vendredi 26 août 2016

« Skeptic » de Juin 2016 (vol 21, n°2)

Skeptic-21-2-201606.jpg Skeptic, l’ennemi des illuminés et des mystiques, a rarement plané aussi haut. Le dernier numéro s’intéresse notamment à la neurologie de science-fiction, à l’exégèse psychiatrique et à l’Apocalypse qui vient, qui feront l’objet d’autres billets. Résumé du reste :

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mardi 16 août 2016

Presque 10 ans et bien plus qu’un carton

C’était il y a presque 10 ans : je changeais d’employeur, et les six années précédentes tenaient dans un carton.

Aucun regret : en migrant vers un autre domaine (où j’ai dû me reformer mais toujours dans le merveilleux monde des SSII), j’ai appris plein de choses, rencontré plein de collègues et clients sympas et différemment compétents, qui m’ont en général supporté, en tout cas qui valaient le coup d’être connus ;

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vendredi 5 août 2016

« Syzygie » de Michael Coney

Le britannique Michael Coney n’est pas très connu mais certaines de ces œuvres m’ont marqué. La nullité et/ou la duplicité d’un gouvernement d’incapables ou de médiocres qui néglige les petites communautés, les catastrophiques effets de foule dans une population, ou la manque de vision à long terme reviennent fréquemment. Malgré tout les romans restent optimistes, et on sent de la tendresse pour le commun des mortels.

Syzygie tire son nom d’un phénomène astronomique. En l’occurrence une conjonction des six lunes d’Arcadia, paisible planète colonisée depuis des décennies mais encore très rurale. La précédente conjonction, 52 ans plus tôt, avait donné lieu à de nombreuses violences. Dans ce monde manifestement ni informatisé ni connecté, la mémoire collective de l’événement reste étonnamment floue.

Ces phénomènes réapparaissent avec la nouvelle conjonction, avec de nombreux phénomènes écologiques bizarres. Pourquoi les villageois se querellent-ils violemment ? Comment est morte la fiancée du héros (un scientifique un rien misanthrope, donc l’observateur détaché idéal des mouvements de foule et leur cible favorite), quelques temps auparavant ? Comment réagir face à une intelligence extérieure qui n’a jamais côtoyé d’autre intelligence ? (Ça m’a fait penser à la distinction raman/varelse de Orson Scott Card dans les suites de la Stratégie Ender).

Roman assez court, à conseiller à tous y compris vos ados.

dimanche 17 juillet 2016

Les mythes du terrorisme (Michael Shermer)

Histoire de relever le désastreux niveau médiatique après les tragiques attentats de Nice, voici le résumé de Myths of terrorism, un article de 2015 de ma revue américaine préférée, Skeptic, avec une vision assez américaine mais sur une longue durée du terrorisme en général. (Remarques personnelles en italique.)

Michael Shermer (ex-fondamentaliste chrétien passé chef de file des sceptiques) a pour conviction que l’humanité, contrairement aux apparences, s’améliore, et en tient pour preuve l’avancée des droits des minorités et le nombre décroissant de meurtres et autres massacres sur le long terme. (Un exemple extrême et récent cité par ces gauchistes du Figaro : deux tiers d’homicides en moins à Paris en vingt ans ; sur une tendance plus globale en France, voir la Voix du Nord).

On lui oppose souvent le contre-exemple du terrorisme, apparemment une régression majeure. Mais même cela est sur la pente descendante, et en fait noyé dans le bruit statistique des décès (malgré le bruit médiatique). Alors, pourquoi en avons-nous tant peur ?

Le terrorisme est une attaque par des entités non étatiques contre des non-combattants, et vise à faire régner la terreur — et à empêcher tout raisonnement rationnel. Shermer tient à faire rendre gorge à sept mythes :

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« Pour la Science » n° 464 de juin 2016

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Je sais, je suis en retard. Petit numéro sans grand-chose de passionnant à retenir pour moi.

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mercredi 6 juillet 2016

Nathalie Henneberg

Ma revue de SF préférée, Galaxies, a sorti un dossier sur Nathalie Henneberg, et ça n’a pas raté : je relis en rafale tous les tomes que j’ai sous la main (en bonne partie hérités de mon père, car la dame est peu republiée depuis ma naissance, hélas !).

N_Henneberg_La_Plaie.jpgElle était exactement le genre d’auteur entre deux mondes (on dit aussi « le cul entre deux chaises » ) que j’aime en ce moment : Nathalie Henneberg n’est pas née française mais russe, s’est réfugiée en Syrie après la Révolution de 1917, et a épousé un militaire français, témoin de la Seconde Guerre Mondiale.

Elle mélange allègrement romantisme, souffle épique et fatalité slaves, éléments rationalistes plus occidentaux et science-fiction de l’époque « fusées et fulgurants ». Elle détonne dans le monde très rationnel de la SF du XXè siècle.

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vendredi 24 juin 2016

Canicule & discrimination

La canicule revient, et avec elle une pénible discrimination de notre société.

Pendant que ces dames peuvent en général réduire et raccourcir textiles et chaussures jusqu’aux limites autorisées par la décence élémentaire, nous autres hommes de bureau sommes contraints par la pression sociale, le management, nombre de règles plus ou moins écrites, voire la fashion police, au pantalon long, aux chaussures fermées, donc aux chaussettes, voire aux chemises à manche longue. J’ai une pensée pour ceux condamnés à porter en sus une cravate par 40°. [1]

Écologiquement c’est un non-sens, à cause de besoins en climatisation supplémentaires par rapport au triptyque tee-shirt/short/sandale que la plupart d’entre nous adoptent spontanément chez eux.[2]. Le confort puis la santé pâtissent de l’écart important avec la température extérieure. Je ne parle pas des bus, du métro ou de la voiture, étouffants quand on est trop vêtu.

Nous sommes le pays de la mode : qu’attendent nos couturiers pour s’inspirer du meilleur du kilt, de la djellaba, du boubou, de la toge puis lancer tout un nouveau marché de vêtements d’été pour hommes !

Notes

[1] Et j’hallucine quand je vois des costards-cravate dans des pays tropicaux.

[2] Surtout dans mon bureau, où nous ouvrons les fenêtres pour éviter de geler mais le cas est extrême.

dimanche 5 juin 2016

Copernic, Matière noire, Amazonie, π : « Pour la Science » n°463 de mai 2016

Pour la Science n°463 Mai 2016 Un bon petit numéro plus passionnant pour les chroniques que pour les articles de couverture.

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jeudi 24 mars 2016

“SQL Performance explained” (« SQL : au cœur des performances ») de Markus Winand : indexer sa base de données

(Si vous ne savez pas et ne voulez pas savoir ce que sont le SQL, les bases de données et les index, ce qui suit ne vous intéressera pas.)

MarkusWinand_SQLPerformanceExplained.jpgJ’ai beaucoup apprécié ce livre, mais je commencerai par un reproche courant sur son titre : il ment ! Markus Winand ne parle pas des performances des requêtes SQL à proprement parler, mais se concentre quasi-exclusivement sur les index. Son principe : une bonne indexation est la clé des performances. C’est parfaitement vrai, mais ceux qui s’intéressent aussi à la répartition de la mémoire entre SGA et PGA sous Oracle, à la fragmentation de leurs tablespaces, à la distribution des fichiers sur des disques de rapidité différente, à l’utilité des clusters, au maniement des T-SQL et PL/SQL... seront frustrés.

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samedi 19 mars 2016

Boson de Higgs et biocarburants à base d’algues : « Pour la Science » de Septembre 2012

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Chouette, il ne sera pas trop tard pour celui-là. Trois ans et demi après, je m’aperçois que la planification a échoué. Bah, la bonne science reste intemporelle [1].

Comme d’hab, j’italique mes commentaires et impressions conscients, les caractères normaux n’incluant que mes biais inconscients.

Note

[1] J’ai de très vieux Science & Vie à la cave à chroniquer à l’occasion.

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dimanche 13 mars 2016

Acalien, Rhéno-champenois ou Néo-austrasien ? De la difficulté de nommer une région sans unité

J’étais peut-être précurseur en parlant de ma « bonne ville d’Austrasie » dans un billet il y a presque dix ans.

Rappel pour mon lectorat non-acalien : sur ordre de Paris, selon un processus bâclé sur lequel je ne m’étendrai pas pour rester calme, et en tout cas sans aucune initiative locale, Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne sont depuis le début de l’année fusionnées en une seule région, provisoirement nommée ACAL.

Cette région n’a aucune unité, est séparée par un grand vide au milieu et n’a pas de précédent historique (on y reviendra). La capitale, Strasbourg, totalement excentrée, a été imposée lors des tractations parisiennes [1] : les Lorrains, en position centrale, peuvent se sentir floués. En tant que Strasbourgeois, cela m’arrange, mais j’ai été Lorrain [2]. Quant aux Champenois et Rémois, qui sont plus dans l’orbite de Paris [3], j’ai lu qu’il craignaient de se faire phagocyter par les autres régions plus peuplées et nettement plus riches.

Notes

[1] Peut-être pour éviter une demande alsacienne de rattachement à l’Allemagne. Ou pour éviter de donner un argument de plus aux opposants du Parlement européen à Strasbourg.

[2] Tout ça par migration et pas de naissance.

[3] Disons la ceinture de Kuiper de Paris...

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lundi 7 mars 2016

Réponses scientifiques à des questions absurdes : “What If?” de Randall Munroe

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mercredi 2 mars 2016

Planète X, perte d’audition, vaccins, conscience informatique, vie & complexité : « Pour la Science » n°461 de mars 2016

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Numéro passionnant sur plein de sujets, et en plus il devrait être en kiosque quand ceci paraîtra.

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dimanche 28 février 2016

Génie par accident, astronomie des neutrinos : Pour la Science n° 460 de février 2016

J’aurais dû publier ça plus tôt. Comme le prochain est déjà lu, on va résumer en vitesse (sans me priver de commenter, comme d’hab’) :

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Les génies par accident

Des gamin devenus dieu de la mécanique, génie de la musique ou compteur génial après une balle dans la tête ou une méningite ; des adultes dans la force de l’âge victimes d’hémorragie cérébrale ou d’un choc grave transformés en artiste au point de pouvoir en vivre : c’est le syndrome du savant acquis. Il y a assez de cas documentés pour mériter une étude. Le recâblage du cerveau après la lésion améliorerait le fonctionnement de certains régions.

Les maisons de retraite sont également pleines de talents artistiques qui se dévoilent à mesure que s’installe une certaine forme de démence (liée uniquement aux lobes frontaux). La levée de certaines inhibitions libéreraient certaines qualités dormantes. Sans compter certains handicapés socialement inadaptés aux capacités hors norme (Rain Man).

Évidemment se pose la question de la transposition du phénomène à des gens sains : la simple stimulation par courant électrique du lobe temporal antérieur droit fait exploser les résultats à un test cognitif.

La recherche sur le fonctionnement du cerveau en phase de création continue — mais les outils ne permettent pas (encore) d’étudier finement un artiste en pleine action.

Didier Nordon

Voir la semaine dernière pour la remarque sur l’originalité dans la recherche.

