(Ceci est déjà paru sur la liste de diffusion Quoide9 en mars 2002.)

Le Nom de La Rose, Umberto Eco, 1980

Vous avez peut-être vu le film. Si oui, vous l’avez sans doute aimé. Comme d’habitude, le livre est encore meilleur, plein de détails, de pans entiers que le film a dû sabrer. Je me souviens du film comme d’une enquête policière médiévale essentiellement, mais le livre n’en traite que superficiellement. Ce n’est qu’un prétexte.

L’adaptation hollywoodienne est finalement réussie, dans le sens où l’histoire se tient et que les parties supprimées n’en sapent pas la cohérence.

Le vrai intérêt du livre est ailleurs : dans l’évocation de la civilisation médiévale à son apogée, dans la mentalité et les raisonnements des gens de cette époque. Les motivations du coupable du crime nous sont totalement étrangères ; le rôle du monastère au sein de la « société » des alentours n’a rien en commun avec notre époque.

On retrouve aussi les premiers balbutiements du raisonnement logique et scientifique actuel (point commun entre le héros inquisiteur et nous), l’importance de l’héritage gréco-romain comme source principale de savoir, l’omniprésence de la religion, et surtout tout ce qui tourne autour des hérésies, des guerres théologiques qui déchiraient l’Église à cette époque.

Querelles qui nous semblent, à nous, totalement vaines, mais qui en fait, masquaient surtout deux choses :

  • la révolte des faibles, attirés parfois par des courants qui voulaient changer le monde (notre époque n’a pas inventé les sectes) ;
  • et les oppositions fréquentes entre l’Empereur et le Pape[1], chacun ayant ses partisans. La tétrapillectomie juridique et l’exhumation de textes oubliés pour justifier les intérêts de tel ou tel grand ne datent pas d’hier[2].

Bref, un classique, chaudement conseillé.

Umberto Eco a écrit d’autres livres passionnants. Le meilleur est sans doute Le Pendule de Foucault (assez ésotérique et toufu) ; se lisent également bien Baudolino (plus épique et historique) et ses recueils de chroniques (Comment voyager avec un saumon).

NB : Certains passages nécessitent que vous révisiez votre latin ;-) mais ils ne gênent en rien la compréhension de l’intrigue.

Notes

[1] Le premier voulant interdire toute influence dans le domaine temporel au second. On retrouve le thème dans l’affrontement des familles dans Roméo et Juliette par exemple.

[2] Une des heureuses conséquences en fut la mise en place de l’État de droit, une des meilleures inventions occidentales.