jeudi 4 décembre 2014

“The Tawny Man” de Robin Hobb (deuxième trilogie de l’« Assassin Royal »)

(Attention, je me réfère à l’édition en anglais, en trois épais tomes. Pour la correspondance avec le découpage en sept tomes dans l’édition française, un scandale en soi d’ailleurs, voir par exemple http://critiques-imaginaire.com/blog/le-cycle-de-lassassin-royal/ )

Après avoir dévoré la trilogie des Farseer, où Fitz, bâtard royal dans un monde de fantasy, s’en prenait plein la gueule et disait « pouce » à la fin ; après avoir englouti aussi avidemment la trilogie parallèle des « Aventuriers de la mer » (Liveship Traders) ; je me suis lancé avec délectation dans cette troisième trilogie de pavés dans le monde de Hobb.

C’est une suite à la première trilogie, les gens pressés pourront donc sauter la deuxième sans trop de problème, mais ils ne savent pas ce qu’ils perdent en références et en arrière-plan.

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Fitz is back

Fitz reprend le rôle du narrateur. Quinze ans après avoir juré qu’on le reprendrait plus à risquer sa vie pour la dynastie des Farseer, Fitz est rappelé plus ou moins subtilement à la Cour. Le contexte politique l’exige : la Reine mijote un mariage royal pour faire la paix avec les envahisseurs simili-Vikings de la première trilogie, et la promise a un comportement bizarre ; des luttes internes déchirent les détenteurs du Vif (Wit), ce don qui mène droit au bûcher mais relativement répandu ; le royaume n’a plus de maître pour enseigner l’Art (Skill), la magie des Farseer, au jeune prince ; et autour de ce dernier rôdent des gens inquiétants.

Fitz n’étant plus un gamin, son retour au rang qu’il mériterait aurait eu l’effet d’un chien dans un jeu de quille, et de toute façon, littérairement, il valait mieux qu’il reste dans l’ombre : il ignore ainsi assez de choses pour continuer à faire des bêtises et se faire manipuler par tout le monde. Son rôle de simple valet de Lord Golden (nouvelle incarnation du Fou, délicieuse) sert de prétexte à nombre de quiproquos.

Parallèlement à son rôle de soutien de la dynastie des Farseers, il se retrouve à devoir gérer trois ados, alors qu’il n’est complètement le père d’aucun d’eux. Son statut de guerrier accompli ne pouvant plus mener à de grands développements (même s’il s’en prend encore plein la g...), c’est en tant que père qu’il angoisse — et se plante royalement. Avec les femmes, il n’a toujours fait aucun progrès. La routine, quoi, et c’est pour ça qu’on l’aime.

Ça fonctionne toujours

Comme pour les tomes précédents, impossible de les lâcher sans gros effort de volonté (l'actualisation de ce blog en a souffert). Les personnages sont tous fouillés, réfléchis, avec leurs failles, même les plus forts (Kettricken !). Et même si la plupart des personnages sont du même camp et sympathiques, leurs relations aigres-douces, de pouvoir et manipulations réciproques valent le détour.

Quelques scènes d’actions, rapides rajoutent un peu de rythme, et une masse détails réalistes sinon triviaux — le rendez-vous amoureux près des toilettes par exemple, ou les remarques sur la monotonie de la nourriture pendant l’expédition — donnent de la crédibilité entre deux lamentations du Fitz sur lui-même. Il y a toujours de la magie, utilisée de manière presque trop rationnelle à présent (et c’est un cartésien qui parle).

Petites déceptions

Je suis pinailleur et exigeant avec les œuvres que j’aime, donc je ne suis jamais content. L’histoire du premier tome met du temps à démarrer, mais l’exposition prend toujours son temps chez Hobb.

Même présentes, les histoires et relations de Fitz avec sa famille plus ou moins proche et d’autres personnages restent sous-exploitées. Quelques fils traînent, inutilisés (Rosemary !) et des scènes d’anthologie nécessitées par quinze ans d’absence, longtemps redoutées par Fitz et impatiemment attendues par les fans, passent tout simplement à la trappe. Ou se déroulent en son absence, à la grande frustration du lecteur. Hobb voulait peut-être épargner quelques raclées supplémentaires à son héros.

Frustrantes aussi les trop rares interventions de Tintaglia — oui, il y a encore des dragons. La Narcheska aurait mérité plus de dialogues avec son prince charmant, pour le côté fleur bleue. On n’était plus à cent pages près ; et à l’inverse trop de pages glissent sur la glace, ou s’appesantissent sur Thick. Mais contrairement aux autres trilogies, assez de pages sont consacrées à ficeler la fin.