Autres remarques à discuter :

« L’homme ne se nourrit pas que de pain : il lui faut aussi de la difficulté. Quand une question facile se pose, il n’a de cesse d’imaginer comment la transformer en questions de plus en plus difficiles. S’il parvient à en formuler une qui soit carrément inextricable, là, il connaît enfin le bonheur. »

« Personne n’a peur d’un faisceau lisse, d’un schéma formel ou d’une tour de corps de classe — sauf ceux qui savent de quoi il s’agit. (...) Tout le monde a peur du dioxyde de titane, de l’acide malique ou du citrate de calcium — sauf ceux qui savent de quoi il s’agit. »

À ce propos, se rappeler que le monoxyde de dihydrogène reste un poison mortel scandaleusement méconnu.

Les neutrinos

Il m’avait déjà fasciné dans le numéro de juillet dernier : IceCube, constitué de milliers de détecteurs noyés dans un kilomètre cube de glace au Pôle Sud, est en fonction. Les neutrinos ont l’intérêt de ne pas interagir avec la matière, donc proviennent en ligne droite des événements qui les ont créés. Exceptionnellement ils daignent percuter directement le noyau d’un atome d’IceCube et génèrent une flopée d’autres particules dans une traînée d’un kilomètre de long (!!) qui permet de définir très précisément leur origine. Il faut filtrer ceux qui sont générés sur Terre (par les rayons cosmiques) ou le Soleil.

La provenance d’une poignée de neutrinos à haute énergie venant de l’espace profond, enfin prouvée, reste énigmatique : supernovas, sursauts gamma ? Des hypothèses exotiques évoquent même la désintégration de l’hypothétique matière noire de l’univers. En attendant, le centre de notre galaxie est un gros émetteur.

Suivent d’autres considérations théoriques sur l’oscillation de leur saveur (liée au fonctionnement interne du Soleil), et la masse du neutrino (capitale pour les scénarios de formation des galaxies). D’autres détecteurs sont en projet et c’est encore une nouvelle page de l’astronomie qui s’ouvre.

La maladie de Lyme

Elle est trop peu connue des médecins en France, surtout hors du nord-est, et sa détection est délicate : nous ne nous apercevons pas toujours que nous avons une tique ; la tache rouge symptôme de l’infection peut passer inaperçue si même elle apparaît ; les symptômes (fatigue, douleurs, problèmes neurologiques...) sont très généraux ; les tests ne cherchent pas forcément toutes les espèces des bactéries responsables, et les laboratoires ne savent pas eux-mêmes quel test teste quoi, d’où des tests faussement négatifs. Bref, il y a des progrès à faire mais pas mal de monde va encore souffrir pendant des années sans savoir pourquoi... Après la phase d’incubation, la guérison est beaucoup plus difficile.

80% du « pathobiome » (virus et bactéries (j’adore ce mot)) transmis par les tiques est encore inconnu ! Des tests ADN existent, mais paradoxalement uniquement en médecine vétérinaire, aux normes moins strictes que pour les humains.

L’exploitation de l’espace

Le Traité de l’Espace de 1967 interdit aux États de réclamer la propriété de la Lune ou de toute autre astre — sage décision en pleine Guerre Froide. Les Américains viennent pourtant de permettre et encourager l’exploitation des ressources par des entreprises privées : après tout il ne s’agit pas de prise de possession par un État.

Ceux qui iront là-bas les premiers poseront les règles du jeu. Ça me rappelle de vieux livres de SF sur la conquête privée de l’espace, à commencer par l’Homme qui vendit la Lune, du génial et regretté Robert Heinlein. On parie que vont se rejouer dans l’espace toutes les phases du développement terrestre : guerres privées, esclavage... ?

Divers

  • Des chercheurs de Rouen ont identifié une des protéines émises par des bactéries de nos intestins et qui provoquent la satiété. Nous vivons bien en symbiose avec elles...
  • Grâce à la déformation de l’espace-temps induite par un amas d’étoile, une supernova détectée par Hubble en 2014 a été à nouveau détectée en décembre ! Le cosmos aussi a une fonction Replay...
  • Des chercheurs d’Oxford ont montré que plus il y a d’intervenants dans une blague, moins elle est drôle : nous peinons à suivre les états mentaux des protagonistes.
  • La testostérone serait une cause des différences de performance en navigation spatiale et en orientation entre les sexes.
  • Les Indiens d’Amazonie pratiquent le « tapirage » : ils obtiennent des oiseaux au plumage particulier en leur arrachant des plumes et en enduisant celles qui repoussent de diverses décoctions. Cet art disparaît rapidement en même temps que les Indiens...
  • Le militantisme par Internet est beaucoup moins efficace que la manifestation physique classique. Cependant, les restrictions des libertés actuelles pour raisons de sécurité pourraient mener à un accroissement de l’action militante sur le web, à commencer par les pétitions.
    Mouais. Ça fait bien vingt ans qu’on nous promet ça. Entre signer une pétition en ligne et agir plus concrètement, il y a un gouffre que 99% des gens ne franchiront pas. Pour des gouvernants en mode je-me-fiche-ce-que-le-peuple-pense, ou (plus courant sans doute) je-n’écoute-que-mon-camp, ça ne va pas changer grand chose. Et à l’inverse il y a risque de ne gouverner qu’en réagissant aux bulles médiatiques sur Facebook.
  • Pourquoi ne peut-on pas dire que le Soleil tourne autour de la Terre, sachant qu’un référentiel fixé sur la Terre est tout aussi valide qu’un référentiel fixé sur le Soleil ? (Dans ma folle jeunesse, j’avais écrit un programme de simulation de la gravitation : j’adorais fixer l’origine sur la Terre et voir les autres planètes décrire des boucles). Les réponses « Tout le monde le sait » ou « les autres planètes tournent aussi autour » ne sont pas valables.
    Une réponse : stricto censu, Soleil et Terre tournent en fait autour d’un centre de gravité commun... qui est bien dans le Soleil.

samedi 20 février 2016

La recherche...

Research is to see what everybody has seen and think what nobody has thought.

« La recherche consiste à voir ce que tout le monde a vu, et à penser ce que personne n’a pensé. »

Albert Szent-Györgyi, Bioernegetics, 1957, p.57

Citation présentée par Didier Nordon dans le dernier Pour la Science. Il ajoute :

« Reste que porter un regard neuf sur un objet connu est sans doute un exploit de plus grande valeur qu’analyser un objet neuf selon des procédures connues. »

Et que cela ne vaut pas qu’en science, mais aussi en philosophie (technique du faux naïf), en littérature...

Certes, mais (pour en revenir à la science seule), chercher à voir des choses que personne n’a vues est l’autre moitié du métier. Le même numéro de Pour la Science décrit les détecteurs de neutrinos, une nouvelle porte sur la comoslogie ; et le web bruisse encore de la détection des premières ondes gravitationnelles. Y a-t-il plusieurs sortes de recherche ? La partie la plus noble et difficile (interpréter, réinterpréter le connu, penser ce que personne n’a pensé avant), et la partie de ceux qui essaient d’aller là où personne n’est allé avant ? Et bien sûr complémentaires.

dimanche 31 janvier 2016

Les snipers, Shanghai 1937, les mousses de la Royal Navy, la bataille de Kosovo (« Guerres & Histoire » n°28 de décembre 2015)

Résumé d’un numéro avec quelques sujets peu connus (en italique mes impressions) : Guerre_et_Histoire_28.jpg

Les snipers

L’Antiquité utilisait massivement lances et flèches, mais le Moyen-Âge devint la grande époque du combat rapproché, et depuis la frappe à distance a toujours traîné une mauvaise réputation : déloyauté, lâcheté, plus tard volonté réelle de tuer et non de se fondre dans la masse de l’armée...

Les chevaliers méprisaient les archers, les arbalétriers puis dédaignèrent les armes à feu. Pourtant utilisés dès que possible pour leur efficacité, les snipers retournent dans l’obscurité et l’ignorance des États-majors après chaque guerre. Jusqu’à l’URSS qui met en avant ses snipers féminines pendant la Seconde Guerre Mondiale, et l’époque actuelle qui exige efficacité, professionnalisme et précision. Les biographies et entretiens sont glaçants.

Shanghai 1937

L’armée japonaise avait conquis la Mandchourie et prévoyait ensuite d’envahir la Sibérie (ce sera un désastre). La Chine (en pleine guerre civile pourtant) ne lâche pas l’affaire. Pékin tombe sans combat car les Chinois veulent piéger les Japonais à Shanghai, sous le nez des Européens des concessions, en espérant les voir intervenir — ils se contenteront, horrifiés, de compter les points.

Sous-équipés mais plus nombreux, les Chinois réussissent un temps à piéger les Japonais. Ceux-ci envoie renforts sur renforts. La bataille de rue impitoyable et meurtrière annonce Stalingrad, avec un quart de million de morts au total : c’est la plus sanglante bataille d’Asie.

Si les Japonais finissent par l’emporter, et peuvent prendre ensuite la capitale ennemie (Nankin), leur rêve d’une victoire définitive disparaît. Le gouvernement nationaliste chinois a certes inutilement sacrifié le noyau dur de son armée mais il a pu replier usines et administration, et il ne s’effondre pas. Les Japonais ne sortiront jamais du bourbier chinois, et un historien japonais est d’avis que le Japon a perdu la guerre à Shanghai et non dans le Pacifique. (Finalement, le parallèle avec l’échec allemand en URSS est frappant.)

La Guerre du Rif

...ne dit sans doute rien au Français moyen actuel. Dans les années 20, un indépendantiste berbère tient plusieurs années la dragée haute aux Espagnols, Français et Marocains. Pour faire plier Abd el-Krim, il faudra dégainer l’artillerie lourde et des centaines de milliers d’hommes — dont Franco et Pétain.

Les mousses de la Royal Navy

Il ne doit pas y avoir beaucoup d’abominations pires pour nous que l’exploitation d’enfants de dix ans dans des situations dangereuses comme le travail dans des voilures sans sécurité, agrémenté d’affrontements militaires parmi les pires qui soient. Et pourtant, cela faisait partie du quotidien de toutes les flottes militaires il y a deux ou trois siècles. En premier lieu, dans la Royal Navy.

Cela ne choquait pas, à une époque où l’on pouvait être pendu pour vol à 7 ans, et où la marine pratiquait le recrutement forcé. Conséquence : la discipline était de fer, et on n’apprend pas à nager à des marins qui pourraient ainsi s’enfuir !

Utilisés dans les gréements ou comme porteur de poudre, les enfants sont exposés aux chutes mortelles, au dangereux recul des canons, aux éclats de bois meurtriers suite aux boulets reçus... L’amputation est courante.

Paradoxalement, cette situation n’était pas si atroce comparée à d’autres. La Navy nourrit bien ses équipages, par souci d’efficacité, ce qui est améliore les perspective de croissance. Apprendre un métier est possible. Les équipages sont souvent soudés. La paye est meilleure que celle des domestiques ou des enfants ouvriers. L’alternative serait souvent une misérable vie monotone dans un village, sans perspective dans ces sociétés figées d’Ancien Régime.

La bataille de Kosovo Polje, mythe fondateur de la nation serbe

En 1389, l’armée serbe se serait fait écraser par les Ottomans au Kosovo. Le roi Lazar, tué, aurait été trahi par son allié et gendre Vuk. Sous l’occupation ottomane, l’histoire sera utilisée pour cimenter les Serbes. Bien plus tard, Milosevic s’appuiera sur cette histoire pour réaffirmer que la région de la bataille, le Kosovo, entretemps peuplé surtout d’Albanais musulmans, est bien serbe ; et cela finira sous les bombes de l’OTAN en 1998-99. Le statut du Kosovo reste encore mal défini...

