Je viens de relire des classiques de John Wyndham, ce maître de la science-fiction britanniques des années 50. Ça n’a pas forcément vieilli.

Un point rare dans les livres de cette époque  : les personnages féminins de Wyndham sont très loin des potiches, princesses à sauver ou méchantes sorcières. Elles sont aussi motrices de l’action que les mâles, sinon plus assurées qu’eux. C’est un signe de l’évolution sociale depuis les années 50, à la mentalité étonnamment éloignée de la nôtre (cf The Trouble With Lichen, notamment).

Ce n’est pas le seul point lié à la société : la difficulté d’une réponse collective à un danger extérieur, nos effets de troupeau, les foules stupides (y compris en haut de la société) reviennent systématiquement. Les réactions de l’URSS (à l’époque stalinienne) aux différentes menaces rencontrées relèvent du comique.

Triffides

Triffide par John Wyndham - Fair use via Wikipédia

Le plus connu, The Day of the Triffids (VF : Le jour des Triffides) ne déparerait pas dans les histoires de zombies et vampires. Et comme dans beaucoup de ces histoires apocalyptiques, ce sont les autres survivants, et non les zombies/triffides/monstres divers, qui sont les véritables dangers (on est quand même loin du sadisme de The Walking Dead).

À la suite d’un phénomène astronomique, presque toute l’humanité est devenue aveugle et la civilisation s’effondre. Parallèlement, des plantes autoportantes à dards, très agressives, se répandent ­— l’aspect comique disparaît très vite. À Londres, les quelques non-aveugles restants se battent pour les réserves des magasins, fuient les villes ravagées par les épidémies et qui vont brûler. Comment s’organiser ? Peut-on/doit-on tenter de sauver tous ces aveugles ?

The Kraken Wakes

The Kraken Wakes

Au début il s’agit d’une « classique » invasion extraterrestre, même si la provenance de l’ennemi est floue. Des OVNIs disparaissent en mer, puis des bateaux sont coulés en masse, puis les plages sont attaquées. On ne verra jamais les envahisseurs. Les humains sont surtout incapables de reconnaître à temps le danger et d’y apporter une réponse efficace. Là encore la fin du monde menace.

Le couple de narrateurs est journaliste : très pratique pour suivre les informations et les errements politico-sociaux. Mais ils se laissent un peu porter par les événements, en spectateurs.

The Chrysalids

Grand saut dans le futur : The Chrysalids relève de la SF post-apocalyptique version atomique, dans un Labrador devenu le dernier refuge de la civilisation, ravalée tout de même au niveau social et technologique de la Renaissance. Cette petite communauté hyper-religieuse brûle la moindre plante mutante, et il arrive malheur aux nouveaux-nés anormaux. Les zones ravagées par la radioactivité reculent peu à peu, mais à leur frontière vivotent de nombreux humains « anormaux » et agressifs. Mais certains ne présentent aucune malformation apparente et apparaissent dans les familles les plus établies du Labrador. Seront-ils démasqués ?

Le thème du mutant-surhomme-mais-maudit n’avait déjà pas une grande originalité (À la poursuite des Slans de Van Vogt date de 1940 et n’est sûrement pas le premier sur le sujet) et le coupler à la grande peur de l’Apocalypse atomique correspondait à l’ambiance de la Guerre Froide.

Là encore le héros réagit plus qu’il ne mène les événements, et les personnages moteurs sont plutôt féminins. Le plus intéressant réside encore dans la sociologie de cette communauté isolée, arc-boutée sur l’orthodoxie, dont les membres les plus laxistes et irresponsables sont involontairement facteurs de progrès. Le deus ex machina final est un peu facile.

The Seeds Of Time

C’est un recueil de nouvelles. J’en ai oublié donc la plupart. Un peu atypiques par rapport à ce qui se lisait dans les années 50, et avec ces femmes qui ne se laissent pas marcher sur les pieds (parfois le contraire...).

The Trouble with Lichen

Difficile de parler de The Trouble with Lichen sans révéler son thème principal, longtemps inconnu du lecteur. De tous les livres de cette petite liste, c’est aussi le plus marqué par son époque : si l’héroïne, biochimiste, est la maîtresse de son destin dans tous les sens du terme, elle subit bien des pressions pour revenir au cliché de la femme au foyer ayant abandonné ses études, préoccupée par les enfants et sa beauté qui sera trop vite fanée. On ne réécrirait rien de pareil à notre époque. Quoique.

En arrière-plan : comment faire accepter à une société des changements scientifiques majeurs, qu’elle a de bonne chance de rejeter d’emblée ? Un goût de transhumanisme avant la lettre...

The Midwich Cuckoos

Des films ont été tirés de cette histoire d’invasion, tout à fait dans l’air de son temps, elle. Une nuit, un village entier est coupé du monde et toutes les femmes tombent enceintes. Et les enfants font peur... Un classique.