Autre fausse note, certains artifices commencent à lasser : Fitz laisse dériver certaines situations sans réagir. Ou se résigne à mourir en faisant son devoir au moins une fois chaque tome. Ou cache des secrets à ses propres amis de manière assez irresponsables. Évidemment c’est le caractère du personnage et le non-dit un des véritables ressorts du monde ; mais cette ficelle pour compliquer la situation commence à se voir. Hobb continue à torturer ses héros, et à les sortir des griffes de la mort in extremis (ou pas) de manière de plus en plus improbable.

La Grande Méchante du troisième tome pue le recyclage de thèmes de la première trilogie, alors que les intrigues du premier tome (nouvelles et internes aux Six-Duchés) passent à l’arrière-plan. Elles n’auraient peut-être pas suffi à remplir une trilogie — quoique.

Thèmes

Ce recyclage concerne aussi certains thèmes : la fidélité à la famille ou au devoir, aux traditions ou à l’avenir, à ses semblables discriminés ou à la société entière ; la manipulation par des apprentis dictateurs (plus faciles à vaincre cette fois) ; la capacité qu’a chacun de choisir.

Plus nouveaux : le choix entre différentes formes d’amour ; le rôle du père ; l’absence du père ; la nécessité de laisser les enfants refaire les erreurs de leurs parents ; la mort qui sépare les couples.

Bref, une lecture indispensable pour un adorateur, comme moi, du monde de Hobb ; mais avec la déception d’avoir été spolié de quelques scènes délectables ou tragiques.

(Et pour la suite, ce sera The Rainwild Chronicles, tétralogie qui suit la deuxième trilogie. Quand j’aurais lu ça, peut-être Hobb aura-t-elle achevé la trilogie Fitz and the Fool, pour un total de 18 tomes de 500 à 900 pages. Miam.)

samedi 1 novembre 2014

Linux planté dans le métro

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À une époque déjà reculée où les réseaux sociaux se résumaient à l’e-mail, il était de bon ton de poster les écrans d’aéroport, ou autres endroits publiques, affichant de magnifiques écrans bleus de Windows royalement plantés. (Les sites où les images ont été pillées sont en lien.) Et ce, encore  […]

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dimanche 12 octobre 2014

« Pour la Science » d’octobre 2014 (II)

Suite du résumé du numéro d’octobre... Houtermans Friedriech Houtermans n’a pas eu de chance dans la vie : non seulement il fait partie de ces grands savants du XXè siècle inconnus du grand public (la compréhension de la fusion au centre du soleil ou l’âge de la Terre à 4,5 milliards d’années, c’est  […]

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vendredi 10 octobre 2014

« Pour la Science » d’octobre 2014 (I)

Petit numéro, plus par la viande qui manque autour des sujets que par les sujets eux-mêmes. Comme d’habitude, les remarques purement perso sont en italiques. Gaz de schistes Gilles Pijaudier-Cabot, chercheur, parle longuement des gaz de schiste. En résumé : Le prix du gaz a chuté aux États-Unis  […]

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dimanche 21 septembre 2014

Strasbourg-Marseille

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Il y a quelques petites compensations à se lever très tôt pour aller prester quelques heures à Marseille : un lever de soleil sur une mer de nuages. Ce qui suit n’est pas si mal, pour des photos prises à main levée au travers d’un hublot sale, avec un smartphone de trois ans d’âge, et une maîtrise  […]

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mercredi 3 septembre 2014

« Guerres & Histoire » n°20 d’août 2014 : qui a eu la peau de la Wehrmacht ? et le C-130 Hercules

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« Alliés ou Armée rouge : qui eu la peau de la Wehrmacht ? » : voilà un titre bien vendeur, comme si la défaite du Reich n’était dû qu’à l’un ou l’autre (et sans qu’aient pesé les combats en Italie ou dans les airs au-dessus de l’Allemagne). Le texte est plus sérieux (et ne répond pas à la question  […]

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lundi 18 août 2014

« Pour la Science » d’août 2014 : généalogie des mythes, Anthropocène, indécidabilité & complexité, supernova

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Espérons que les kiosques le présenteront encore quand je publierai ceci. Pour une fois, je vais tenter de faire court. Avis personnels en italique comme d’habitude. La généalogie des mythes En cataloguant les mythes de nombreux peuples, Julien d’Huy a trouvé des liens très surprenants, et  […]

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mardi 29 juillet 2014

Fin de karma

Il y a sept ans je faisais l’acquisition de deux machines de bureau HP d’occase, construites avant la fin du millénaire dernier, destinées à servir comme serveur de mail/sauvegarde/VPN/versioning/web/juge Diplomacy... au sein de mon placard, la deuxième machine servant de remplaçant à la première.  […]