L’article voit les choses autrement : la victoire turque n’est pas certaine, ne serait-ce que parce que le sultan lui-même y est assassiné, et que son fils doit retourner rapidement à Constantinople. Les sources contemporaines de pays voisins sont ambigues. La désertion de Vuk résulte peut-être d’un accord avec son beau-père pour préserver l’avenir en cas de décès de Lazar, et d’ailleurs Vuk tombera plus tard face aux Turcs alors que tant d’autres Serbes se sont soumis. Kosovo ne serait qu’une bataille sans grande importance sur le long terme, quel que soit le vainqueur, mais l’histoire a été ressassée, réécrite... bien des fois dans les siècles suivants et par les deux camps. Pas facile de trouver la vérité sur un thème si chargé émotionnellement pour les Serbes.

Divers

  • L’entretien du mois concerne Roger Ludeau, un habitant de la Nouvelle-Calédonie, engagé en 1940 dans les Forces Françaises Libres et combattant de la bataille de Bir-Hakeim (premier fait d’arme de la France libre). Intéressant, aussi bien pour ses motivations que pour le résumé des combats.
  • En 1983 les Soviétiques (en particulier Andropov, paranoïaque comme tout bon chef de service d’espionnage) auraient vraiment cru que les manœuvres de l’OTAN masquaient une attaque massive.
    (Je me souviens qu’à l’époque les journaux au contraire décrivaient ce qui se passerait en cas d’attaque par une Armée Rouge très supérieure en nombre — allez savoir quelle était la part de manipulation, propagande militariste, auto-intoxication là-dedans...)
    Reagan, abasourdi, aurait écrit dans son journal intime « Que diable pensent-ils posséder que nous puissions décemment convoiter ? » (Remarque arrogante : un Russe aurait noté que l’Allemagne a quand même envahi une URSS encore sous-développée en 1941...)
  • Un siècle après, la pollution des obus de Verdun perdure : elle a récemment entraîné la destruction du blé et du lait de plusieurs fermes.
  • Dans la cavalerie, doit-on préférer la lame courbe ou la droite ? Le débat a perduré jusqu’à la disparition de cette arme. En très résumé, les lames courbes, moins meurtrières mais d’un emploi plus naturel, seraient plus adaptées aux escarmouches et dérobades lors de reconnaissances. La cavalerie lourde évoluant en formation serrée pour écraser l’ennemi préférera la lame droite. L’origine, l’histoire et la tradition de chaque corps a cependant beaucoup joué sur la forme de leur arme.
  • Les ponts Bailey en kit étaient des merveilles d’ingénierie : légers, simples, pas chers, montés en deux heures. Grâce à eux, les armées alliées ont pu déferler sur l’Europe en 1944 sans se faire arrêter par quelques rivières. L’armée française en a encore monté quelques-uns en Afrique tout récemment. Donald Bailey, comme Alan Turing, fait partie de ces obscurs génie sans qui nous n’aurions peut-être pas gagné la guerre, ou à un coût bien supérieur. (Scandale : il n’a même pas de page sur le Wikipédia francophone !)

mercredi 6 janvier 2016

Légendes & lasagnes culturelles : « Le Cycle du Graal » de Jean Markale

Jean_Markale_Le_Cycle_du_Graal_1.jpgJean Markale, dans les années 90, a entrepris une réécriture dans un style moderne de tout le Cycle du Graal : au total deux pavés de mille pages dans mon édition incluant la Table Ronde, les vies d’Arthur & Merlin, Lancelot & Guenièvre, Yvain, Gauvain, Galaad, Bohort, Viviane, Morgane, Tristan & Yseult et j’en passe beaucoup.

Un travail titanesque donc, surtout qu’il ne s’agit pas d’une simple réactualisation du style d’une mythologie « achevée », mais aussi de l’arbitrage, la fusion, la synthèse, l’harmonisation de plusieurs versions dans différentes langues d’Europe de l’Ouest écrites et traduites sur plusieurs siècles dans différents contextes religieux et politiques, leur compilation, leur mise en cohérence.

L’ensemble se présente sous la forme d’une suite de nouvelles pleines de digressions, aux ambiances parfois très différentes, reliées de manière un peu lâches, malheureusement souvent répétitives (il y a beaucoup de jeunes filles à sauver d’un infâme méchant auquel le preux chevalier fera mordre rapidement la poussière). C’est parfois très primaire et binaire, sauf peut-être vers la fin.

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Un gros patchwork culturel

Il ne semble pas que les universitaires aient beaucoup porté Markale dans leur cœur donc on prendra ses interprétations avec des pincettes, mais il reste malgré tout clair que le Cycle du Graal agrège :

  • des histoires issues de la mythologie celte, parfois si anciennes que l’on peut parler de chamanisme (notamment lors des transformation d’humains en animaux) ;
  • des légendes celtes, bretonnes, armoricaines, galloises, irlandaises, souvent pré-chrétiennes, agrégées au mythe parfois brutalement ;
  • une version historiquement peu correcte de l’invasion romaine et des Empereurs à l’époque de l’arrivée du Graal en Bretagne ;
  • des personnages historiques réels des alentours des années 475-500 : Arthur aurait été un chef de guerre celto-romain, ou une synthèse de plusieurs chefs ayant effectivement combattu les Saxons lors des Grandes Invasions, et des allusions montrent qu’il n’était pas très respectueux des biens de l’Église de l’époque ; Merlin aurait pu être un chef de tribu un peu plus tardif ; le poète Taliesin ; le roi Urien et son fils devenu le chevalier Yvain ; voire Lancelot / Saint Fraimbault ;
  • des histoires n’ayant pas forcément de liens avec le Graal à l’original ;
  • un vernis chrétien parfois très fin recouvrant à peine le fantastique celtique, parfois transposant des divinités celtiques en preux chevaliers (Lug / Lancelot) ou en magiciennes (Morgane), déplaçant l’Autre Monde celtique dans des royaumes imaginaires, ou transformant la quête du Graal originelle (sordide vengeance ? guérison d’une blessure du Roi Pêcheur dans ses parties sexuelles ?) en apologie de l’Eucharistie  ;
  • des réinterprétations médiévales du passé : Virgile passait pour un prophète ou un magicien ;
  • des ajouts par des moines choqués par l’immoralité de ces chevaliers querelleurs, parfois pillards ou lubriques : Perceval/Peredur puant trop la mythologie païenne, il est remplacé par Lancelot comme nouveau roi du Graal ; mais Lancelot, ayant cocufié Arthur avec Guenièvre, ne pouvait décemment pas être le Bon Chevalier gardien du Graal, il a donc fallu inventer son fils Galaad, personnage transparent et fade, arrivé comme un cheveu sur la soupe et très vite débarqué ; les autres amants de Guenièvre ont été (mal) gommés, et les femmes globalement rabaissées ; tout est fait pour rendre les amours interdites inévitables malgré les personnages (filtre d’amour pour Tristan & Yseult, substitution de femme pour Lancelot et Brisane/Elaine) et l’on montre qu’elles mènent à la catastrophe : la guerre finale vient de l’adultère de Lancelot & Guenièvre enfin révélé ;

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  • des réécritures à la mode de l’amour courtois par Chrétien de Troyes ou Robert de Boron, au top des playlists des trouvères et troubadours du XIIè siècle (en plein renouveau médiéval, à l’apogée de la féodalité et au plus fort des Croisades), et par bien d’autres dans tout l’Occident chrétien (Italie, Allemagne, Angleterre des Plantagenêts, cour d’Aquitaine...), qui ont lié, remixé à divers degrés et inséré au chausse-pied beaucoup d’histoires existantes, à commencer par Lancelot, et connecté le Graal et Jésus ;
  • des éléments typiques de la société médiévale telle que clercs et nobles l’idéalisaient : code de l’honneur chevaleresque, amour courtois, vassalité bien ordonnée, ignorance et mépris des vilains, assimilation des beautés physiques et morales, quelques mentions antisémites, un prosélytisme chrétien très agressif ;
  • des échos des remous de la société de l’époque, comme des piques envers les chevaliers pilleurs, ou une allusion de Chrétien de Troyes à l’exploitation des ouvrières dans le textile en Champagne (plus d’un demi-millénaire avant Marx) ; des relents de l’affrontement de Bouvines entre Philippe Auguste et l’Empereur allemand ; des traces de besoins d’affirmation du pouvoir des Plantagenêt (les versions de leur époque affirment qu’Arthur est bien mort, inutile d’attendre son retour d’Avalon).

De quoi/qui parle-t-on en fait ?

Ajoutons des confusions entre personnages : Arthur fait un enfant à sa sœur, mais est-ce Morgane ou Anne ? Perceval s’est vu dépouillé par Lancelot de bien des histoires. Combien de personnages, fées, sorcières, déesses différentes Morgane agrège-t-elle elle-même ? Et Viviane/Mélusine ? Et ne parlons pas de Merlin ! Markale a pas mal arbitré pour nommer les personnages.

Il y a même un mystère sur le concept même du Graal : chaudron ou corne d’abondance celtique pré-chrétienne, récipient du sang du Christ, vengeance, guérison symbolique, quête mystique de soi-même, tout cela à la fois ? Jean Markale a tranché pour la version chrétienne mais mentionne les autres interprétations.

Le Moyen Âge n’était pas une période rose

Certains traits médiévaux agacent. On fait peu de cas de la vie humaine. Les chevaliers s’entretuent à la moindre provocation, et le vainqueur épouse la femme du perdant trucidé (Uther Pendragon & Ygerne). Un sens de l’honneur disproportionné mène à des guerres fratricides et bien des morts inutiles. Les jeunes filles sont toutes les plus belles que l’on peut imaginer, à part une poignée de sorcières hideuses, dont la moitié se retransforment en magnifiques jeunes filles quand le jeune homme est chevaleresque.

En matière de religion, le niveau d’ouverture d’esprit approche celui de Daesh : qui ne se convertit pas est passé au fil de l’épée. Ces preux ne doutent pas un instant de l’aide de Dieu.

La misogynie règne : ces dames s’enflamment toutes pour un rien, parfois sans avoir vu le valeureux chevalier, n’ont d’yeux que pour les guerriers vainqueurs, sont hautement capricieuses (revers de la médaille de l’amour courtois) et ont souvent la cuisse légère. On sent que l’idéal de virginité avant le mariage et de monogamie n’est pas encore bien établi, et en tout cas allègrement ignoré par beaucoup. D’un autre côté, des personnages aussi exceptionnels ne peuvent avoir été conçus que de manière exceptionnelle, voire interdite : Merlin est fils d’un diable et d’une pieuse mortelle ; Arthur nait d’un adultère ; son fils maudit Mordret naîtra d’un inceste (dans les anciennes versions il n’ont pourtant aucune parenté.)

Jean_Markale_Le_Cycle_du_Graal_2.jpg

En creusant un peu

Les anciennes coutumes celtes surnagent et surprennent : le Graal n’est chrétien et médiéval que superficiellement.

Le couple Arthur/Merlin reprend la dualité roi/druide. Le roi n’est pas le moteur, juste le premier de pairs, et n’est pas le moteur de grand-chose dans toute la quête. Par tradition, il doit accorder presque à n’importe qui des « dons » sans savoir auparavant de quoi il retourne, d’où bien des dilemmes.

