Couverture Pour la Science n°310En vrac et en développant selon l’importance, mon temps disponible et le petit bonheur :

  • Dixit Didier Nordon, entre moults paradoxes :

La première [consigne affichée dans les lieux publics] est : « Gardez votre calme, ne criez pas au feu. » Donc si vous entendez un cri effrayé « Au feu ! », continuez à vaquer tranquillement à vos activités, sûr qu’il n’y a aucun incendie dans les parages. ’’

  • L’axe d’Uranus est hors norme (couché sur l’orbite, pôle pointé vers le Soleil), sans doute à cause d’un satellite disparu depuis. Encore une découverte de Laskar, un veinard qui fait des simulations gravitationnelles toute la journée.
  • L’Israël de l’Ancien Testament (Xè siècle av. J.-C.), décrit comme une « terre de lait et de miel », possédait bien des ruches. Pour une fois, la Bible est à prendre au pied de la lettre.
  • Les pachycormidés occupaient à l’époque des dinosaures la niche écologique de la baleine (« Je suis énorme et je me goinfre de plancton en fonçant droit devant la gueule ouverte. »)
  • Toutankhamon est bien le fils d’Akhénaton, mais pas de Nefertiti. (C’est plutôt le dernier Science & Vie qu’il faut lire si le sujet vous passionne autant que Petit Rémi.)
  • Il existe des papillons migrateurs. J’ignorais.
  • Le rôle de l’appendice n’est toujours pas clair (à la rigueur, réservoir de bactéries pour renouveler la flore intestinale après une maladie ?).
  • La vie est-elle possible dans d’autres univers ? : l’article le plus éthéré, le plus spéculatif. Il est connu (?) qu’une toute petite variation des constantes physiques (masse du proton, ratio des différentes forces de la nature entre elles...) rendrait l’univers actuel invivable, par exemple en interdisant l’existence même d’atomes. La question « pourquoi sommes-nous justement dans cet univers improbable ? » n’a qu’une réponse anthropique au sein d’un multivers (il y a une infinité d’univers avec chacun ses lois, et nous ne pouvons évidemment apparaître que dans celui propice à la vie).
    Les auteurs battent l’idée en brèche, en faisant varier plusieurs paramètres à la fois sans voir s’effondrer le monde. Ils vont jusqu’à développer le cas où la force faible (qui joue dans la cohésion des atomes) n’existe carrément pas : les étoiles auraient pu se former, alimentées par la fusion du deutérium et non de l’hydrogène ; elles seraient simplement plus froides et moins énergétiques. Même si les éléments supérieurs au fer ne pouvaient exister (certaines supernovas seraient physiquement impossibles), la chimie évoluée resterait possible, et donc potentiellement la vie.
    De même les rapports des masses des différents quarks pourraient varier sans empêcher l’existence d’atomes aux propriétés certes différentes mais qui n’interdiraient pas la chimie organique à base de carbone tétravalent.
    Ces spéculations peuvent sembler vaines, elles n’en sont pas moins vertigineuses, et, qui sait ? seront peut-être à la base de la physique en l’an 5000 (ou, mieux, en 45 000 000 000, quand il faudra songer à quitter notre univers gagné par l’entropie).
  • Vous connaissiez les Mochicas ? Peuple précolombien du Pérou, avant les Incas, ils avaient des coutumes assez barbares, aussi saignantes que celles des Aztèques. La tombe décrite dans l’article contient par exemple une adolescente sacrifiée pour l’enterrement. Belle mentalité.
  • En Afrique, les « maladies tropicales oubliées », souvent à base de parasites, tuent peu mais handicapent lourdement des pans entiers des populations, les enferrant dans la pauvreté : faiblesses, cécité, ralentissement du développement des enfants... Les traitements existent, sont pratiques et peu coûteux, mais ces maladies sont bien moins médiatisées que le SIDA, alors que leur prise en compte massive auraient un excellent « retour sur investissement ».
  • Vous connaissez les téléostéens ? Ils représentent l’écrasante majorité de la poiscaille actuelle de la carpe à l’hippocampe, à part requins, raies, esturgeons et une poignée d’autres, et même la moitié des espèces de vertébrés à eux seuls. Leur arbre phylogénétique a beaucoup évolué ces derniers temps.
    Ce qui semble d’abord une question de spécialistes en cladistique (différencier les polymiixiformes des uranoscopidés) devient aussi un problème fondamental : « c’est quoi un poisson ? »
    Sachant qu’un groupe est défini par un ancêtre commun et ses descendants, et que nous sommes plus proches de la carpe qu’elle du requin (l’ancêtre commun des tétrapodes et de la carpe n’est déjà qu’un cousin des requins), si carpe et requins sont des poissons, alors nous aussi. (De la même manière, si on définit de la même manière les dinosaures, les oiseaux en sont car ils descendent d’une de leurs espèces).
    Bref, la définition courante ne tient pas compte des groupes qui se sont monstrueusement différenciés de leurs ancêtres, et la définition rigoureuse n’est pas du gâteau.
  • Glaçant : le péril du méthane. Le sujet n’est pas neuf mais développé en détail : la Sibérie fond, et des millénaires de matières organiques mortes (feuilles comme rhinocéros laineux) figées dans le sol gelé sont en train de passer progressivement au-dessus de 0°C, de fermenter, et de dégager des quantités astronomiques de méthane. Lequel est un puissant gaz à effet de serre et amplifie donc le réchauffement.
    L’auteure peut carrément allumer des feux de méthanes au-dessus des lacs en formation, mais la récupération est économiquement illusoire. Il existe des projets de réserve naturelle pour ralentir le dégel en transformant ces terres en pâturages, mais le seul moyen réaliste d’enrayer le phénomène est de stopper le réchauffement déjà en cours (rêvons !), sinon ce sera 0,3°C de plus à la fin du siècle. (Rappelons que s’arrêter à +2°C serait déjà un exploit.)
    Pour se faire encore plus peur, un encadré rappelle que les hydrates de méthane au fond des mers polaires représentent un danger encore plus grand, évoqué ici deux fois déjà : en SF (La mère des tempêtes de John Barnes) et comme cause possible de l’extinction massive du Permien.
    Brrrr...
  • Un article sur Terence Tao, mathématicien sino-australien multi-primé, un génie de notre époque. Le plus frappant est que bien qu’aussi précoce et doué que Mozart sur son créneau, c’est apparemment un être humain tout à fait agréable et sociable.
    (Ne me demandez pas de comprendre ce sur quoi il travaille, je suppose que ce sera très utile un jour comme toutes les branches incompréhensibles des maths.)