empire de bien aborder le IVè siècle. Mais la guerre civile recommença, et elle fut remportée par Constantin.

L’empereur Constantin est le père de l’Empire byzantin de deux manières : d’abord il fonda la ville quasiment ex nihilo, sur le site de Byzance, facile à défendre (alors que d’autres grandes villes orientales auraient pu convenir comme capitale) ; ensuite il fut le principal artisan de la conversion de l’Empire au christianisme, alors minoritaire mais en expansion, en le reconnaissant, puis en se convertissant (aussi pour des raisons d’intérêt politique). Le rôle du christianisme est capital dans l’histoire byzantine.

Sous Théodose, dernier empereur de l’Empire unifié, le christianisme (orthodoxe) devint religion officielle. Ses enfants consacrèrent la partition de l’Empire.

Invasions barbares : 400-507

On se souvient des invasions barbares comme de celles qui déferlèrent notamment sur le Rhin en 406. On sait moins que l’infiltration avait déjà commencé depuis longtemps (peuples germaniques fédérés gardiens des frontières, grandes parties de l’armée romaine d’origine barbare) d’une part, et d’autre part qu’elle ne venait pas que de Germanie.
Les Huns, Wisigoths et les Ostrogoths notamment s’attaquèrent à l’empire d’Orient via les Balkans. Les uns et les autres furent difficilement repoussés et renvoyés vers l’empire d’Occident, où ils se taillèrent des empires.

Pendant que le Vè siècle voyait l’empire d’Occident s’effondrer par pans entiers depuis la Germanie et la Gaule (Suèves qui descendirent jusqu’en Espagne, Vandales qui poussèrent jusqu’à Carthage via l’Espagne, Francs de Clovis qui conquirent la Gaule...), ou depuis les Balkans (Wisigoths qui mirent Rome à sac en 410 avant de fonder un royaume en Espagne, Ostrogoths qui conquirent toute l’Italie), l’Empire d’Orient tenait bon et se consacrait à ses querelles théologiques, qui à nos yeux semblent totalement surréalistes.

Le rejet de l’arianisme n’était pas nouveau (dès l’époque de Constantin), mais la première moitié du Vè siècle vit des conciles rejeter le nestorianisme.
Puis l’Empire fut parcouru par l’hérésie monophysite, alors que les derniers païens disparaissaient. Ces querelles théologiques empoisonnèrent toute la politique impériale, extérieure comme intérieure, pendant des siècles et jusqu’à la fin, et s’entremêlèrent avec les luttes d’influence entre clans et régions de l’Empire. Les différences d’usage et de doctrine furent la raison majeure des relations souvent tendues entre Rome et l’Empire byzantin. Cependant elles témoignent de l’importance extrême que les Byzantins accordaient à la religion.

L’Empire s’organisait autour de cette Église unifiée, de sa capitale très moderne, mais aussi d’une administration et d’une armée puissantes et efficaces, héritées des réformes de Dioclétien et Constantin.
La partition de l’Empire et la déchéance occidentale firent de Constantinople le nouveau centre principal en Méditerranée, et favorisèrent l’homogénéisation linguistique autour du grec. Même si culturellement l’Égypte et la Syrie n’étaient que superficiellement héllénisées, ces deux riches provinces (sources de céréales et de commerce avec l’Orient) étaient administrativement et religieusement intégrées à l’Empire.
Les seuls ennemis étaient des royaumes barbares, certes remuants, et la Perse, globalement maintenue en respect. L’économie était à la mesure d’un empire aussi grand, stable et ancien. Politiquement, les successions au trône impérial s’effectuaient plus ou moins de père en fils, en tout cas en famille, le Sénat ayant un rôle mineur.

Cet Empire solide allait montrer toute sa puissance sous le règne de Justinien.

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