On répand des joncs pour accueillir les invités (normal pour des Celtes, mais le Moyen-Âge utilisait déjà les chaises). Les moines cisterciens ont laissé passer quelques allusions à des liens ouvertement homosexuels entre preux chevaliers (à la manière de la Grèce antique). Les références aux nuits de Walpurgis ou Samain abondent.

Les filiations celtiques sont plutôt matrilinéaires, il est donc normal que le neveu d’Arthur, Gauvain, soit son héritier. Les enfants sont confiés à d’autres familles pour être élevés. À la mode celtique, Lancelot ou Galaad ont été élevés par des femmes : chez la Dame du Lac pour le premier, chez des religieuses pour le second, plus tardif. On découvre que les femmes de l’époque se décoloraient déjà les cheveux en blond.

Quant aux mentions topographiques ou architecturales comme la forme des forteresses, elles remontent plus à l’Antiquité qu’à l’apogée du Moyen Âge.

Bref, un gros pavé pas très digeste, bien représentative de l’évolution culturelle occidentale, qui plaira aux fanas d’histoire.

Pour finir, une interview de l’auteur

samedi 2 janvier 2016

Bug de l’an 2016 strasbourgeois

Je mitonnais un papier sur le Graal pour l’année nouvelle, mais il attendra : la CTS (Compagnie des Transports Strasbourgeois) a inventé le bug de l’année 2016, et on ne peut plus valider son billet de tramway : http://www.dna.fr/actualite/2016/01....

« Les composteurs[1] sont victimes d’un problème de codage, “certainement dû au passage de l’année 2015 à 2016”, indique la responsable de la communication de la CTS. »

Pour la correction, il faudra attendre qu’un « prestataire » intervienne (encore une compétence critique sous-traitée...).

On notera le côté téléphone arabe : combien de niveaux entre ledit prestataire et la responsable de la communication (forcément spécialisée en novlangue et dissimulation de problèmes sous le tapis) ? Il n’y a aucun détail technique, et ni le site des actualités de la CTS, ni leur Facebook ni leur Twitter [2] ne sont plus fournis

Hypothésons faute de mieux :

  • un bug sur 2016 est plus plausible que 2015 ou 2017 : 16 = 2 ^ 4, ce qui impliquerait que l’année soit codée ici sur un demi-octet et qu’il y a eu dépassement, donc retour en 2000 ;
  • il est tout de même étonnant qu’après tout le foin autour du Bug Y2K on retrouve ce genre de problème : pour ma part, je ne vois plus aucune date stockée dans une base de données sans ses quatre chiffres ;
  • d’un autre côté je n’ai aucune compétence dans le domaine des composteurs et cartes magnétiques, où la place coûte plus cher et où règnent peut-être des normes antédiluviennes ;
  • ce qui n’excuserait pas que les concepteurs/mainteneurs aient laissé passer un problème de ce calibre ;
  • mais depuis quinze ans, mine de rien, pas mal de stagiaires ont grandi sans avoir été traumatisés par le Bug — ça promet pour 2038 ou 2100 !
  • Reste la possibilité de l’enfumage (de la part de n’importe quelle personne dans la chaîne), un bug de 2016 paraissant plus plausible pour la communication que « zut, personne ne surveillait les serveurs pendant le réveillon, ça a planté, et maintenant il va falloir appeler le prestataire auquel on n’a pas voulu payer l’astreinte »[3]

Dernière minute : bug aussi à Londres ! Impossible de savoir si le fournisseur est le même...

PS : Bonne année à mon lecteur, s’il est encore là !

Notes

[1] Les machines à composter les billets, pas les bacs pour déchets putrescibles.

[2] Oui, je me mets enfin aux technologies hype en 2010.

[3] Cette hypothèse pue la mauvaise foi — symptôme d’exaspération d’un contribuable...

jeudi 3 décembre 2015

« Nous allons mourir, et cela fait de nous les veinards... »

“We are going to die, and that makes us the lucky ones. Most people are never going to die because they are never going to be born. The potential people who could have been here in my place but who will in fact never see the light of day outnumber the sand grains of Sahara. Certainly those unborn ghosts include greater poets than Keats, scientists greater than Newton. We know this because the set of possible people allowed by our DNA so massively outnumbers the set of actual people. In the teeth of these stupefying odds it is you and I, in our ordinariness, that are here. We privileged few, who won the lottery of birth against all odds, how dare we whine at our inevitable return to that prior state from which the vast majority have never stirred?”

Nous allons mourir, et cela fait de nous les veinards. La plupart des gens ne mourront jamais parce qu’il ne naîtront jamais. Les personnes potentielles qui auraient pu être là à ma place mais en fait ne verront jamais la lumière du jour sont plus nombreuses que les grains de sable du Sahara. Ces fantômes non nés comprennent certainement des poètes plus grands que Keats, des scientifiques plus grands que Newton. Nous savons cela parce que l’ensemble des personnes possibles permises par notre ADN dépassent si massivement l’ensemble des personnes réelles. En dépit de ces probabilités stupéfiantes c’est vous et moi, dans notre banalité, qui sommes là. Nous les quelques privilégiés qui avons gagné la loterie de la vie contre toutes les probabilités, comment osons-nous nous plaindre de notre inévitable retour à cet état précédent dont la majorité d’entre nous ne s’éveillera jamais ?

Richard Dawkins, Unweaving the Rainbow (Les Mystères de l’arc-en-ciel), 1

Selon Wikiquote, Dawkins, athéiste militant, a demandé à ce que ce texte soit lu à ses funérailles.

J’ai trouvé cette citation reprise dans The Greatest Show On Earth, long et épique morceau de clôture d’ Endless Forms Most Beautiful , dernier opus du bruyant et finlandais groupe de métal symphonique Nightwish [1].

Note

[1] Album que j’ai une méchante tendance à écouter en boucle depuis quelques semaines, alternant à peine avec un ou deux albums précédents et le dernier Within Temptation.

dimanche 29 novembre 2015

Vous avez regardé le code source de Google.com récemment ?

C’est l’inépuisable XKCD qui a attiré mon attention là-dessus. La page web ultra-minimaliste des débuts fait à présent 20 ko (l’équivalent de 20 pages d’un livre, oui), est constitué apparemment de scripts divers, sans espace inutile et aux noms de variables minimalistes pour réduire la taille (qui doit être dans le cache de milliards de navigateurs et proxys) et obfusquer le code ; de styles CSS inclus dans le HTML pour ne pas avoir à charger des scripts externes ; de parties dédiées à la pub ; de code de gestion des cookies pour espionner l’utilisateur.

Je suis déçu : le nouveau logo est une image de 5 ko (sans doute elle aussi un des éléments artistiques les plus dupliqués de toute l’histoire humaine), pas un bout de code informatique.

Tim Berners-Lee avait-il prévu cela quand il a créé le web ? À l’époque, le code HTML, il se le paluchait à la main et ça mettait longtemps à voyager dans des modems à 28,8 kbps. La page aurait mis au moins trois secondes à s’afficher sur les réseaux de 1995. Je n’arrive pas à retrouver un exemple de la vieille page d’Altavista de 1998, bourrée de pubs et informations (c’était la mode des portails). Les plus jeunes ici ne se souviennent pas du choc que Google, simplissime et effroyablement rapide à charger, a représenté à cette époque.

jeudi 26 novembre 2015

Hannibal, les Noirs dans l’armée américaine & les Taipings (« Guerres & Histoire » n°27)

Résumé express des points principaux de ce dernier numéro :

Hannibal

Guerre_et_Histoire_27.jpg

Pendant la deuxième Guerre Punique, le Carthaginois Hannibal a infligé des défaites colossales à Rome. Après Cannes notamment, les Romains se retrouvèrent dans l’équivalent pour la France du cumul des pertes démographiques de 14-18 en combattants disponibles, du désastre stratégique de juin 1940 et de la décapitation de l’élite militaire suite à Azincourt. Pourtant Rome s’est relevé et a gagné. Pourquoi ? En résumé :

  • Hannibal a renoncé à prendre Rome sur le champ et a continué à guerroyer ailleurs en Italie, un mystère matière à deux millénaires de discussions. En fait, son armée n’avait pas les moyens matériels pour le siège d’une ville aussi bien fortifiée. De plus, d’éducation grecque, Hannibal cherchait à négocier en position de force plutôt qu’à anéantir son ennemi. Les Romains étaient par contre prêts à aller jusqu’au bout. Les deux camps ne jouaient pas la même guerre !
  • Grâce à la démographie italienne, Rome avait une grande réserve de troupes culturellement assez proches et a pu remonter une armée motivée. Tandis que l’armée d’Hannibal, hétéroclite et pleine de mercenaires, s’est usée le long de la route malgré les victoires.
  • Nombre d’alliés plus ou moins contraints de Rome, notamment les Grecs du sud de l’Italie, ont repris leur liberté et ont rallié Hannibal... ce qui paradoxalement a constitué un handicap pour lui : ces cités ont repris leur bonne vieille tradition de se trucider entre elles et demandé de l’aide sans en apporter aucune (comme quoi la pax romana était aussi un atout de Rome).
  • Rome contrôlait les mers : les marins carthaginois étaient d’abord des marchands. D’où la traversée des Alpes.
  • Carthage s’est toujours méfié de ses propres généraux : Hannibal n’a pas eu les renforts demandés.
  • Au contraire, Rome a puisé dans ses dernières réserves, démographiques mais aussi financières.

L’historien Giovanni Brizzi conclut que Rome est devenue un Empire lors de cette guerre : le traumatisme l’a poussée aux guerres préventives. Au contraire, Carthage victorieuse n’aurait pas eu la mentalité nécessaire pour créer un véritable empire intégrant ses alliés et anciens ennemis.

La Révolte des Taiping

Au milieu du XIXè siècle, la Chine déjà humiliée par les Guerres de l’Opium voit apparaître une insurrection menée par un illuminé se prétendant le frère cadet de Jésus-Christ. À la différence de la plupart des nombreuses insurrections paysannes chinoises, celle-ci s’étend jusque Nankin et fonde un quasi-État, basé sur le rejet du confucianisme déjà ébranlé par des mutations sociales, des idées d’inspiration communiste, l’égalité hommes-femmes (mais dans la séparation)... du moins en théorie.

Jusqu’à ce que la dynastie des Qing se reprenne, réforme l’armée avec le soutien occidental, et que les insurgés s’affaiblissent sous le poids de leurs contradictions, on comptera 20 à 25 millions de victimes (guerres, épidémie, anarchie...) : un tarif de guerre mondiale.

L’article conclut que les dirigeants chinois ont tiré des leçons différentes des Occidentaux de cette guerre : au lieu de libéraliser la religion, il faut écraser dans l’œuf toute secte un peu illuminée.

Alfred Liskow

Triste histoire que celle d’Alfred Liskow : en 1941, ce soldat et communiste allemand a déserté pour avertir l’URSS de l’attaque imminente. Contrairement à d’autres transfuges, il n’a pas été abattu sur le champ comme provocateur (Staline niait jusqu’à l’absurde tous les signaux indiquant une attaque imminente), mais a vite été utilisé par la propagande soviétique comme un « bon Allemand ».