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samedi 21 juin 2014

« Rêve de gloire » de Roland C. Wagner

Il n’y a pas des tonnes d’uchronies françaises de haute volée. La trilogie de la Lune de Johan Heliot restait assez utopique et légère. J’ai récemment parlé ici de deux autres, sympathiques mais manquant d’ampleur : Françatome, toujours d’Heliot, et le Dernier des Francs de Michel Pagel. Enfin, les  […]

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samedi 7 juin 2014

Science étonnante

Tout en haut de ma déjà très longue liste de blogs à lire régulièrement vient de se rajouter Science étonnante. Bons articles, bonne vulgarisation, et des sujets que j’aime. Parmi cent perles, quelques-unes, pas que mathématico-physiques, qui me font marrer ou provoquent chez moi un brain overflow :  […]

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lundi 5 mai 2014

“Fatherland” de Robert Harris

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Cette uchronie date de 1992, donc du début de la mode sur le thème. C’est une des plus connues, et un coup de maître pour Robert Harris, dont c’est à la fois le premier roman et la première uchronie (et d’ailleurs la dernière). Le monde n’est pas original, c’est celui où Hitler a gagné la Seconde  […]

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samedi 26 avril 2014

Skeptic vol.19 n° 1 : montée du QI, lanceurs d’alerte & exorcistes

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Quelques articles intéressant dans ma revue américaine militante préférée : La montée du QI au XXè siècle James R. Flynn a longuement étudié l’évolution du QI en Occident pendant le XXè siècle, et il s’étend dans une interview sur les différences restantes entre Blancs et Noirs, hommes et femmes,  […]

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dimanche 20 avril 2014

« Le Dernier des Francs » de Michel Pagel

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Dans une uchronie on cherche toujours la petite bête. L’auteur a trop fait évoluer la société ici, pas assez là, tel comportement est anachronique, etc. Ça fait partie du jeu et n’enlève rien aux qualités de ce petit roman fort sympathique et riche en action, et qui aurait gagné à prendre de  […]

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jeudi 10 avril 2014

« Joukov, l’homme qui a vaincu Hitler » de Jean Lopez & Lasha Otkhmezuri

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Pas la peine de s’abaisser aux romans de fantasy pour rencontrer un destin titanesquement hors norme : dans un pays arriéré, un jeune paysan presque illettré, sorti du rang pendant une guerre civile impitoyable, a la chance de côtoyer des maîtres dans l’art martial, devient ensuite un des plus  […]

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dimanche 23 mars 2014

« Françatome » de Johan Heliot

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Johan Heliot sort régulièrement des uchronies à forte inspiration feuilletonesque (à commencer par La Lune seule le sait), et la dernière répond en partie à ceux qui se demandent « où sont les fusées, les stations orbitales, promises dans les années 1950 ? », celles de 2001, ou moins récemment  […]

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mercredi 19 mars 2014

« Guerres & Histoire » n°17 de février 2014 : la Guerre de Sécession, l’art opératif, 300, le Mandchoukouo & Béria

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Encore un numéro de ma revue historique préférée, et une fois de plus il est excellent. Petite prise de notes pour me souvenir de l’essentiel. Guerre de Sécession, guerre d’amateurs La Guerre de Sécession américaine (1861-1865) semble préfigurer les guerres mondiales du siècle suivant, avec leurs  […]

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mardi 25 février 2014

Migration d’hébergement, de site, d’URL

Ce blog et tout le site autour a migré dans de nouveaux locaux. Si vous lisez ceci, la migration et la redirection automatique se sont correctement déroulées ! Les URL deviennent : http://www.coindeweb.net/ http://www.coindeweb.net/blogsanssujetprecis/ Au revoir Sivit, bonjour Gandi !

mardi 11 février 2014

Quelques heures avec Oracle 12c (après la crise de nerfs)

Certes, je ne suis pas le DBA d’un data center de Software As A Service dans le cloud genre Salesforce, marché où la pléthore d’instances à administrer et consolider pose un réel problème. Moi, j’ai au mieux deux-trois bases Oracle sous la main, de versions différentes pour correspondre aux besoins  […]

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samedi 1 février 2014

Crise de nerfs avec Oracle (bis) : Oracle 12c

Entre deux bouquins sur la Seconde Guerre Mondiale [1], petit retour sur un cauchemar personnel récurrent : l’installation d’Oracle. Je suis un peu maso, je cherche à l’installer sans qu’on me le demande. La première partie traitait de la 10g et date un peu. Depuis bien des gigaoctets ont coulé dans  […]

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jeudi 16 janvier 2014

« Offensive allemande en Europe (7 mars 1936 - 7 mars 1939) » de Gabriel Louis-Jaray

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Nous apprenons tous à l’école les circonstances du déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, l’enchaînement des progrès hitlériens depuis 1936, et la dimension démentiellement criminelle du nazisme . Tout cela « pollue » notre vision des prémisses, et je me suis toujours demandé ce qu’en  […]

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