History will be kind to me for I intend to write it.

L’histoire sera gentille avec moi, car j’ai l’intention de l’écrire.

Winston Churchill

Deux mille ans avant Churchill, Jules [1] avait appliqué la méthode en rédigeant à chaud ses fameux Commentaires sur la Guerre des Gaules. Censé être purement factuel, loué par Cicéron (rien que ça) pour la pureté de son style, le livre n’en glorifie pas moins subtilement son auteur.

En très résumé : c’est la faute des Suisses. Les Helvètes ayant décidé d’émigrer massivement et agressivement à l’autre bout de la Gaule, les tribus gauloises sur le chemin appellent à l’aide la puissance romaine proche (la côte méditerranéenne était romaine depuis longtemps). César intervient donc et après moultes batailles renvoie les envahisseurs chez eux, se fait reconnaître comme protecteur d’autres tribus, va soumettre d’autres Gaulois qui veulent du mal à ses protégés, et repousse une invasion germaine (déjà...).

César maître de toute la Gaule, les insurrections s’enchaînent. Vercingétorix n’est ni le premier ni le dernier de la liste des chefs gaulois engagés contre César, peut-être le plus spectaculaire. Avant même cet épisode, César a dû aller en Bretagne (actuelle Grande-Bretagne) mater les soutiens de certains insurgés gaulois.

Les alliances se font et défont, et des auxiliaires gaulois ou germains servent contre des Germains ou des Gaulois. Les séquences s’enchaînent de façon un peu monotone : un chef persuade son peuple de se soulever, trouve des alliés, attaque les Romains dans leurs cantonnements d’hiver ou pendant l’absence de Jules ; les Romains supérieurement organisés et valeureux tiennent bon et finissent par provoquer la fuite de ces Gaulois si braves mais « pusillanimes » et inconstants. Les insurgés, penauds, envoient députés et otages ; César en général pardonne (mais parfois il vend la population aux marchands d’esclaves, parfois il massacre toute la population d’une ville) ; et tout est bien qui finit bien jusqu’au soulèvement de l’année suivante.

César, sans trop forcer, se donne le beau rôle. Si Gergovie est un échec, il ne s’étend pas — de toute façon c’était la faute de soldats indisciplinés et de ces traîtres d’Éduens qui ont changé de camp.

Quelques mentions au passage sur la logistique : le ravitaillement en blé et fourrages est le souci principal des légions, et son point faible. Et en hiver les légions sont vulnérables, car obligées d’hiverner.

J’aurais bien voulu lire la version originale dans le texte mais mes souvenirs de latiniste sont bien lointains et même avec le Gaffiot à présent en ligne, ça n’aurait pas été faisable.

Évidemment, Wikipédia résume tout ça très bien pour les gens pressés, et la version numérique se trouve sans difficulté en ligne. D’ailleurs, ce premier « vrai » livre (non technique) que je lis intégralement sur ma liseuse est aussi le plus ancien [2].

Notes

[1] Inutile de le nommer plus avant. Rares sont ceux dont le nom a servi jusque 1918 comme titre de rang supérieur à celui de « roi ».

[2] Non, je n’ai pas (encore) fini la Bible