Puis il disparaît : il n’avait plus sa place quand la propagande est devenue ouvertement patriotique et moins internationaliste, et il se serait fâché avec un influent exilé communiste étranger. On ne sait où il est mort, et les procès-verbaux de la Gestapo ou du NKVD, évidemment suspects de faire pression sur les témoins, ne permettent guère de faire la lumière sur sa personnalité.

Les Noirs dans l’armée américaine

Si les Noirs sont surreprésentés dans l’armée américaine actuelle, ils en ont souvent été exclus, en tout cas des troupes combattantes, jusqu’après la Seconde Guerre Mondiale. Les expériences de troupes noires ponctuelles mais continues, depuis les Guerres d’Indépendance et de Sécession, sont systématiquement limitées voire étouffées par un encadrement resté désespérément raciste.

Un des facteurs d’évolution : la présence des troupes noires pendant deux guerres dans une France sans doute raciste mais pas ségrégationniste et accueillante. Après bien des pressions politiques, l’égalité de traitement au sein de même unités ne remonte qu’au Vietnam. Ils restent sous-représentés parmi les officiers, même si Colin Powell a montré que le commandement suprême leur était accessible.

(Remarque personnelle : en général une puissance impériale ne se prive pas d’utiliser comme chair à canons ceux qu’elle voient comme sujets ou inférieurs, comme la France en 14-18 et ses troupes noires. Bizarrement les Américains ont longtemps refusé de toucher à cette réserve, préférant envoyer uniquement des Blancs à la boucherie. Le racisme est d’une bêtise crasse.)

jeudi 19 novembre 2015

Batteries & obsolescence programmée

Nous avons une tablette Asus (ME173X) dont la batterie semble donner des signes de faiblesse. Elle n’a pas deux ans, mais il semble que les batteries de mobiles et tablettes ne durent jamais plus longtemps... Tablet, by franklevel, openclipart.org

Une recherche sur Internet fait peur, certains la vendent 125 € (à comparer aux 150 € d’achat !).

Je téléphone à la FNAC : après tout ça avait été acheté chez eux... mais la garantie n’était d’un an (tiens, je croyais que c’était obligatoirement deux ans de nos jours). Découvrir le numéro du SAV sur leur site ne fut pas simple (j’ai échoué et  ; se plaindre ensuite sur « Donner votre avis » finit par une erreur de création de compte), mais je suis stupide de ne pas avoir demandé à Google plus tôt. Le monsieur au téléphone est incapable de m’aider, il faut que j’aille en magasin, en centre ville. Je n’ai que ça à faire.

On va tenter Darty et son SAV. Trouver le numéro est plus facile, mais le résultat encore plus pitoyable : après le robot qui me demande de dire « SAV » ou « tablette », un être humain me donne un numéro de téléphone où on pourra me dépanner, en 0892. « C’est pas surtaxé ? — Non non, c’est au tarif local. » Incompétence crasse, mépris du client qui pose une question pas triviale dont on veut se débarrasser pour diminuer sa durée moyenne d’appels, ou mensonge délibéré ? C’était bien du 2 francs la minute, tout ça pour arriver... au standard générique de Darty. J’ai laissé tomber. J’avais eu une meilleure expérience pour des pièces détachées d’aspirateur. Fnac et Darty vont fusionner, ça promet.

Sur le site d’Asus, il n’y a rien en terme de batterie, juste des tablettes neuves, des pochettes... à marge confortable. Je trouve tout de même un numéro de téléphone, et un être humain me renvoie vers trois sites différents : leur « shop » (inutile) ; un revendeur qui ne reconnaît pas la référence ; enfin un site suédois basique mais apparemment efficace, à des prix moins délirants (50 € avec port, tout de même). Par contre, ce n’est pas un site officiel, juste revendeur-partenaire (les marques se contrefichent donc des consommables, moins de deux ans après la vente), je n’ai pas de délai de livraison (le Remote stock indiqué est-il en Chine ? il est en tout cas chez Asus (qui produit donc mais ne vend pas ?), en délai « habituellement environ 3 semaines » répond-on à mon mail), les caractéristiques sont floues (combien de mAh ?). Bon courage en cas de problème pour les non-anglophones. Si la batterie est bien morte, je verrais avec eux.

Alex_Proimos, Sydney CC_BY_2.0 via Wikimedia et FlickrCela corrobore mon expérience précédente pour remplacer la batterie de mon vieux Galaxy Note de trois ans d’âge : un cauchemar aggravé par l’omniprésence des batteries de contrefaçon (voir aussi cet article de C’t). Il est urgent que les pièces détachées soient correctement disponibles dans les circuits classiques et sur les boutiques officielles des fabricants, et à des prix « normaux » : l’« obsolescence programmée » n’est peut-être pas délibérée, mais le système actuel la génère de fait. J’ai toujours été d’avis qu’allonger les durées de garantie (batterie comprise, quitte à l’échanger gratuitement) était le moyen le plus simple de rationaliser notre consommation d’électronique.

Ah oui : si on pouvait aussi rendre Amazon ou la Fnac en partie comptable de toutes les contrefaçons chinoises qui passent par leurs marketsplaces au mépris des lois de la consommation et de la fiscalité (TVA, taxe sur les déchets électroniques), on nettoierait pas mal le marché.

dimanche 1 novembre 2015

Les blagues de l’ex-RDA

J’ai eu la joie de constater que divers moteurs de recherches proposaient mon site dès la première page à propos d’un État : la République Démocratique Allemande[1]... pour une compilation de blagues !

Drapeau est-allemand

Pour les plus jeunes parmi nous, rappelons qu’il s’agissait de la partie de l’Allemagne occupée par les Soviétiques après la guerre, devenue une dictature communiste, frugale mais vivable tant qu’on se taisait, enfermant ses administrés derrière le fameux Mur de Berlin (qui les empêchait d’entrer à Berlin Ouest), jusqu’à 1989 et de nouvelles évasions massives[2] et des manifestations monstres, puis l’annexion en 1990 par le voisin de l’ouest. Pour une idée de l’ambiance, je conseille deux films connus : le glaçant La vie des autres et la comédie Goodbye Lenin!

DDR_Verwaltungsbezirke_farbig-427px-Wikimedia.svg.pngJ’ai vécu un an là-bas, quelques années après la Réunification qui n’avait pas encore effacé les différences. Je m’étais amusé à traduire en français certaines des blagues de l’époque communiste, publiées en recueils après 1989 aux début de la vague de l’Ostalgie. Certaines sont des transpositions locale de blagues universelles ; d’autres sont applicables à tout le bloc communiste ; certaines se fichent gentiment des dirigeants ; d’autres sont beaucoup plus grinçantes quand on connaît un peu le régime stalinien des débuts de la RDA, le flicage généralisé, le trucage des élections ; beaucoup détournent la langue de bois de l’époque. Beaucoup d’entre elles ne font plus rire, mais renseignent sur ce qui désespérait les gens de l’époque.

La collection complète est sur le « vieux site » [3]: sommaire, blagues d’après-guerre, des années 50, années 60, années 70, années 80, de 1989, d’après la Réunification. En prime : quelques blagues sur les Ladas, des voitures soviétiques, à la mode dans les années 80 et 90 (les blagues, pas les voitures, du moins de notre côté du Mur). Il faudrait que je relise et corrige pas mal de maladresses.

Quelques extraits :

Période stalinienne

Staline fait un discours à l’Académie Militaire de Moscou. Silence absolu dans l’auditoire.
Soudain quelqu’un éternue violemment dans l’assistance.
Staline s’interrompt : « Qui a éternué ? »
L’assistance est pétrifiée de peur. Personne ne répond. Tout le monde se voit déjà en Sibérie.
Staline demande alors à ceux du premier rang si l’un d’entre eux éternué. Aucun n’avoue. Staline les fait tous fusiller sur le champ.
Puis c’est au tour du deuxième rang.
Puis du troisième.
Soudain quelqu’un se lève et crie : « Camarade Staline, c’est moi qui ait éternué ! »
Alors Staline :
« À tes souhaits, Camarade ! »
Et il continue son discours.

Années 50

Ulbricht [Secrétaire Général du PC est-allemand de l’époque] convoque son ministre de la sûreté et lui demande :
« Deux et deux, ça fait combien ?
— Cinq, Camarade Président. »
Ulbricht sort un revolver et l’abat.
D’autres camarades, alertés par le bruit, arrivent aussitôt et s’étonnent :
« Mais pourquoi l’as-tu tué ??!!
— Il en savait trop ! »

...à rapprocher du 2+2=5 évoqué par George Orwell dans 1984, et sa conséquence :

Freedom is the freedom to say that two plus two make four. If that is granted, all else follows.

La liberté, c’est la la liberté de dire que deux et deux font quatre. Une fois cela accordé, tout le reste suit.

Années 60

— Pourquoi les Égyptiens ont-ils perdus contre les Israéliens pendant la Guerre des Six Jours ?
— Parce qu’ils ont suivi les conseils des Soviétiques, leurs alliés : d’abord laisser l’ennemi s’enfoncer profondément dans son territoire, puis attendre l’hiver.

Trabant_P50_front.burts.Wikimedia.jpg

Deux policiers est-allemands, un vieux expérimenté et un jeune qui débute à peine, sont chargés de contrôler l’alcoolémie des automobilistes et autres usagers du bitume et des pavés. Une mobylette approche, elle fait des zigzags.
« En voilà un ! dit le jeune policier, qui veut l’arrêter.
— Mais non, laisse-le passer », dit le policier expérimenté.
Le jeune s’étonne mais obéit.
Une voiture alors arrive, qui va aussi en zigzags. Une deuxième fois, le policier expérimenté dit à l’impétueux jeune de ne pas l’arrêter.
Une autre voiture arrive. Le jeune la regarde à peine, mais le policier expérimenté bondit.
« Hé celui-là, faut l’arrêter, il est complètement fait !
— Comment le sais-tu ? demande le jeune, étonné. Il roule bien droit !
— Oui, mais sans éviter les trous dans la chaussée ! »

Il est vrai qu’après la chute du Mur et pendant toutes les années 90, les routes est-allemandes ont été un gigantesque chantier...

Stamps_of_Germany_(DDR)_1969,_MiNr_1508.Wikimedia.jpg

Années 70

Un ange vient visiter l’ancien chef du parti tchécoslovaque Dubcek [destitué par les Russes après l’écrasement du printemps de Prague en 1968].
« Tu es un vrai communiste, Dubcek, et j’ai recu l’ordre de te récompenser. Tu as droit à trois vœux. »
Dubcek n’a pas besoin de réfléchir longtemps avant de répondre :
« D’abord je veux que l’armée chinoise vienne jusqu’en Tchécoslovaquie, l’occupe quelques jours, puis reparte.
— Et le second vœu ?
— La même chose !
— Et le troisième ?
— Encore la même chose !
— Tu es sûr d’avoir bien réfléchi ? demande l’ange un peu surpris.
— Certain. Comme ça les Chinois devront passer six fois à travers toute l’Union Soviétique ! »

Deux policiers arrêtent une Trabant qui a commis un excès de vitesse. Il y a dans la voiture un homme, sa femme et sa mère. Les flics demandent son permis au conducteur :
« Désolé, répond-il, je n’en ai pas.
— Ne l’écoutez pas, messieurs les policiers, interrompt sa femme, il est complètement saoul. »
La grand-mère : « Je savais qu’on aurait des problèmes dans une voiture volée ! »
Et le grand-père, dans le coffre : « On est déjà à l’Ouest ? »

Fernand Raynaud a aussi utilisé cette blague (premier sketch de cette vidéo), à la chute finale près.

— Quelle est la différence entre la RDA et l’ancien dieu grec de l’amour Cupidon ?
— Aucune. Tous les deux sont petits, nus, et armés.

30 ans de la RDA

Années 80

Les membres du syndicat polonais Solidarnozc sont divisés en deux tendances :
— les optimistes pensent qu’on va les flanquer dans un train et les envoyer au fin fond de la Sibérie ;
— les pessimistes pensent qu’ils devront y aller à pied.

Trois chirurgiens, un Américain, un Russe, un Allemand de l’Est se rencontrent :
« Chez nous en Amérique, nous avons dû un jour soigner les jambes broyées d’un accidenté, et on a si bien réussi qu’il est maintenant coureur de marathon de niveau international.
— Chez nous, dit le Russe, on a si bien soigné les mains écrasées d’un blessé qu’il a pu devenir un pianiste réputé.
— Chez nous, dit le chirurgien de RDA, il y a eu un grave accident de la route ; du blessé il ne restait que le cul, on a pu lui greffer ce qui restait de ses oreilles ; il est maintenant notre chef. »

— Pourquoi le capitalisme est-il au bord du gouffre ?
— Parce qu’il regarde le communisme qui est au fond.

Période de campagne électorale en RDA. Le secrétaire du Parti local arrive un jour devant la mairie de sa commune et voit plein de policiers.
« Que se passe-t-il ? demande-t-il à l’un d’eux, une manifestation ?
— Non. Mais on a volé quelque chose à la mairie.
— Et quoi ?
— Les résultats de l’élection de dimanche prochain. »

1989 : la chute du Mur

Honecker fait son dernier discours au congrès du Parti.
« Qui est votre mère ? demande-t-il.
— La RDA ! répond l’assistance.
— Et votre père ?
— Toi, cher Honecker !
— Et que voulez-vous devenir ?
— Orphelins ! »

Après la Réunification

— Après la chute du mur et la dissolution de la police politique, comment les agents de la Stasi [redoutable police politique] se sont-ils reconvertis ?
— Comme chauffeurs de taxis de nuit. Si, après une fête, vous êtes trop bourré pour dire où vous habitez, ils sortent votre fiche et vous ramènent chez vous.

Carte de la réunification, Wikimedia

Notes

[1] Un État disparu depuis plus longtemps que certains mes lecteurs majeurs n’existent, certes ; et c’est une des plus anciennes pages du site, ce qui n’est pas très motivant pour l’avenir de ce blog. Mais tout de même ça fait du bien à l’ego.

[2] À l’époque les Autrichiens et les Allemands ne se posaient pas la question de savoir si tous ces milliers d’Allemands de l’Est devaient être accueillis, et la mode était plutôt à la destruction des murs.

[3] L’apparence spartiate n’est pas qu’un hommage à l’ambiance de l’époque, mais à mes compétences en HTML des années 90 :-)

dimanche 18 octobre 2015

Les réseaux sociaux sans tracking : Shariff

Ce blog vient de fêter ses dix ans, mais Internet a évolué entre temps. Les blogs ne sont plus à la mode, comme les pages statiques et autres homepages ne l’étaient plus il y a une décennie [1]. « Le monde » a migré sur Facebook, Twitter, accessoirement Google + [2]. Ceux qui bloguent encore utilisent les boutons de Facebook & consorts avec un GROS effet pervers : le tracking des utilisateurs par lesdits services, y compris ceux qui ne repostent/retweetent pas les pages, puisque les boutons proviennent directement des serveurs des mastodontes américains.

En tant que webmestre je pourrais dire que je m’en fiche : je ne suis pas tracké. Et quand je surfe, Ghostery me masque ces boutons si je ne veux pas explicitement partager des choses... mais tout le monde ne l’utilise pas, et autant réduire le problème à la source.

Mon magazine allemand favori C’t s’est déjà attaqué au problème, d’abord avec des icônes à double clic, puis avec Shariff, que je viens d’installer ici. (Il doit exister des équivalents vu que ce n’est pas fondamentalement compliqué, par exemple Meddelare, que je n’ai pas testé). Je suis preneur de toute autre option.

Liens

Principe

Si j’ai bien compris, les boutons sociaux sont générés par un script qui tourne sur mon serveur, et les icônes proviennent de la police de caractère libre Font Awesome qui comprend les icônes des services suscités et bien d’autres. Les serveurs des nouveaux maîtres du monde ne savent donc pas que vous êtes venus ici, votre navigateur ne leur parle pas.

Si le visiteur clique pour partager par exemple la vérité sur la mort de Kennedy [3], alors seulement il y a communication entre son navigateur et celui de la NSA de Google ou concurrents.

Détails techniques divers

Intégration à une page web
  1. Télécharger les feuilles de style et les scripts Javascript sur Github. En fait, il y a deux versions, je préfère la « complète », ce qui ne fait que deux fichiers à déposer sur son serveur web.
  2. La page du projet donne un exemple propre, mais le pavé suivant suffit, inséré à un endroit intelligemment choisi de la page et en adaptant les deux chemins :
 <link href="/scripts/shariff/shariff.complete.css" rel="stylesheet">
 <div class="shariff" 
   data-lang=fr 
   data-background-image=none data-orientation=vertical 
   data-theme=standard
   data-services="[&quot;facebook&quot;,&quot;googleplus&quot;,&quot;twitter&quot;]"
 ></div>
 <script src="/scripts/shariff/shariff.complete.js"></script>

C’est l’emplacement du script qui indique l’emplacement effectif.

On pourrait changer la langue (le défaut est l’allemand :-), le thème, les services (comme LinkedIn ou le mail) ; voir la page du projet.

Intégration à Dotcleår

Cela dépend du thème. J’utilise Ductile et le code ci-dessus, inséré dans _sidebar.html, entre la première et le deuxième ligne, fonctionne. J’ai un problème esthétique (le background-image pointant vers l’image du carré gris) mais je ne m’y connais pas vraiment en CSS et je n’ai pas envie de hacker le code de Dotcleår. C’est bien les CMS mais jamais assez flexible.

Plugin Wordpress

Il y en a un, je n’ai pas testé : https://wordpress.org/plugins/shariff/

Récupérer Font Awesome

Il est un peu paradoxal de se débarrasser d’un suivi par Facebook pour le remplacer par celui de l’éditeur de la police FontAwesome (moins pérenne également). Les commentaires de la page de Shariff suggère de télécharger la police sur son serveur et, dans shariff.complete.css, de remplacer les URL du style https://netdna.bootstrapcdn.com/font-awesome/4.3.0/fonts/fontawesome-webfont.eot?v=4.3.0 par /fonts/font-awesome/fonts/fontawesome-webfont.eot.

Le problème ne se pose pas si on utilise la version réduite sharif.min.css qui suppose que l’on utilise déjà cette police, je n’ai pas testé.

Décompte des partages

La seconde étape consistera à afficher le nombre de partage (pour le moment je vais me passer de n’afficher que des zéros), que ne connaissent que Google & consorts. Pour éviter que le simple affichage ne rende le visiteur à nouveau visible à leurs grandes oreilles, il va falloir ajouter un script côté serveur qui fera l’interrogation, et seul l’IP du site sera enregistré par la NSA à la place de toutes celles des lecteurs. Il y a des versions en Node.js, perl, PHP, Java. On va voir.

Tracking or not tracking

Ce genre de technique ne supprime pas une autre source de flicage des utilisateurs : celle par les créateurs du site. J’utilise Piwik (et vous ai posé un cookie par la même occasion) pour suivre en gros le trafic, mais vous devez me croire sur parole si je vous dis que je n’en fait rien que des graphiques agrégés ou une liste des mots clés qui mènent ici. Même avec AdblockPlus, uBlock Origin, Ghostery, le Do-Not-Track activé chez tout le monde, je peux toujours explorer mes logs Apache. Je n’ai pas encore comparé les résultats de Piwik et AWstats...

Notes

[1] Je rappelle que le site statique existe toujours, un peu mis à jour depuis les années 90.

[2] Uniquement des gens intéressants pour Google + apparemment.

[3] Oui, c’est du racolage.

dimanche 4 octobre 2015

« Frontières d’acier — Histoire de la fortification permanente en Lorraine et en Alsace 1871-1945 » de Michaël Séramour

Je ne pensais pas un jour acheter un livre de poliorcétique, mais je résiste parfois difficilement aux impulsions chez mon libraire favori. Frontieres_d_acier.jpg

Le sujet est simple et compliqué à la fois : les fortifications à la frontière franco-allemandes de 1870 jusqu’à après la Seconde Guerre Mondiale. La ligne Maginot vient à l’esprit, mais aussi les forts de Verdun ou en face ceux de Metz... construits alors qu’elle était allemande. Certaines installations ont donc servi deux camps : les Allemands se sont aussi cassé les dents sur certaines parties de la ligne Maginot en juin 1940, qu’ils ont utilisée pour ralentir notablement les Américains à l’automne 1944 !

Les premiers chapitres traitent de l’évolution de ces forts. Les villes fortifiées à la Vauban étant dépassées, les fortifications éclatées assez éloignées des centres urbains deviennent à la mode, comme autour de Metz ou tout autour de Strasbourg. En France, cet ensemble est désigné sous le nom de Séré de Rivières. L’artillerie progressant à pas de géants après 1870 et la Première Guerre Mondiale, l’obsolescence est rapide : si les premiers ensembles ont de beaux frontons en pierre, par la suite les forts s’éloignent, se couvrent de béton, les communications s’enterrent, les tourelles se fondent dans le paysage, se terrent derrière de profondes meurtrières, voire s’éclipsent : Tourelle de 75R - Fort d'Uxegney près d’Épinal - Photo Thomas Bresson, via Wikimedia Commons Tourelle de 75R - Fort d’Uxegney près d’Épinal - Photo Thomas Bresson sur Wikipédia Commons Plan de manoeuvre de la tourelle de 75 mm du bloc 3 à Schoenenbourg - Association des Amis de la Ligne Maginot (AALMA) * CC BY-SA 2.0 fr, via Wikimedia Commons Plan de manoeuvre de la tourelle de 75 mm du bloc 3 à Schoenenbourg - Association des Amis de la Ligne Maginot (AALMA) * CC BY-SA 2.0 fr, via Wikimedia Commons

Les désastres du début de la Première Guerre Mondiale semblent montrer l’inutilité de ces fortifications. L’auteur s’insurge : les Allemands sont passés par la Belgique justement à cause des forts entre Verdun et Belfort, et Verdun notamment a fixé de gros effectifs allemands pendant la bataille de la Marne. Le haut commandement français dégarnit pourtant ces bastions « inutiles » en hommes et en canons dont le manque se fait cruellement sentir ailleurs... ce qui facilite l’offensive allemande de 1916 sur Verdun. Les fortifications tiennent pourtant durablement quand elles sont bien équipées, et le coût pour l’assaillant en obus est délirant par rapport aux pertes (humaines) infligées au défenseur. La guerre de mouvements reprend en 1918, mais les forts allemands de Metz n’ont guère l’occasion de montrer leur efficacité avant l’armistice.

La France de l’entre-deux guerres, démographiquement exsangue, voit dans la ligne Maginot une protection efficace. Plus encore que pour les fortifications de 1914, tout est enterré ; les forts sont reliés par des tunnels et se soutiennent entre eux. Cette ligne, surtout, rompt avec le principe des grandes places, et court sur tout la frontière... sauf devant la Belgique [1]. La France vise le long terme : abritée derrière la ligne, il faut continuer le réarmement et laisser agir le blocus envers l’Allemagne, et n’attaquer que plus tard. Les généraux allemands aussi s’attendent à une guerre longue : le blitzkrieg, « acte de désespoir du niveau opérationnel pour sortir d’une situation désespérée au niveau stratégique », fruit du bluff de l’audace de bons généraux, monté en épingle par la propagande, se casse les dents sur la ligne Maginot quand la Wehrmacht l’attaque de front. Globalement, les forts ont tenu malgré un déluge de feu — certains sacrifiés pour préserver le symbole d’un mur infranchissable alors que les Allemands l’avaient déjà contourné. À l’armistice, trahison : les équipages invaincus partent en captivité, exigence allemande contre la menace d’occuper Lyon.

Là encore, la ligne Maginot a rempli sa mission, puisque l’agresseur a dû la contourner — conformément aux plans français. Au sud, la partie alpine de la ligne (non traitée ici) a bloqué toute progression italienne.

Quand Patton arrive sur la Moselle en 1944, il n’imagine pas que les fortifications de Metz (certains morceaux datent d’avant 1870 !) et d’autres parties de la ligne Maginot tenues par les Allemands vont lui poser un gros problème. Il faut plusieurs semaines, de nombreux morts et le recul du front en d’autres endroits pour que Metz tombe. Pendant ce temps, la Wehrmacht se replie en bon ordre. Là encore, les fortifications jouent leur rôle.

L’armée française conserve ce qui reste de ligne Maginot encore quelques années après la Seconde Guerre Mondiale, jusqu’à ce que la bombe atomique la rende inutile. Puis s’ensuit le démantèlement d’une grande partie des installations (vente aux enchères, ensevelissement, retour à la nature des abords...). Aujourd’hui, grâce aux associations locales, de bonnes parties peuvent encore se visiter. On en croise encore bien des fragments dans la campagne alsacienne quand on sait où chercher, et j’ai bien l’intention de visiter assez vite la forteresse allemande de Mutzig, celle de Metz, ou le fort de Schoenenbourg.

Note

[1] Les Belges ayant déclaré leur neutralité en 1936, un peu tard pour prolonger la ligne.

samedi 5 septembre 2015

P*tain, dix ans !

Image Openclipart Le temps passe à une vitesse dingue : il y a dix ans, oui dix (10, soit deux lustres), je lançais ce blog.

Lire la suite...

dimanche 23 août 2015

« Retouchez vos photos pas à pas » d’Anne-Laure Jacquart

Que celui qui pense que ses photos brutes de jpeg, même issues d’un réflex ou autres appareil coûteux, reproduisent fidèlement ses impressions à la prise de vue lève le doigt : il n’a pas appris à repérer tout ce qui cloche dans le contraste ou la couleur [1]. J’avais longtemps dis que je ne me lancerai pas là-dedans (en partie par manque de temps), mais j’ai fini par céder devant l’évidence [2]. Pour les photos un tant soit peu importantes, il faudra développer, de préférence à partir d’un fichier RAW — je le fais de manière quasi-systématique à présent.

Retouchez_vos_photos_pas_a_pas_AL_Jacquard.jpgPour une personne au sens artistique aussi abyssal inexistant atrophié embryonnaire que le mien, il fallait un bouquin clair, avec juste ce qu’il faut de théorie, plein d’exemples et de comparatifs avant/après, et qui me prenne par la main.

Et c’est exactement ce que fait Anne-Laure Jacquart : elle reprend tous les concepts (densité, contraste, teinte, saturation, les tons intermédiaires, etc.) à la base, ce qui n’est pas du luxe. Elle ne se limite pas à la technique, et part bien de l’intention recherchée avant de faire joujou avec les curseurs (et torpille le mythe de la photo brute et objective).

Une fois le but et le principe posés, elle explique posément au béotien comment gérer le contraste ou les couleurs avec les réglettes ou les courbes selon le logiciel et l’envie. C’est d’ailleurs ainsi que l’on découvre les limites de son outil habituel, quelque part ça fait plaisir.

Pour ne rien gâter, et c’est même un des points forts du livre, il n’est pas question uniquement du classique et dispendieux mammouth du secteur, Lightroom. Sont abordés quelques concurrents, y compris gratuits comme Pixlr, voire libres comme Rawtherapee ou Darktable, simples (Picasa, Snapseed...) comme disproportionnés (Photoshop, Gimp [3]) [4].

Une limite : il est sujet uniquement des modifications concernant toute l’image (contraste, balance des blancs...), pas de retouche. On saura comment affadir la couleur d’un couleur élément parasite voyant, pas comment le détourer pour le remplacer par autre chose. Il fallait bien s’arrêter quelque part, et pour ma part je n’avais jamais eu l’intention d’entrer sur ce territoire. Manquent également quelques pages sur la netteté (l’œil sera plus vite attiré par un beau rocher torturé s’il est très net, tandis qu’on évitera de forcer le microcontraste sur les pores de la peau d’un portrait de bébé).

Mais le but est atteint : donner envie de se lancer dans la retouche d’image et avoir quelques résultats encourageants. Une fois ces bases établies, j’ai moins hésité à jeter un coup d’œil aux autres modules plus ou moins dispensables des divers logiciels.

Quelques tics de langage sont passé à travers la relecture et deviennent vite crispants, notamment « sublimer » et « subtil ». Dommage.

Bref, un bon achat pour démarrer dans la retouche de ses photos. Pour acheter, préférer le site de l’éditeur, Eyrolles. Si vous hésitez, voir les extrait 1 et extrait 2 en ligne.

Anne-Laure Jacquart a commis deux autres livres du même tonneau : Photographier au quotidien et Composez, réglez, déclenchez !, à présent tout en haut de ma liste de vœux.

SXB-MAR-20140909_070719-b3-sml.jpgPour l’exemple, suivent ci-dessous quelques clichés issus de mon passage dans le Périgord au printemps dernier, avant et après retravail du RAW. Le recadrage ou la correction de l’horizon peut s’effectuer avec un Jpeg, mais la reprise des contre-jours, l’augmentation du contraste, la modification de la balance, le passage en noir et blanc... ne se font réellement bien qu’en RAW, même si la photo ci-contre est un jpeg de mon smartphone traité avec Darktable. Mon matériel n’a rien de mirifique (un vieux mais suffisant Canon 500D, un 17-50 mm Sigma pas trop ruineux, occasionnellement un filtre polarisant pour faire péter les bleus du ciel), et je n’ai pas fait grand-chose dans ce qui suit, et juste avec DPP.

  • Au parc du Thot (à faire avant Lascaux : acheter le billet couplé au Thot, histoire d’éviter la queue pour la grotte à Montignac) :

L’original n’est pas si mal: 20150427_1256-IMG_0019-orig.JPG mais je préfère avec un noir et blanc au contraste poussé : 20150427_1256-IMG_0019A.JPG

Il y a par défaut un contre-jour : 20150428_1114-IMG_0002-orig.JPG J’ai tenté une version un peu décontrastée et légèrement saturée : 20150428_1114-IMG_0002-flashy.JPG et puis une version à l’ancienne : 20150428_1114-IMG_0002-NB-sépia.JPG

  • Encore Castelnaud :

Direct de boîtier : 20150428_1257-IMG_0115-orig.JPG Un rien plus lumineux et saturé : 20150428_1257-IMG_0115.JPG

  • Rocamadour :

J’avais au départ un paysage sans saveur : 20150430_1559-IMG_0120-orig.JPG que j’ai recadré et (trop ?) saturé : 20150430_1559-IMG_0120.JPG

  • Sur le chemin d’accès à Rocamadour :

L’original est sans contraste : 20150430_1727-IMG_0150-orig.JPG C’est mieux avec juste un peu plus de lumière et un changement de la balance de blancs : 20150430_1727-IMG_0150.JPG

Pas encore de quoi oser me montrer sur Flickr, mais on y travaille. Le problème devient celui du temps à consacrer à la retouche.

Notes

[1] Je suis allé à la médiathèque et lu tous les Réponses Photo et Chasseur d’images des deux dernières années. Après ça , impossible de regarder une photo amateur sans avoir envie de la recadrer, de modifier la mise au point ou de la passer en noir & blanc.

[2] Marrant : Alias aussi, que je suivais au départ juste pour ses conseils en musique bruyante.

[3] Gimp ne sort pas grandi de ces indirectes comparaison. Son interface le dessert, mais il est vrai qu’il n’est pas dédié au développement/retouche.

[4] Il y a un grand débat avec moi-même pour le choix de mon développeur entre ces deux-là et DPP, l’outil livré avec mon Canon. Ce dernier a le mérite de la simplicité pour un débutant dans le RAW comme moi et m’a déjà bien servi, mais est finalement assez limité. L’interface de Rawtherapee manque de simplicité et me submerge un peu, même si je commence à y prendre mes repères. Je redonne actuellement sa chance à Darktable, à l’interface plus sobre et consistante. Darktable n’existe pas encore pour Windows, mais cela n’est pas un problème quand on ne possède sous cet OS que des portables dont l’écran ne se prête pas à la retouche, ni en taille ni en couleurs. Ces outils se complètent, DPP ayant l’avantage de la simplicité et de la rapidité pour l’essentiel du boulot, mais c’est peut-être une question d’habitude des deux autres. Le plus rageant est de ne pouvoir commencer un traitement avec l’un pour le terminer avec l’autre : le paramétrage n’est pas repris d’un logiciel à l’autre.

dimanche 12 juillet 2015

« Pour la Science » de juillet 2015 : l’ère des méduses

Comme d’habitude, l’italique est personnel & subjectif.

Gélification marine

pls_0453_couv_200.jpgLes méduses flottent dans les océans depuis plus d’un demi-milliard d’années, et les reconquièrent grâce à notre incurie : surpêche des poissons et même du krill (leurs compétiteurs) ; hausse de la température marine ; déchets, insecticides, hormones féminines et perturbateurs endocriniens dans nos rejets qui bloquent la reproduction des espèces sexuées ennemies... Leurs prédateurs disparaissent, et elles pullulent, avec un impact écologique désastreux : elles se goinfrent de plancton, ont peu de prédateurs et bouchent même les fanons des baleines. Ajoutons l’impact économique et le danger des espèces venimeuses sinon mortelles.

Leur résistance fascine les scientifiques (certaines savent rajeunir !) et leur étude n’en est qu’au début. On vient juste de découvrir que leurs polypes adorent coloniser le polystyrène que nous balançons dans l’océan.

Seule bonne nouvelle : certaines espèces se mangent. (On assaisonnera ça avec des insectes, probablement les derniers animaux sur terre.). Elles sont aussi très photogéniques.

IceCube

Les médias ne parlent pas assez des projets de Big Science qui font rêver. Le boson de Higgs est passé probablement à des kilomètres au-dessus de la tête du pékin moyen. D’accord il y a eu Rosetta/Philae sur une lointaine comète, et bientôt New Horizons près de l’encore plus lointaine Pluton. Par contre il y a beaucoup plus proche et loin à la fois :

Le projet IceCube semble délirant à première vue : un détecteur d’un kilomètre cube dans la glace du Pôle Sud ! Pourquoi au Pôle Sud ? Parce qu’il fallait un énorme volume d’eau ou de de glace, et qu’un glacier de deux kilomètres d’épaisseur est l’écrin idéal pour des centaines de profonds puits au fond desquels on a posé des détecteurs.

Par contre, le but de ce monstre ne va pas provoquer de fascination chez le contribuable moyen...

IceCube chercher à détecter des neutrinos et à en déterminer la saveur et la provenance (solaire ou exotique). Les premiers résultats tombent...

Traitement massif et faux positifs

Les faux positifs rendent inefficaces le traitement massif des données que nos gouvernements aiment tant : un algorithme fiable à 99% trouverait immédiatement 600 000 suspect en France, tandis que le nombre de personnes à surveiller est estimé à 3000 : 99,5% des suspects seront donc innocents — une quasi-certitude.

Les services de sécurité connaissaient déjà certains qui sont réellement passés à l’action (frères Kouachi entre autres), ils feraient donc mieux de se concentrer sur l’exploitation des données disponibles que de se noyer dans les faux positifs.

Ce qui ne dispense pas de mettre en place des autorités de contrôle efficaces et de demander des comptes (accountability) à ceux dotés du pouvoir de tout savoir sur quelqu’un. En France, les moyens matériels de contrôle (nombre de postes) sont dérisoires.

Gluten

Selon Christian Rémésy, l’allergie au gluten regroupe un peut tout et n’importe quoi. La maladie cœliaque touche bien moins d’un pour cent de la population, et quelques pour cent sont devenus hypersensibles (leur intestin ne filtre plus les molécules longues). Pourquoi ? La paroi intestinale est fragilisée par la nourriture raffinée, les graisses, le manque de fibres. La farine du pain favorise la levée de la pâte, avec des molécules plus longues et moins digestes. Le levain, qui favorisait une fermentation acide qui casse les molécules de gluten, a été remplacé par la levure. La fermentation du pain se fait à présent à froid.

Bref : mangeons moins de sucres et de graisse animales et plus de végétaux, et réformons l’industrie alimentaire pour que la valeur nutritive passe d’abord. Bon courage.

Divers

  • On peut lutter contre sexisme et racisme en réactivant des associations anti-préjugés pendant le sommeil. Un exemple de manipulation inconsciente...
  • Les bactéries sur notre peau, généralement inoffensives, peuvent devenir pathogènes si nous émettons les mauvais signaux (stress, sueur et peptides). S’attaquer à la communication entre peau et bactérie évite de dégainer les antiseptiques.
  • Des Français ont enfin découvert un peptide qui favorise vraiment la croissance des cheveux. Commercialisation en 2016. Si ce n’était pas une pub déguisée.
  • Ce n’est pas une surprise, mais les neurosciences le confirment : nous sommes attirés par les événements inattendus, bref par les catastrophes. Un quotidien russe a tenté de ne parler que de choses positives pendant une journée : -70% de visiteurs.
  • Il y a un demi-milliard d’années, des océans devenus soudain transparents auraient mené à l’apparition de la vision, de la chasse, des carapaces, bref à l’explosion cambrienne. Un article tente le parallèle avec notre société où le secret disparaît, où l’information devient transparente. Le parallèle est osé, nous verrons si les leurres de fausse information (l’encre de la seiche) et la diversification massive des types d’organisation se produisent. Si le parallèle tient, les systèmes gouvernementaux figurent tout en haut de la liste des espèces en voie de disparition.
  • Requête de Didier Nordon énervé par la complétion automatique de son traitement de texte :

« Chers inventeurs, lorsque vous concevez un objet, enseignez-lui qu’être intelligent ne consiste pas à toujours savoir mieux que les autres, et ne l’autorise pas à leur couper la parole sous prétexte qu’il est plus rapide. Prévenez-le que quand un utilisateur fait un choix étrange, ce n’est pas forcément une ineptie ou une étourderie de sa part. S’il vous plaît, ne lancez pas sur le marché un objet intelligent tant que vous n’êtes pas sûrs qu’il a compris et retenu ces leçons. Merci d’avance. »

(À méditer en cette période d’apparition des voitures autonomes et drones tueurs...)

jeudi 9 juillet 2015

« Pour la Science » de juin 2015 : géométrie aléatoire, mémordinateurs, néoténie et centrales solaires orbitales

Petit billet en vitesse sur ce numéro : pls_0452_couv_200.jpg

Géométrie aléatoire

Après la géométrie euclidienne, après les espaces courbes, voici la géométrie aléatoire, c’est-à-dire où la distance entre deux points quelconques est aléatoire. Les physiciens en ont besoin pour les théories quantiques de la gravitation, un sujet de recherche depuis nombre d’années.

Désolé, pas lu, trop aride.

Néoténie

La théorie de la néoténie humaine n’est pas nouvelle : l’homme est un singe qui n’est pas devenu adulte, voire est resté un fœtus. Cela explique nombre de nos caractéristiques anatomiques (nudité, taille et position du crâne notamment), mais aussi comportementales. Aucune autre espèce n’a un tel degré d’adaptation, ni ne joue encore à l’âge adulte (j’ajouterais : à part le chien, qui se comporte comme un louveteau).

L’homme recherche du ludique partout, y compris en science, en art ou en sexualité. Plus dramatique : aussi dans la guerre et la cruauté. Notre plasticité nous force aussi à réfléchir à ce qu’est la morale.

De plus nous prolongeons cette néoténie, que ce soit par le rasage ou nos rituels sociaux. (Je remarque aussi que plus l’espérance de vie s’allonge, plus la jeunesse se prolonge : un adulescent occidental de trente ans ne se comporte pas comme un paysan d’un pays pauvre marié à quinze ans.)

Mémordinateurs

La méminformatique propose de rassembler dans les mêmes composants la mémoire et la capacité de calcul, à un très bas niveau (les mémristors, mémcapacité, méminductances, tous à effet mémoire). De gros progrès en capacité de calcul sont à attendre, sans investissement important (la finesse de gravure ne change pas et on garde les usines actuelles, alors que leur coût devient le facteur limitant de l’évolution des processeurs).

(Les concepteurs de compilateurs vont donc s’amuser. Par contre, vu le mal qu’a déjà à s’imposer le parallélisme dans l’informatique actuelle, je pense que nous allons rester encore bloqués longtemps avec la bonne vieille architecture processeur/mémoire séparés.)

Dans la tête de Néandertal

Un article détaille les différences cérébrales entre notre cousin/ancêtre et Homo sapiens et ne relève aucune lacune majeure par rapport à ce dernier.

L’explication de l‘extinction (après des centaines de milliers d’années d’existence tout de même) serait plutôt à rechercher dans une population plus réduite et fragmentée, moins ouverte aux innovations que l’homme moderne.

Divers

  • Pas mal d’heures de calcul sur superordinateur à partir des équations décrivant les interactions entre particules élémentaires ont permis de calculer les 0,14% de différence de masse entre proton et neutron, en accord avec l’expérience. Un beau succès de la chromodynamique quantique.
  • Le moustique tigre (vecteur de la chikungunya) se répand rapidement en France. On le rencontre déjà vers Bordeaux et la vallée du Rhône. (Super...)
  • Gilles Dowek analyse nos élections en terme d’information : un vote entre huit candidats, c’est huit bits d’information. Les technologies actuelles permettent sans doute de faire bien mieux et il imagine quelques formes politiques originales.
  • La forme des nids des termites dérive directement de leurs gènes. Plus étonnamment, c’est aussi le cas pour des mammifères comme les souris sylvestres. : les enfants ont des terriers de forme intermédiaire entre ceux des parents. (Et quelles formes de notre société sont-elles dominées ainsi par quelques gènes chez nous, sans que nous en ayons la moindre conscience ?)
  • La Jaxa prévoit de créer des centrales solaires orbitales, et d’envoyer l’énergie sur Terre via des micro-ondes (non absorbées par l’atmosphère). La puissance arrivant au sol pourrait être dangereuse, et les antennes et la zone interdite feraient plus d’un kilomètre. Pour le moment les Japonais transmettent quelques kilowatts sur des centaines de mètres, mais prévoient une exploitation commerciale en 2040. [1]
  • Parmi les réflexions du mois de Didier Nordon : dans une discussion, une objection pertinente peut tomber à plat car le débateur y aura peut-être pensé. Un argument hors sujet a plus de chances de toucher : « mais ça n’a rien à voir ! » donne l’impression d’être sur la défensive et en état de faiblesse. (Une technique abondamment employée par certains, et qui atomisera n’importe quel ingénieur ou personne logique pensant qu’elle peut gagner une discussion en ayant raison.)

Note

[1] Coïncidence : je viens de relire Le dormeur s’éveillera-t-il ? de Philippe Curval, écrit à la fin des années 70, décrivant un monde où les écolos et autres gauchistes typiques de l’époque ont mené la civilisation européenne au refus de la technologie, au retour à la campagne massif, et à l’autodestruction. Lesdits écolos avaient notamment comme ennemi les centrales solaires orbitales, potentiellement mortelles et centralisées, et voient, à la fin du livre, les centrales nucléaires comme une source d’énergie plus sûre et facilement décentralisable !

dimanche 5 juillet 2015

De Saturne à ma rétine sans intermédiaire

J’ai vu les anneaux de Saturne directement, sans intermédiaire. Des photons se sont tapés trois heures-lumières depuis la surface du soleil jusque ma rétine via Saturne, ses anneaux et le miroir de mon télescope, et tout ça pour mon plaisir esthétique à moi [1].

saturn.gif Rien à voir évidemment avec les images des sondes Voyager comme ci-contre, juste de quoi comprendre pourquoi Galilée pensait que cette planète avait des « oreilles » il y a quatre siècles presque tout ronds [2].

Avant-hier soir, comme il était hors de question de se coucher avant une heure avancée vue la chaleur, j’ai eu le plaisir de mettre réellement en fonction mon télescope tout neuf sur ma terrasse toute neuve. Dans mon environnement saturé de pollution lumineuse et à la ligne d’horizon très encombrée de bâtiments, il n’y avait pas beaucoup de cibles possibles, mais les plus impressionnantes restaient disponibles : la Lune, avec ses cratères finement découpés, et Saturne.

Je pointe encore l’appareil au feeling et à la lunette d’approche, il va falloir que je me joigne à un club astronomique pour espérer pouvoir le régler un jour sur des cibles moins évidentes que Véga, Saturne ou la Lune. Et que j’installe la monture équatoriale pour que l’étoile péniblement repérée ne quitte pas le champ avant que toute la famille ait pu l’admirer. Et que j’installe l’appareil photo dessus. Et que j’aille un soir au fond des Vosges admirer la Voie Lactée. [3]

Un grand merci à Google Sky Map au passage.

Notes

[1] Explication assez égocentrique de l’existence de l’univers, mais basta, il y a forcément une part de cela dans tout émerveillement scientifique.

[2] Et avec une lunette bricolée Dieu sait comment, quand mon télescope est une petite merveille de précision et d’ingénierie : franchement j’admire ce qu’arrivaient à faire les Anciens.

[3] Comme si je n’avais que ça à faire. Mais un rêve de gosse a priorité sur le reste.

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